La sculptrice engagée aime se confronter à la pierre millénaire

Alexia WeillL’artiste de la Riviera a monté l’expo sur l’égalité du Forum de l’Hôtel de Ville. Un thème qu’elle a souvent rencontré dans sa carrière.

«Je comprends mal les artistes qui peuvent rester dans leur atelier sans jamais voir du monde.»

«Je comprends mal les artistes qui peuvent rester dans leur atelier sans jamais voir du monde.» Image: Florian Cella

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La vie d’Alexia Weill semble tourner aussi rond que les cercles qu’elle sculpte dans le marbre à Valeyres-sous-Rances, où elle a son atelier. D’une grand-mère comédienne, elle a hérité une première carrière dans le cinéma, de son grand-père et de sa mère – galeristes tous les deux –, elle a reçu la passion des beaux-arts, et de son père avocat, l’amour de la nature suisse, où la famille parisienne venait skier chaque hiver. «Si j’analyse aujourd’hui, je me dis que je suis restée dans mon univers d’enfant.»

Tout cela a modelé sa vie comme l’argile qu’elle apprenait à façonner en cours du soir à Paris à côté de son école de cinéma. Elle l’avoue: «J’avais beaucoup de facilité à l’école mais je m’ennuyais vite dans le carcan des cours. Heureusement, il y avait le dessin pour m’occuper.» Très active, Alexia Weill a conservé cette somme d’énergie pour ses différentes vies, entre une facette de grande bourgeoise et une autre d’artiste engagée. La seconde a imaginé une exposition sur l’égalité au Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne, sous l’égide du Business and Professional Women que la première a intégré, en partenariat avec le Bureau de l’égalité. Dix artistes – cinq femmes et cinq hommes – ont imaginé dix œuvres sur le thème pour les 10 ans d’Equal Pay Day et les 60 ans du vote des femmes. «C’est mon réseau, c’est vrai, et ils ont tous accepté quand je les ai contactés. Comme Fanny Leeb, qui est une amie, invitée pour le vernissage.»

Son réseau suisse, le petit brin de quadragénaire a su le créer depuis son arrivée il y a treize ans en Suisse, où son mari, actif dans le milieu médical, s’est expatrié. Le réseau de cette habitante de la Riviera lui permet aussi de monter des projets ou des collaborations. Comme cette première commande publique, en 2015: une sculpture en pierre d’Arvel pour la création du Jardin médiéval de Villeneuve. Elle installe au bord du lac, dans la même commune, «Cercles originels», cinq cercles taillés d’une pièce dans le marbre blanc, comme les cinq éléments. On la retrouve à Clarens, dans la Villa Murillo, à Vevey, au Grand Hôtel du Lac, bientôt à Glacier 3000, elle produit la récompense des Mérites de l’économie Riviera-Lavaux.

«Je suis très sociable, c’est vrai. Je vais à la rencontre des gens. Je comprends mal les artistes qui peuvent rester dans leur atelier sans jamais voir du monde. J’adore y travailler mais j’ai besoin de contacts, ils me nourrissent, ils m’enrichissent.» Elle a des enthousiasmes juvéniles qui la portent et lui font passer les montagnes. Sa carrière de sculptrice – elle préférerait le mot «sculpteure» – est à la fois ancienne et récente. Si elle a beaucoup vécu dans la galerie de son grand-père, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris, reprise ensuite par sa mère, elle l’a fréquentée comme une maison où elle pouvait jouer à cache-cache dans les réserves. «Mon grand-père aimait l’École de Paris, avait découvert Bernard Buffet. Ma mère connaissait bien la princesse Grace de Monaco, qui avait exposé chez elle ses collages de fleurs séchées.»

Une enfance people

Alexia Weill fait parfois du name dropping sans en avoir l’air quand elle parle de sa famille, de sa grand-mère actrice dès son enfance qui a arrêté sa carrière après son mariage, de Mireille Darc, amie de sa mère, qui l’aurait poussée à faire de la photo parce que «j’avais l’œil», de Robert Doisneau qu’elle admirait et qu’elle a pu rencontrer. La jeune fille dessinait, donc, avant de faire une école de cinéma à Paris, suite de sa passion photo, tout en suivant des cours du soir à l’École nationale des beaux-arts voisine. «J’y ai appris la sculpture de modelage, à l’argile, sur modèle vivant.» Déjà cette boulimie, cette envie de toucher à plusieurs domaines, de se dire que tout est possible.

Sa carrière dans le cinéma, plutôt dans l’ombre, l’amène dans le monde de la pub, du documentaire comme dans la fiction. Mais elle l’arrêtera en arrivant en Suisse avec son mari. «J’ai essayé un peu de retrouver des projets, mais le milieu est très petit. En plus, j’ai eu mes enfants et cela devenait difficile d’aménager mon temps de travail.» La féministe convaincue, qui a participé à plusieurs journées pour l’Equal Day, s’est donc sacrifiée pour son mari et ses enfants? «C’était mon choix de femme. Je défends nos droits parce que j’ai eu moi-même plusieurs fois la preuve que nous étions moins payées que nos collègues masculins.»

Le goût de la pierre

Un séjour à Villefranche, dans le sud de la France, lui fait rencontrer le sculpteur Christian Jeanblanc et surtout le travail du marbre, du jade ou de l’ardoise. «J’ai toujours adoré les pierres, j’en avais une collection à la maison. Les travailler, c’est me confronter à des éléments qui ont des millions d’années, c’est fort. Même si je suis petite et fine, j’adore taper dans la pierre en sachant qu’elle peut casser si je ne tape pas au bon endroit. Mais c’est vrai que c’est fatigant, quand vous portez une meuleuse pendant quatre heures.»

Le sculpteur Yves Dana, qui lui a trouvé son atelier, admire sa volonté: «Elle est très émouvante dans sa façon de mettre les mains à la pâte. Elle se débrouille bien pour vendre dans un monde qui n’est pas facile.» Vendre? «Oui, je vis de mon art, ici mais aussi à Dubaï, en Espagne, à New York ou à Brighton, j’ai de bons agents.» Et comme elle adore voyager avec ses enfants, elle s’arrange pour que ses vernissages aient lieu pendant les vacances scolaires.

Exposition au Forum de l’Hôtel de Ville, jusqu’au 8 mars.

Créé: 25.02.2019, 09h18

Bio

1973 Naît le 11 novembre à Paris, d’un père avocat et d’une mère galeriste.
1989 Déménage à Villefranche, près de Nice, dans la maison familiale de ses grands-parents.
1991 Décroche son baccalauréat à 17 ans.
1994 Termine son école de cinéma à Paris, tout en prenant des cours du soir aux Beaux-Arts.
2005 Déménage à Vevey pour suivre son mari.
2005 Naissance de sa fille Lou-Ana, suivie de Ilan en 2007.
2009 Première exposition à Villefranche. Reçoit le diplôme d’honneur de l’Académie des beaux-arts du sud-est de la France.
2015 Première commande publique pour les 800 ans de la Commune de Villeneuve, une sculpture pour le nouveau jardin médiéval.
2019 Exposition à Dubaï en mars, à Brighton en avril et à la Biennale de Montreux en août.

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