Le député Julien Sansonnens est aussi auteur de polars

PortraitL’ex-popiste Julien Sansonnens sort un nouveau roman et pourra siéger au Grand Conseil vaudois.

Julien Sansonnens:

Julien Sansonnens: "J’ai beaucoup été dans la réflexion sur le capitalisme. J’ai réduit mes ambitions pour agir au niveau local."

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Un livre, et un siège au Grand Conseil vaudois. Les choses bougent pour Julien Sansonnens. Ça tombe bien, le trentenaire a la bougeotte. Ne serait-ce que du point de vue géographique. «J’ai un nom fribourgeois, je suis né à Neuchâtel, je vais être député vaudois et je travaille en Valais», énumère-t-il. C’est assez logiquement qu’on le retrouve sur un quai de gare, à Sion.

Son deuxième roman, Les ordres de grandeur, raconte l’histoire d’un présentateur du 20 heures d’une TV privée, qui se lance dans la course au Conseil d’Etat genevois. Mais qui se retrouve emporté dans un scandale de mœurs. Ce polar se lit avec plaisir, on devine que l’auteur s’est lui aussi amusé à raconter le monde politico-médiatique. Avec une pointe de cynisme et des clins d’œil, parfois appuyés, à l’actualité et à ceux qui la font. «C’est une histoire avec des excès, pas le reflet de la réalité ni un livre à clés. Je ne prétends pas décrire un milieu, et il ne faut pas chercher à mettre des noms sur mes personnages.»

Sens du verbe et de la mise en scène

En politique aussi, ce fils d’enseignants a le sens du verbe et de la mise en scène. Il commence à militer durant ses études universitaires et rejoint en 2007 le POP (Parti ouvrier et populaire), dont il a été vice-président. On voyait en lui l’avenir du parti mais, à fin 2012, le conseiller communal lausannois claque la porte, notamment en raison de bisbilles internes.

Assis à la terrasse d’un café, il évoque aujourd’hui un côté dogmatique de l’extrême gauche. Et lui, est-il devenu moins militant? «Effectivement, je ne suis plus du tout dans l’aile extrême gauche du POP», répond-il en tirant sur sa cigarette. «Dieu sait qu’il y a des choses à changer, mais la révolution mondiale, c’est tout un folklore… J’ai beaucoup été dans la réflexion sur le capitalisme. J’ai réduit mes ambitions pour agir au niveau local et faire en sorte que la vie y soit possible pour tout le monde. Certains le voient comme une trahison, d’autres comme une maturation normale.»

Comme dans un bon polar, l’histoire ne s’arrête pas là. En début d’été, Anne Papilloud, de SolidaritéS, annonce son départ du Grand Conseil. Julien Sansonnens, premier vient-ensuite, devrait la remplacer. Sauf que, depuis les élections de 2012, il a déménagé en Valais. Il revient à Lausanne et partage sa vie entre deux cantons. Insuffisant, selon le bureau électoral lausannois, qui considère qu’il a perdu son droit de siéger. «Politiquement, on peut m’attaquer sur le fait que c’est opportuniste, mais juridiquement, ce n’est pas valable», réplique le principal intéressé.

«Des gens ont voté pour moi»

Il s’avoue «un peu pugnace» voire donneur de leçons. Quoi qu’il en soit, il ne lâche pas l’affaire. Selon lui, le Parlement doit prendre en compte le fait que la mobilité a augmenté. «Des gens ont voté pour moi, ajoute-t-il. Il me semble juste de manifester mon respect pour eux en siégeant. Et je le ferai en respectant la liste sur laquelle j’ai été élu.» Le Grand Conseil donne son feu vert et la semaine dernière, le bureau électoral de Lausanne abandonne finalement l’idée d’un recours auprès de la Cour constitutionnelle.

Le député siégera donc au sein du groupe La Gauche. La popiste Christiane Jaquet-Berger salue le retour d’un «excellent politicien» à l’esprit indépendant et tenace. D’autres camarades sont plus mal à l’aise. L’un d’eux évoque une personne intelligente, mais qui a tendance à faire cavalier seul. «J’espère, conclut-il, qu’il n’oubliera pas qu’un mouvement, c’est un collectif.»

«C'est maintenant, il faut y aller»

Entre Neuchâtel, Vaud et le Valais, il n’a jamais été bien loin. Ce printemps, Julien Sansonnens s’est battu pour que le Festival de la Cité retrouve son emplacement autour de la cathédrale. «On cassait une manifestation qui avait trouvé un équilibre entre les côtés populaires et artistiques. Le côté élitiste me dérangeait. J’ai craint que ce festival devienne un truc où il fallait avoir fait l’ECAL pour y participer.» Ce combat, il l’a gagné. Pour lui, il s’agissait de défendre la culture populaire, le bistrot où trône le portrait du général Guisan, contre la «boboïsation» des villes.

Julien Sansonnens aime produire des choses. Etre dans le faire et «donner un peu de soi», en politique ou en littérature. Il écrit le soir après le travail, lit, apprécie la photographie et regarde L’amour est dans le pré. Le trentenaire a vendu sa moto, jugée trop dangereuse. Mais ce père d’une fillette de quelques mois reste pressé, parce que «tout peut s’arrêter» suite à une mauvaise nouvelle. «C’est maintenant, il faut y aller. C’est peut-être cela qui nous motive… L’envie de laisser une trace.» (24 heures)

Créé: 20.09.2016, 09h04

Articles en relation

Le popiste Julien Sansonnens privé de Grand Conseil

Lausanne Vient-ensuite d’Anne Papilloud, le popiste ne peut pas entrer au Grand Conseil parce qu’il a quitté le canton en 2014. Revenu à Lausanne depuis, il fait recours. Plus...

Julien Sansonnens pourra siéger au Grand Conseil

Politique Avec réticence, les députés ont accepté le recours du popiste contre la décision d’inégibilité du bureau électoral de Lausanne Plus...

Julien Sansonnens quitte le POP

Politique Après 5 ans au parti de gauche, l'influent vice-président s'en va. Les dissensions au sein de La Gauche ont eu raison de son engagement Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 novembre 2018
(Image: Bénédicte) Plus...