Le gamin de Vullierens a croisé "son" LS dans l'ascenseur du foot

PortraitAprès avoir connu le luxe de Bâle et la galère à Bienne, Thibault Corbaz entre enfin dans la lumière de la Super League avec Neuchâtel Xamax

A 24 ans, le Vaudois Thibault Corbaz va enfin découvrir la première division helvétique sous les couleurs de Neuchâtel Xamax.

A 24 ans, le Vaudois Thibault Corbaz va enfin découvrir la première division helvétique sous les couleurs de Neuchâtel Xamax. Image: Jean-Paul Guinnard

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Pour tous les jeunes de 16 ans qui bouclent leurs examens et qu’un adulte croise ces jours, la question est immuable: «Alors, que vas-tu faire dans la vie, maintenant?» Pour Thibault Corbaz, la question ne s’est jamais posée. «Aussi loin que je me souvienne, le foot a toujours été mon quotidien. Même quand j’ai commencé, sur le terrain de Colombier-sur-Morges, j’étais trop petit pour intégrer officiellement une vraie équipe, mais j’en ai tout de suite fait partie.»

Intégration, excitation, appréhension. Il y a un peu tout ça dans la tête de l’enfant de Vullierens, village plus connu pour les filets de perche de l’Auberge Communale que pour le petit pré qui fait office de terrain de foot! Une anomalie qui n’a pas empêché, à l’époque déjà, le fils du tenancier d’alors, Claude Ryf, de réussir une brillante carrière du LS jusqu’au «grand» Xamax des années 80. Un club, une ville, qui renaissent à l’ambition après la récente promotion en Super League à laquelle Thibault a largement contribué pendant que «son club» de cœur – Lausanne évidemment – cédait sa place dans l’élite aux Neuchâtelois. «Ça ne me fait pas plaisir, évidemment, mais ce sont les règles de la compétition, de notre métier. J’espère qu’ils vont rapidement remonter», glisse avec sincérité celui qui possède justement le profil pour incarner le renouveau du club vaudois mais qui est happé par son aventure en rouge et noir. «On peut s’étonner de me voir arriver à ce niveau aussi tard, à 24 ans. Mais je ne me suis jamais inquiété, car à chaque étape de mon parcours j’ai toujours fini par m’imposer, mais il m’a à chaque fois fallu du temps. Là, la tension positive est élevée, car je vais enfin découvrir ce qu’il y a de l’autre côté du mur. Serai-je au niveau de la Super League, suis-je capable d’aller encore plus loin? Je ne possède que les questions, pour le moment, mais j’ai hâte d’avoir les réponses!»

Il n’est pas le seul, puisque son ancien coach dans les sélections nationales, Yves Débonnaire, se réjouit de le voir percer sur le tard. «Il a les qualités pour être une bonne surprise du championnat, mais la dernière marche est toujours la plus difficile à franchir. Je me souviens d’une finesse technique à part et d’une très belle vision du jeu. D’une extrême politesse aussi, peut-être un peu trop pour ce sport. Mais, sur ce que j’ai vu de lui l’an dernier, il semble avoir gagné en détermination, ce qui est bon signe. Désormais, il doit se dire tous les jours dans sa tête qu’il est bon, car il l’est!»

J’ai été dorloté au centre de formation de Bâle avant de connaître le pire de ce qu’offre le foot. Mon parcours a pris plus de temps que celui d’un autre, mais je me sens prêt au bon moment

S’il y a une bonne dose d’euphorie dans le parcours «sympathique» de Xamax – donné pour mort après la débâcle de l’ère Chagaev –, dont le serveur qui nous sert les cafés porte fièrement le maillot, il y a surtout une sacrée part d’inconnu pour l’équipe qu’on annonce la plus «pauvre» de première division. «Nous sommes réellement une bande de copains, ce qui est plutôt rare dans ce milieu. Je pense que nous saurons nous serrer les coudes, car on ne pourra pas se contenter d’admirer les stades de nos adversaires dès le 22 juillet et se satisfaire d’être juste contents d’être invités à la fête. Nous avons tout pour déjouer les pronostics!»

De la ouate bâloise au cauchemar

Si le droitier semble prendre le quotidien avec philosophie, c’est qu’il a le sentiment d’avoir déjà tout vécu malgré son jeune âge. «J’ai été dorloté à Bâle, où nous étions mis dans les meilleures conditions pour réussir. Mais à 14-15 ans j’ai aussi appris la rigueur de la compétition, compris que c’est un monde où l’on ne fait pas de cadeau. Plus tard, à Bienne, alors que tout devait bien se passer, j’ai assisté à des trucs incroyables avant de vivre la faillite. Les salaires n’étaient pas payés, l’entraîneur était fou: un jour, il a même cassé la figure de notre masseur! C’est la seule fois que je me suis retrouvé sur un terrain, un soir à Schaffhouse, en me demandant ce que je faisais là: un cauchemar.»

S’il a hâte, désormais, de fouler les pelouses de Sion, Berne ou Bâle plutôt que celles de Winterthour ou Chiasso, Thibault sait donc que la galère n’est jamais bien loin, que la chance peut rapidement tourner. Lui qui a côtoyé Breel Embolo ne se demande-t-il pas parfois s’il n’a pas raté une porte alors qu’il a été de toutes les sélections nationales, souvent comme titulaire. «Je vois surtout que, de tous les joueurs que j’ai côtoyés, il n’y en a que très peu qui évoluent au plus haut niveau. La plupart ont disparu des radars, parfois même du foot, et les autres s’accrochent. Embolo fait partie des exceptions. Quand on l’a vu débarquer au centre de formation, on a saisi tout de suite qu’on avait affaire à un phénomène. Ça s’est confirmé.»

Écrire sa propre histoire

Supporter de la Suisse, de l’Espagne aussi si le parcours de la Nati devait s’arrêter prématurément, le numéro 7 de la Maladière ne passe pas ses journées assis devant la TV. Il est à l’œuvre deux fois par jour entre la salle de musculation et le terrain d’entraînement, car les clubs suisses reprenant la compétition au lendemain de la finale du Mondial déjà. Avec aucun match au compteur dans l’élite du football suisse, sa chance consiste peut-être à ne pas connaître ses limites. Il lui appartient donc d’écrire son histoire. «Bien sûr, je rêve d’aller le plus loin possible, de jouer dans les meilleurs clubs du pays et de découvrir ensuite l’étranger. Cela ne me paraît pas déplacé d’avoir de l’ambition si l’on est conscient en parallèle que tout est à faire, et que je dois d’abord m’imposer à Neuchâtel puis montrer que je peux y tenir un vrai rôle. Mais je serai vite fixé!» (24 heures)

Créé: 26.06.2018, 08h53

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Bio Express

1994
Naissance à Morges le 7 janvier, l’année du retour de la Suisse en Coupe du monde.
1998
Précoce, l’enfant de Vullierens rejoint l’école de foot du club local, Colombier-Pampigny, connu aujourd’hui sous le nom de Pied du Jura.
2006
Première sélection cantonale, avant de rejoindre la Pontaise et le Lausanne-Sport.
2009
Reçoit un appel du grand FC Bâle, qui l’intègre dans son centre de formation. Il y fera toutes ses classes, de même qu’avec les équipes nationales de sa catégorie.
2015
Tibault ne parvient pas à forcer les portes de la première équipe et s’en va à Bienne pour gagner en expérience. Le club multiplie les galères et finit par faire faillite!
2016
Rejoint Neuchâtel Xamax en Challenge League, club dont il est un des grands artisans de la promotion, avec notamment un but décisif inscrit contre Servette, l’adversaire direct des Neuchâtelois.

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