Le pompier déterminé sépare flammes et foyer

PortraitL’Yverdonnois Mehdi Jaccaud commande les sapeurs lausannois. Il vient d’être élu président des pompiers vaudois.

Mehdi Jaccaud est sapeur-pompier professionnel depuis juin 1996.

Mehdi Jaccaud est sapeur-pompier professionnel depuis juin 1996. Image: Vanessa Cardoso

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Mehdi Jaccaud débarque dans la cour de la caserne de Lausanne au volant d’un break «rouge pompier» qui chasse tout doute possible, même en l’absence de sirènes hurlantes et de gyrophares allumés. L’accueil est jovial. Il est aussi franc et direct, comme on peut s’y attendre d’une personne fraîchement nommée à la présidence de la Fédération vaudoise des sapeurs-pompiers. Halle aux véhicules d’intervention et vestiaires traversés, on prend place dans son bureau de commandant des sapeurs-pompiers du Service de protection et sauvetage de la Ville de Lausanne et du SDIS Lausanne-Épalinges, à l’étage. Juste à côté de l’ordinateur, trois modèles réduits de camions à feux bleus, une reproduction d’un hélicoptère de la Rega et un Playmobil d’homme du feu. Autant d’indices qui ramènent à une période de la vie où pompier fait partie de l’incontestable tiercé gagnant des métiers auxquels rêve chaque garçon.

Le quadragénaire né à Yverdon au début des années 1970 ne fait pas fléchir la statistique. Mais il tempère: «À l’adolescence, je n’en parlais plus.» Le modèle paternel lui montrait pourtant la voie. «Tout le monde disait que mon fils suivrait mon chemin, moi je ne l’ai jamais senti comme ça, relève Daniel Jaccaud, commandant des pompiers yverdonnois de 1982 à 2002. Sans doute parce que pendant plusieurs années, il aimait tout ce que je n’aimais pas et inversement.»

Son second à l’époque, Jean-François Schumacher, connaît bien les Jaccaud, d’autant plus que son fils, Nicolas, aujourd’hui commandant des pompiers de Genève, est un ami d’enfance de Mehdi. «Pour les deux, il n’y a pas de surprise, on peut dire qu’ils sont tombés dans la marmite, ils étaient toujours avec nous. Et pour Mehdi, on peut dire que son père est un modèle.»

De fait, le feu de la «rébellion adolescente» s’éteindra vite, père et fils pédaleront beaucoup ensemble et quand Mehdi décide d’ajouter une corde à son arc de facteur en entamant un second CFC à la Ville d’Yverdon, il suit doublement la voie d’un papa employé de commerce de formation et collaborateur des Services industriels du chef-lieu nord-vaudois. Un événement tragique les rapprochera plus encore. «Nos liens étaient déjà forts, mais au décès de ma maman, ils se sont encore plus resserrés», concède Mehdi Jaccaud, dont l’azur des yeux s’obscurcit soudainement. «Je lui ai alors dit que j’avais l’impression d’avoir donné beaucoup de temps aux autres, peu à ma famille, reprend Daniel Jaccaud. Il m’a répondu que je ne me rendais pas compte de tout ce qu’on avait fait grâce à moi, à la grande famille des pompiers, ajoutant qu’il ne connaissait pas beaucoup d’autres enfants de 3 ans qui avaient pu s’asseoir sur le siège d’un Canadair.»

«Quand je franchis le pas de la porte à la maison, j’enfile des shorts, un training et mes schlappes et je passe à autre chose»

Les valeurs familiales, Mehdi Jaccaud les place tout en haut de sa hiérarchie personnelle. «Dans un job comme le mien, c’est le nerf de la guerre», affirme celui qui assure tourner la page boulot, dès le seuil de la porte de leur maison de Goumoens-la-Ville franchi. «J’enfile des shorts, un training et mes schlappes et je passe à autre chose.» Et le plus souvent qu’il peut, des souliers de rando, des shorts cyclistes ou des chaussures de courses à pied pour des moments en plein air et en famille. Mehdi Jaccaud n’en perd pas pour autant le côté exigeant inhérent à sa fonction. Le mari et père le reconnaît volontiers, à la maison aussi il est un peu dur, parce qu’il n’aime pas les choses à moitié faites. «Je suis carré, c’est vrai, mais ce que j’exige des autres, je l’applique aussi pour moi», corrige ce fan inconditionnel du Lausanne Hockey Club, devenu en 1995 premier-lieutenant des troupes de sauvetage à l’armée.

Un pionnier dans le métier

C’est du reste à son caractère déterminé qu’il doit d’être là où il est. «Il a bossé comme un diable pour réussir son apprentissage d’employé de commerce alors qu’il sortait des classes de terminale à options», reconnaît son père. Sa persévérance continuera à porter ses fruits puisque quelques années plus tard, il va devenir le premier à être nommé sapeur-pompier professionnel à Lausanne sans avoir appris un métier manuel. Les circonstances ne lui laisseront pas vraiment le temps de méditer sur la question puisque lors d’un de ses premiers incendies, cinq personnes avaient trouvé la mort dans un appartement du dernier étage de la maison en flammes. Terrible baptême du feu. Ce drame reste à ce jour comme l’une des interventions qui l’ont le plus marqué, avec celle qui a causé la perte de deux collègues dans un local de pneus à Payerne et son engagement en 1999 lors du brasier meurtrier qui avait ravagé le tunnel du Mont-Blanc.

Le major Mehdi Jaccaud n’est que trop bien placé pour le savoir, ces drames font partie d’un job qu’il aime et qu’il a choisi en toute connaissance de cause. Mais qu’il faut pouvoir gérer a posteriori, sans honte, ni même crainte du qu’en-dira-t-on. «Vu de l’extérieur, on peut paraître surhumain, mais personne ne voit ce qu’il se passe à l’intérieur. Avant, le débriefing se faisait à chaud, autour de la machine à café, maintenant on a un groupe de soutien psychologique. C’est nécessaire à mon sens. Les «vieux» disaient que ça ne sert à rien, mais c’est une question de générations, ça entre gentiment dans les mœurs.» (24 heures)

Créé: 06.06.2019, 09h34

Bio

1972
Naissance à Yverdon, le 6 mai.
1972
Sa première dent arrive le 6 novembre: «Une date importante parce que j’aime bien manger.»
1973
Mehdi fait ses premiers pas tout seul le 15 juillet, «le début de l’aventure».
1977
Rentre à l’école des Prés-du Canal, à Yverdon, le 16 août.
1988
Commence un CFC à La Poste, puis enchaîne avec un second, d’employé de commerce à la Commune d’Yverdon, qu’il obtient en 1993.
1991
Le 1er janvier, s’engage comme pompier volontaire dans le corps de sa ville.
1993
Part à l’école de recrues dans les troupes de sauvetage. Il va devenir premier-lieutenant.
1996
Incorpore le corps professionnel des pompiers de Lausanne le 1er juin.
1996
Mehdi Jaccaud perd sa maman en décembre. Un événement tragique qui resserre les liens entre lui et son père.
1998
Épouse Delphine, le 19 juin. De leur union naîtront Bastien, le 6 septembre 1999, puis Léane, le 13 août 2001.
2003
Il devient instructeur fédéral pour l’École suisse des instructeurs sapeurs-pompiers.
2009
Prend en charge la formation interne des pompiers de Lausanne.
2015
Remplaçant du commandant depuis novembre 2010, il est nommé commandant le 1er août.
2019
Est élu président de la Fédération vaudoise des sapeurs-pompiers le 3 mai.

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