Le scruteur d’âmes qui aime tant Lausanne

Daniel Abimi, écrivain L'ancien journaliste est l'auteur de deux polars qui se déroulent à Lausanne. Portrait d'un homme qui aime les cassures

Daniel Abimi, dans le parc Mon-Repos qu'il aime tant.

Daniel Abimi, dans le parc Mon-Repos qu'il aime tant. Image: Vanessa Cardoso

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Quand Daniel Abimi vous fixe de son regard pénétrant, on a l’impression qu’il est en train de lire votre âme, d’y déceler les petites fractures qui pourraient donner vie aux personnages de ses romans policiers, d’y chercher le ressort qui vous fait avancer et qu’il aimerait tant comprendre. Parce qu’il est comme ça, empathique et à l’affût, bienveillant et critique, curieux… curieux surtout. Le bientôt quinqua avoue ses paradoxes, «au point que je me demande parfois si je ne les cultive pas». Est-ce qu’on est là pour parler de ses deux romans policiers ou de son métier de fonctionnaire? «Je distingue clairement mes deux vies. Elles ne se mélangent jamais.»

Petit, il rêvait d’être écrivain, journaliste ou délégué à la Croix-Rouge, comme le lui a rappelé une de ses amies. Et il a été les trois. Successivement. En boucle. D’abord comme spécialiste des faits divers à l’Agence d’information et de reportage (qui fournissait 24 heures), «une école extraordinaire où on nous poussait à aller au contact, dans la vraie vie». Il y retrouve ces zones d’ombre dans lesquelles il baignait, enfant, dans l’arrière-boutique de son père à la rue Etraz. «Albanais de Serbie, il avait déserté, avait fonctionné comme passeur de clandestins à la frontière. Blessé dans un combat, il a été envoyé en Suisse… par la Croix-Rouge.» Le petit Daniel y croise des compatriotes que son père accueillait avant de leur trouver du travail, quelques mauvais garçons aussi qu’on ne pouvait pas refuser.

De la rue Etraz paternelle à la rue César-Roux où le gamin habite, il y a aussi ce parc de Mon-Repos, lieu de toutes les aventures d’enfance, des jeux de cache-cache jusqu’aux premiers émois amoureux dans les bosquets. Alors qu’on s’y promène, Daniel Abimi montre tel fourré, tel arbre porteur de souvenirs.

Parce qu’il n’aime pas les courants trop lisses, trop rectilignes, vient le temps de la Croix-Rouge, l’Afrique, l’Afghanistan. «Une période où j’ai appris à trouver la moins mauvaise solution dans une situation compliquée. Cela me sert toujours.» Abimi aime profondément le genre humain, avec ses imperfections, ses défauts, ses faiblesses. S’il est souvent du côté du plus faible, il n’en méprise pas le fort pour autant. «C’est juste une notion de respect des gens.» Il a pourtant besoin de cassures, de virages dans son parcours. «Le jour où je ne serai plus capable de changer, c’est que je serai bientôt mort.» Mais il aime retrouve cette magie du premier moment, cette naïveté à découvrir de nouvelles choses, ce besoin de se remettre fondamentalement en question.

Le voilà qui part à l’Etat de Vaud, retourne au CICR, revient un temps à 24 heures avant d’être aspiré par Pascal Broulis pour des missions stratégiques. Mais tout ça ne durera qu’un temps, forcément. Ce n’est qu’une question de destin, de hasard. Ce destin qui aurait pu le faire ressembler aux deux antihéros de ses polars lausannois, le journaliste alcoolique Rod et l’inspecteur dépressif Mariano. Si le sourire affiché de ce célibataire endurci semble exclure des tendances neurasthéniques (mais on peut toujours se tromper), sa relation avec l’alcool s’est, elle, terminée. «Je n’ai jamais eu de dépendance mais j’avais beaucoup de peine à m’arrêter quand je commençais à boire.» Il a donc «quitté le pinard pour le polar», comme le proclame son éditeur, ravi de cette formule qui fait roman noir, qui rappelle le cher Ellroy ou les auteurs suédois.

Chez Abimi, dans cette Lausanne pas toujours reluisante mais si ressemblante, l’humour s’assemble au sordide, la distance permet comme une tendresse. Car le fils albano-alémanique voue un amour fou à sa ville. «Nous autres segundos avons forcément besoin de davantage de racines. Et c’est ici que je les ai plantées.» Dans ses années CICR, il rentrait passer ses vacances dans la capitale vaudoise, par besoin, par fidélité à ses amis d’enfance.

Il y a aussi, alors qu’il vous transperce du regard, ce discours d’une telle transparence, où il semble n’avoir aucune difficulté à parler de ses travers, de ses zones d’ombre. «C’est sûr que cela facilite le contact avec les gens.» C’est peut-être aussi une forme de pudeur puisque ces aveux spontanés empêchent d’aller chercher plus loin. L’écrivain planche maintenant sur une biographie en «je» d’une figure des nuits lausannoises, le Baron. Il y retranscrira ce milieu interlope, cette vie à rebondissements, ce personnage hors du commun, Une enquête sur des zones d’ombre comme il aurait voulu faire sur le destin de son père, et qu’il n’a jamais pu entamer. «J’aime les arêtes, les cassures de la vie des gens.»

Sera le 16 janvier au Café littéraire de Vevey. (24 heures)

Créé: 18.12.2014, 09h37

Carte d’identité

Né le 9 janvier 1965, à Lausanne.

Cinq dates importantes

1989 Commence à écrire ses premiers articles à l’Agence d’information et de reportage.

1996 Première mission pour le CICR, au Zaïre.

2009 Parution de son premier polar, Le dernier échangeur (Ed. Campiche).

2010 Devient chargé de mission stratégique à l’Office des affaires extérieures du canton de Vaud.

2012 Parution du Cadeau de Noël
(Ed. Campiche).

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