Le viticulteur du Nord vaudois a toujours cru aux vins de sa région

Portrait«Rookie of the Year 2018» de Swiss Wine Promotion et Gault&Millau, Benjamin Morel de Valeyres-sous-Rances avoue une attirance certaine pour le travail à la cave.

Benjamin Morel a repris les rênes du domaine du Château de Valeyres-sous-Rances en 2004.

Benjamin Morel a repris les rênes du domaine du Château de Valeyres-sous-Rances en 2004. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Et si ce titre de «Rookie of the Year 2018» que lui ont décerné début septembre Swiss Wine Promotion et Gault&Millau était une revanche personnelle sur les railleries endurées à Marcelin? C’est que pendant sa formation de vigneron-encaveur, au début des années 1990, Benjamin Morel en a entendu des vertes et des pas mûres sur les crus du Nord vaudois. «On me parlait souvent de ma «région marginale» et de la «mauvaise réputation» des vins des Côtes de l’Orbe ou de Bonvillars. Ce n’était pas drôle. Je n’ai jamais accepté qu’on nous rabaisse, parce que, comme tout gamin, je suis fier de là d’où je viens. Et puis, même si je savais qu’il y avait encore du boulot, on faisait déjà des produits de qualité à l’époque.»

Le grand gaillard aux yeux bleus savait déjà ce qu’il se voulait. Ce n’est pas sa première patronne, Lisa Martin, de la Cave du Consul à Perroy, qui dira le contraire: «Il a fait sa première année d’apprentissage chez nous. Je me souviens d’un garçon très pro, un chef, soit deux grandes qualités dans ce métier. Mais en plus, il était très agréable.»

«C’est chouette d’être nommé «rookie», un terme que je croyais réservé aux sportifs. En fait, j’aurais préféré le recevoir comme joueur NBA aux Chicago Bulls»

Aimable, donc, et modeste aussi. En tout cas suffisamment pour ne pas mettre en avant comme un trophée cette plaque dont il ne sait pas encore si elle ornera un mur du château de Valeyres-sous-Rances. Dans un premier temps en tout cas, il préfère prendre l’honneur qui lui est accordé par un «contre-pied». Tel le basketteur qu’il a été. «C’est chouette d’être nommé «rookie», un terme que je croyais réservé aux sportifs. En fait, j’aurais préféré le recevoir comme joueur NBA aux Chicago Bulls», rit-il.

Le sport, c’est sans doute l’autre passion du vigneron-encaveur nord-vaudois. Il trouve dans sa pratique un équilibre. «J’ai joué activement au basket pendant une vingtaine d’années, à Yverdon. Aujourd’hui, j’ai levé le pied, mais je joue encore pour le fun avec des copains.» Et quand ses vignes lui en laissent le temps, il s’évade à VTT. «Le Jura, les gorges de l’Orbe, le Suchet: on a une région géniale pour ça. Souvent, on vise une cabane et on y fait une fondue. Un pur plaisir.» Ce bonheur simple, il l’apprécie aussi quand il le partage en famille. «Maintenant qu’on est un peu mieux organisé à la cave et que nos filles ont grandi, on essaie d’en faire tous les quatre.»

Chez les Morel, le modèle familial colle parfaitement au célèbre adage qui dit que derrière chaque grand homme il y a une femme: «Dans un couple de vignerons indépendants, la femme c’est la force dont on ne parle jamais, bien qu’elle fasse énormément», affirme-t-il sans ambages. Benjamin Morel le dit volontiers au sujet d’Anne, son épouse, tout en sachant pertinemment qu’il s’appliquait déjà pour ses parents, qui l’ont précédé à la tête du domaine.

Ni secret, ni surprise, c’est bien d’eux qu’il a hérité son envie de faire de la vigne sa vie. «Petit déjà, je voulais devenir «virognon». Mais jamais mes parents ne m’ont mis de pression pour que je perpétue la tradition familiale initiée par mon grand-père dans les années 1950.»

«Un passionné rigoureux»

Une tradition qu’il a amenée jusque sur les bonnes cartes culinaires du canton de Vaud. A commencer par La Table de Mary, à Cheseaux-Noréaz, dont la toque, Maryline Nozahic, avait été désignée en 2005 «Découverte de l’Année» par le Gault&Millau. «Benjamin, c’est quelqu’un de passionné, qui nous reçoit toujours bien et avec qui nous travaillons depuis longtemps. Comme Christian Dugon à Bofflens et Guy Cousin à Concise, il produit de très bons vins. Nous en avons deux de sa gamme «Confidentiel» sur notre carte. On peut le considérer comme une vitrine de notre région», affirme Loïc Nozahic, chef de salle.

Ses crus, on les retrouve aussi à quelques pas des vignes d’où ils sont tirés, à La Vieille Auberge de Valeyres-sous-Rances. L’établissement a longtemps fait partie du domaine des Morel, et Benjamin l’a lui-même exploité pendant quelques années. C’est là que Philippe Leuba, conseiller d’Etat en charge notamment du Service de la viticulture, les a découverts. «Je ne connaissais que ces vins de réputation jusqu’à ce que la patronne me conseille un pinot «Confidentiel». Benjamin Morel, c’est avant tout un passionné rigoureux, qui aime la vigne, le vin et l’émotion que ce dernier suscite chez l’amateur. C’est un grand vigneron, un homme vrai, intransigeant sur la qualité, une référence. Tenez, la saison du vacherin Mont-d’Or s’est ouverte… courez chez Morel, achetez un Chardonnay «Confidentiel», mariez ces deux produits d’exception et vous avez le plus efficace des antidépresseurs!»

Une attirance pour la gestion des fermentations

Aujourd’hui, Benjamin Morel est donc à la tête d’un domaine reconnu au sein duquel il passe plus de temps vers les cuves et les barriques qu’au pied des ceps. «J’ai toujours eu plus d’affinité pour la cave. J’ai par exemple une réelle attirance pour la gestion des fermentations.» Cette affinité, le viticulteur-œnologue a pu la développer d’autant mieux que son chemin a croisé celui d’un autre vigneron du village, Frédéric Hostettler. «Lui apprécie d’être au grand air. On a vite saisi notre complémentarité!» Les deux collègues possèdent des vignes en copropriété, ont leur propre domaine et valorisent également les baies de Jacques Ravey et Pascal Randin, respectivement propriétaires de vignes à Valeyres-sous-Rances et à Rances. Un modèle qui leur assure une certaine rentabilité dans un monde extrêmement concurrentiel et qui permet de trouver que le vin vaudois ne rime pas uniquement avec La Côte et Lavaux.

Dans le parcours de Benjamin Morel, une étape peut surprendre le béotien. Diplôme de l’Ecole supérieure de Changins en poche, il a préféré aller voir si les feuilles de vigne sont plus vertes ailleurs qu’au domaine du château qu’il reprendra finalement en 2004. Jusque-là, rien d’étonnant. Les deux destinations choisies le sont davantage. «J’ai eu envie de me perfectionner en Allemagne et en Californie. C’est sûr que ça change du traditionnel stage dans le Médoc ou en Bourgogne. Dans le Kaiserstuhl, j’ai beaucoup appris sur la viticulture et sur le côté entrepreneur du métier. Et à Napa, l’approche œnologique est très importante. Vous savez, je suis un gars du Nord vaudois, donc les a priori sur la viticulture, je n’en ai pas!» (24 heures)

Créé: 26.09.2017, 09h35

Bio

1975 Voit le jour le 12 octobre à Pompaples. Il grandit là où il vit encore aujourd’hui, à Valeyres-sous-Rances. 2004 Son père Marc-Antoine lui transmet la gestion du domaine du Château de Valeyres-sous-Rances que son grand-père avait fondé en 1945. 2005 Il rencontre Anne, une Fribourgeoise de Siviriez qui deviendra son épouse quatre ans plus tard. 2006 Le 1er mai, Benjamin et ses deux frères, Abram et Romain, deviennent propriétaires du château et entament sa rénovation, dont celle de magnifiques fresques de 1639. 2008 Anne et Benjamin sont parents une première fois: Agathe pointe le bout de son nez le 4 janvier. 2010 Agathe fait la connaissance de sa petite sœur, Séraphine, le 15 juillet. 2014 Il succède à Michel Hostettler à la présidence de l’Appellation des Côtes de l’Orbe. 2017 Le 1er septembre, il reçoit le prix de «Rookie of the Year 2018» de Swiss Wine Promotion et Gault&Millau.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

L'affaire Harvey Weinstein, le célèbre producteur-harceleur de Hollywood, prend une dimension mondiale: des appels à «dénoncer les cochons» ont été lancés sur Twitter. La parole des femmes se libère.
(Image: Bénédicte) Plus...