Michel Matter, le médecin qui garde un oeil sportif sur la politique

PortraitL'ophtalmologue genevois, qui a défendu ces derniers mois les médecins et leur salaire, est la nouvelle voix romande de la FMH

Michel Matter: «Ce qui me plaît, c’est le rapport aux patients. Nous les prenons tous en charge, quels qu’ils soient. Et la médecine me donne un outil pour améliorer leur vie.»

Michel Matter: «Ce qui me plaît, c’est le rapport aux patients. Nous les prenons tous en charge, quels qu’ils soient. Et la médecine me donne un outil pour améliorer leur vie.» Image: Vanessa Cardoso

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l’école, outre ses bonnes notes, il s’est illustré par sa tchatche. Les années n’y ont rien changé. Assis dans son cabinet du Centre ophtalmologique de Rive, à Genève, Michel Matter déballe sa vie sans s’interrompre. Les petites et les grandes histoires, les bonheurs et les malheurs, forment un tableau impressionniste dont se dégage un enthousiasme communicatif. Le docteur raconte aussi les passions qui l’ont conduit à s’engager au-delà de l’ophtalmologie. Président de l’Association des médecins du canton de Genève depuis 2014, il a été élu le 3 mai vice-président de la Fédération suisse des médecins, la FMH. À ce titre, il représente la voie romande d’une institution à majorité alémanique.

Depuis le début de l’année, il s’est fait un nom comme défenseur des médecins et de leur revenu, «sans cautionner les abus», précise-t-il. Opposé dans ce débat aux conseillers d’État Mauro Poggia et Pierre-Yves Maillard ainsi qu’au conseiller fédéral Alain Berset, il est apparu dans les médias, y compris à la radio et à la TV. On devine sa fierté d’avoir mené cet exercice. Il faut dire que ce n’était pas gagné d’avance. Michel Matter est né avec une fente palatine. Enfant, ses troubles de l’élocution lui ont valu de nombreuses heures chez la logopédiste. Le jeune Michel portait aussi des lunettes. Il était un peu frêle et premier de classe («À l’école primaire, j’avais des 6 partout, j’ai atteint mon apogée intellectuel à 10 ans»). Tout cela aurait pu en faire un bouc émissaire, ce qu’il craignait à chaque rentrée de classe. Mais il n’a pas eu de problèmes. Son goût du sport et des autres l’a peut-être sauvé des moqueries. «Je pense que je jouais le rôle de médiateur entre les différents groupes. J’étais le bon copain et j’ai gardé des amis de l’époque.» Ses parents tenaient un magasin de lunettes. Il y voit les racines de son intérêt pour les autres. Adolescent, il se serait bien vu avocat «pour combattre l’injustice». Mais ses problèmes d’élocution l’ont retenu. Le choix de la médecine? «Ce qui me plaît, c’est le rapport aux patients. Nous les prenons tous en charge, quels qu’ils soient. Et la médecine me donne un outil pour améliorer leur vie.» Dans la lignée de son père opticien, il a choisi l’ophtalmologie. Et puis, l’œil révèle pudiquement l’intime. «Les gens me demandent de les aider à garder la vision pour voir leurs petits-enfants ou pour lire.»

Le Genevois se décrit comme «un médecin qui met la main sur l’épaule de ses patients». Pour lui, la consultation doit être la plus agréable possible, même si le diagnostic est mauvais. Avant l’ophtalmologie, il a travaillé en gériatrie et accompagné des gens jusqu’au bout. «Quand vous faites des veilles à l’hôpital, vous arrivez parfois en pleine nuit auprès d’une personne mourante que vous ne connaissiez pas… Je n’ai jamais rien vécu d’aussi fort en médecine que le silence du dernier moment où l’on entend uniquement le souffle du patient. Je mettais ma main sur la sienne.»

L’Inde pour stimuler les cinq sens

Des décès, il en a connu d’autres. Sa maman est morte prématurément d’un cancer à l’âge de 56 ans. Son père a succombé à un choc anaphylactique, à 65 ans. «Si je me retourne, il y a eu beaucoup de choses, et notamment de la tristesse. Si je regarde devant, il y en a d’autres. Je veux les vivre, découvrir d’autres endroits, voir ce qui se trouve derrière la prochaine porte.» On devine chez lui une gourmandise pour la vie. Une curiosité, aussi. «Il a vécu beaucoup de choses et bourlingué, c’est une richesse, confirme son collaborateur Philippe Desmangles. Il s’ouvre avec le temps et je découvre encore des choses sur lui.» Dans son discours, les termes «extraordinaire» et «fantastique» reviennent régulièrement. Pour évoquer sa famille, le petit-déjeuner qu’il vient de partager avec un ami, l’art et l’art brut en particulier, l’écriture d’éditoriaux pour les associations de médecins et celle de trois livres jamais publiés, les promenades silencieuses avec ses chiens ou les voyages. Il s’est notamment rendu 12 fois en Inde. «C’est le seul pays du monde qui stimule nos cinq sens, dans le bien comme dans le moins bien. Il y a des mauvaises odeurs, de la souffrance et de la pollution mais aussi des images et des couleurs exceptionnelles.»

Le médecin est organisé et avance vite. Ceci explique-t-il cela? Ce grand lecteur de «L’Équipe» est un sportif. Dans quelques jours, il va rejoindre Nice à vélo, histoire de se confronter à des cols mythiques. Comme un lien entre cette passion et sa profession, il gère avec son épouse une entreprise, Neurovision Consulting. Cette firme fournit aux sportifs des conseils pour traiter au mieux les informations visuelles et améliorer ainsi leurs résultats. «Cela me permet de rencontrer des athlètes de haut niveau et de parler avec eux de professionnel à professionnel.»

Intérêt pour la politique

L’étape suivante le mènera-t-elle à la politique? Il ne balaie pas l’idée, même s’il ne s’identifie à aucun parti. Il s’est lancé sur la scène publique en 2011, dans le cadre de la campagne contre le Managed Care obligatoire. «Nous étions une dizaine de docteurs à trouver que cette proposition n’allait pas. Nous avons convaincu la FMH, lancé le référendum national et nous l’avons largement gagné, dans tous les cantons. Cela m’a montré à quel point la démocratie est une réalité dans notre pays.» Cela lui a surtout donné le goût du débat et du combat. Mauro Poggia, qui lui a souvent été opposé, reconnaît son intelligence. «C’est un interlocuteur fiable, on sait ce qu’il pense et il ne change pas ses positions.» Devenu président des médecins genevois, Michel Matter a lancé une initiative cantonale pour préserver le secret médical en prison, dont on ne connaît pas encore l’issue. Comme vice-président de la FMH, il compte porter la voix des Romands «qui doivent davantage s’impliquer» et se rapprocher des parlementaires fédéraux. Une nouvelle aventure.

(24 heures)

Créé: 31.05.2018, 09h45

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