Nos ancêtres n’ont plus de secret pour lui

PortraitArthur Escher, géologue.

Image: LEO DUPERREX

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A personnage hors du commun, œuvre hors norme. L’œil pétillant de malice, d’intelligence et de gentillesse, le géologue Arthur Escher, 88 ans, livre ces jours-ci un Atlas des vertébrés, de leurs origines à nos jours. Inhabituel par ses grandes dimensions (31 × 33 cm), son nombre de pages limité (32), l’album l’est également par son sujet, un arbre généalogique de 600 millions d’années, et son contenu: plus de 1000 animaux dessinés, des ancêtres des dinosaures aux humains. Son auteur couve du regard l’ouvrage. «Il devrait intéresser tous les vertébrés. Hélas, les humains sont les seuls à pouvoir le comprendre.»

Arthur Escher préférerait que l’on parle plus de son livre et moins de sa personne. Documentation, construction générale puis dessins: la tâche l’a occupé pendant quinze ans! «Oui, j’ai une certaine obstination et le goût du travail. Je suis très Suisse, au fond.» Il a de qui tenir. Arthur est le second des trois fils du génial dessinateur et graveur néerlandais Maurits Cornelis Escher, alias M.C. Escher, dont les images de constructions impossibles ou les poissons se transformant en oiseaux ont fait le tour du monde.

«Oui, j’ai une certaine obstination et le goût du travail. Je suis très Suisse, au fond»

Arthur Escher est né à Rome, où ses parents s’étaient installés quelques années plus tôt. «Mais quand mon grand frère a été enrôlé dans l’organisation de jeunesse Balilla de Mussolini, mon père a dit: «On fout le camp.» On est partis pour Château-d’Œx, parce que mon père voulait voir des montagnes et que c’était relativement bon marché à l’époque.»

Papa Escher n’était pas encore la star qu’il allait devenir, et la famille vivait modestement sur un héritage. Fiston n’a rien oublié: «J’ai fait mon école primaire à Château-d’Œx. Un monde idéal pour l’enfant que j’étais.» Deux ans au Pays-d’Enhaut, puis départ pour la Belgique: «C’était bon marché, et mon père avait de moins en moins de sous.» L’arrivée des Allemands pousse les Escher à rejoindre les Pays-Bas. «Durant l’hiver 44-45, le front était à quelques kilomètres de chez nous. Pendant trois à quatre mois, tous les soirs, les tanks canadiens tiraient sur les positions allemandes. Ado inconscient, je sortais pour voir tout ça, alors que mes parents se réfugiaient dans la cave.»

Pendant des années, Arthur Escher fera pourtant des cauchemars, à cause de ce bombardier qu’il a vu s’écraser, en flammes, à quelques centaines de mètres de chez lui. «L’équipage a brûlé à l’intérieur. Oui, on a eu la chance de ne pas être juifs ou combattants.»

La guerre donne au jeune Arthur le goût des livres. Outre les contes des Mille et une nuits, il passe le temps avec les ouvrages de son père consacrés à l’évolution, aux fossiles ou à Darwin. «Cette histoire, ce n’était pas clair, je voulais apprendre.» Sa vocation était née. Après le bac, sur le conseil d’un parent, il gagne l’Université de Lausanne afin d’y étudier la géologie.

Quatre ans à Sumatra

Etudes bouclées, il passe quatre ans à Sumatra, où il cherche des filons pour une compagnie minière indonésienne. Puis, avec une vingtaine de scientifiques, participe à une expédition d’exploration dans la jungle de Nouvelle-Guinée. «Les Papous organisaient des visites guidées des Blancs!» Arthur Escher en rit encore, et se sent privilégié d’avoir pu vivre de telles expériences. «Pourtant, ma vie me semblait un peu grise, sa futilité me tombait dessus.» C’était avant que Marjolaine n’entre dans sa vie. «J’ai eu un bol extraordinaire de la rencontrer, elle a donné un sens à mon existence.»

La Néerlandaise va l’accompagner dans ses aventures ultérieures, ses expéditions au Groenland comme durant sa carrière de professeur de géologie aux Unis de Lausanne et de Genève. Elle est décédée il y a quelques semaines, après quatre longues années de lutte contre la maladie. Pendant lesquelles l’athée Arthur Escher a «rencontré des anges», comme il appelle ces infirmiers et infirmières «extraordinaires» côtoyés dans les hôpitaux.

Lointaines origines valaisannes

Le résident des Tavernes, père de trois enfants dont un adopté, habitué des temps longs de la géologie, n’envisage pas d’au-delà: «Scientifiquement, ce qui nous a créés, c’est notre code génétique. Le reste, c’est de la poussière. Mais les enfants nous continuent.» Le lien avec son Atlas est tout trouvé: sur ses planches, l’intervalle entre deux lignes-temps est de 10 millions d’années. «Durant ce laps de temps, environ 300 000 générations se suivent pour une seule lignée. Chacune avec une naissance, une survie et une mort. C’est effarant, quand on y pense. Mais cela explique mieux comment la sélection naturelle par la survie des plus adaptés selon Darwin a pu se développer.»

Un détail encore: la famille Escher a des ancêtres Haut-Valaisans. L’un d’eux, il y a fort longtemps, a quitté Simplon-Village, allant chercher meilleure fortune comme marin avant de faire souche aux Pays-Bas. Une histoire de migration, d’adaptation, d’évolution, comme les aime Arthur Escher.

Créé: 11.10.2016, 13h17

Carte d'identité

Né le 8 décembre 1928, à Rome.

Cinq dates importantes

1935 La famille Escher s’installe à Château-d’Œx pour deux ans.

1944 «En Hollande, on vivait sur le front, je n’avais plus besoin d’aller à l’école.»

1961 Marjolaine, sa future épouse, «amène la couleur» dans sa vie.

1975 Nommé professeur de géologie aux Universités de Lausanne et de Genève, il s’installe aux Tavernes, près d’Oron.

2016 Décès de son épouse. Publie «Atlas des vertébrés», avec Robin Marchant, aux Editions Loisirs et Pédagogie.

Le livre



«Atlas des vertébrés. De leurs origines à nos jours»
Arthur Escher et Robin Marchant
Editions Loisirs et Pédagogie, 32 p. et un poster, 45 fr.

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