Pour elle, Dieu se manifeste tout le temps

PortraitMonique Ribeaud, dominicaine.

Image: Jean-Paul Guinnard

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Bâtisse médiévale à l’entrée d’Estavayer-le-Lac (FR), le monastère des dominicaines est un lieu dédié à la prière depuis sept siècles. Une communauté de religieuses contemplatives fondée à Chissiez (Lausanne) en 1280 a emménagé dans ces murs en 1316. Sœur Monique, la prieure (responsable de communauté), nous accueille derrière l’imposante porte de bois. Son habit est le même que sur les peintures du Moyen Age: coiffe noire et ample vêtement blanc, rosaire à la ceinture, chape noire. Mais Sœur Monique est en phase avec son temps: attentive aux visiteurs, elle se révèle à la fois franche et chaleureuse. «Cette année marque une date anniversaire pour moi aussi, explique-t-elle, je suis entrée dans ce monastère en octobre 1976, il y a quarante ans.»

Quel est le sens d'une telle vie?

Ce qui a appelé Monique Ribeaud, cette Jurassienne alors âgée de 28 ans, à poser sa valise ici pour commencer une vie de contemplation est une énigme pour beaucoup. Les moniales (féminin de moines) font vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Leurs journées sont occupées par la prière, l’étude, le travail, dans un silence et une solitude volontairement acceptés. Les louanges en commun rythment leur quotidien, de l’aube à la nuit. Quel est le sens d’une telle vie, sans enfants, sans carrière, sans rien posséder? «Ma famille et mes amis me questionnent quand je les vois, ma vie les intrigue, sourit Sœur Monique. Je leur réponds que ma vie a une seule raison, c’est la foi en Dieu.»

La pierre de voûte de cette existence est la conviction que l’essentiel ne peut être vu. «Comme la tombe vide annonce la Résurrection, ou le scintillement dans l’orbite d’une étoile indique l’invisible planète», écrivait Timothy Radcliffe, ancien maître de l’ordre dominicain. Monique Ribeaud avait la vocation. «Je me revois un jour à 15 ans, je faisais la vaisselle avec ma mère et mes sœurs, je leur ai dit que je voulais être une moniale contemplative.» Elle avait alors lu les œuvres complètes de sainte Thérèse d’Avila. Sa famille essaiera de l’en dissuader. Elle entrera dans un premier temps dans une communauté religieuse présente à Porrentruy: les Sœurs hospitalières de Beaune, un ordre qui avait pour vocation de soigner les malades. Elle suivra l’école d’infirmières, se spécialisant en soins intensifs et en dermatologie, travaillera à Porrentruy et à Angers (F). «J’ai de l’empathie naturelle pour les gens, comme un don d’écoute, explique-t-elle. Un soir, à l’hôpital, je soignais quelqu’un qui avait le tétanos. Je me suis brusquement dit que je ne pouvais pas continuer ici, il fallait que je prie pour le monde. C’était plus fort que moi, c’était l’appel de Dieu.»

«Il fallait que je prie pour le monde. C’était plus fort que moi, c’était l’appel de Dieu»

Elle songe à entrer chez les carmélites, mais on la guide vers les dominicaines. Cet ordre, créé par saint Dominique d’Osma il y a tout juste 800 ans cette année, avait pour mission «d’annoncer la parole de Dieu» dans un monde marqué par le catharisme. «Au début, je me suis dit: les dominicains, c’est une équipe d’intellos, ce n’est pas pour moi! Et puis j’ai découvert la compassion de saint Dominique pour les gens. L’oraison de sainte Catherine de Sienne me parlait beaucoup: «Je crie devant Toi pour que Tu fasses miséricorde au monde.» C’est toujours ma prière aujourd’hui.» Aujourd’hui, Sœur Monique se dit certaine d’avoir fait le bon choix. «J’ai eu des moments de doute, c’est humain, c’est tout à fait normal. A une période de ma vie, il a été difficile d’admettre que je n’aurais pas d’enfants. Mais je n’ai jamais remis en cause mon engagement.» Ce Dieu qui l’a appelée, pourquoi est-il silencieux? «Vous le trouvez silencieux, vous? Je crois que c’est le monde qui ne sait plus faire silence pour l’entendre. Dieu se manifeste tout le temps.» Et s’il n’existait pas? «Alors tant pis, j’aurai vécu en pensant faire le bien, en essayant de rendre les autres heureux et de l’être à ma manière. Mais je crois vraiment qu’il existe et que je verrai un jour sa face.»

Les dominicaines élisent leur prieure pour une durée de trois ans renouvelable une fois. «La prieure n’est qu’une Sœur parmi les autres, au service des autres. J’aime qu’un maximum de décisions soient prises en commun et que la communauté soit unie.» La gestion du monastère n’est pas de tout repos, entre le jubilé prévu pour les 700 ans du monastère*, la rénovation de l’église et l’accueil de retraitants à l’hôtellerie La Source. La question de l’avenir de la communauté – qui compte actuellement onze moniales – est souvent évoquée par les visiteurs. Sœur Monique répond en philosophe: «L’avenir n’est pas entre nos mains, il appartient à Dieu.»


* www.moniales-op.ch (24 heures)

Créé: 14.06.2016, 10h04

Carte d'identité

Née le 4 mai 1948 à Cœuve (Jura).

Cinq dates importantes

1963 A 15 ans, elle lit les œuvres complètes de sainte Thérèse d’Avila et songe déjà à la vie contemplative.
1966 Entrée chez les Sœurs hospitalières de Beaune.
1968 Elle entame une formation d’infirmière puis se spécialisera en soins intensifs et dermatologie.
1976 Elle entre au Monastère des dominicaines d’Estavayer-le-Lac.
2006 Elle devient présidente de l’Union des contemplatives de Suisse romande.

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