Ses toiles disent la «nostalgie heureuse»

PortraitPatrick Savary, artiste peintre.

Image: PATRICK MARTIN

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Dans le grenier de la maison familiale où il a installé son atelier, Patrick Savary mettait voici quelques jours la dernière main à sa prochaine exposition. Avec calme et méticulosité, comme dans tout ce que fait cet Yverdonnois qui, un beau jour, a décidé qu’il serait peintre. Et rien d’autre.

Pour obtenir ces grandes toiles où architecture et lumière ont le premier rôle, il a élaboré une véritable méthodologie. Elle commence systématiquement par un voyage de quelques jours. Pas de destination lointaine au menu: la virée qui a donné naissance à sa dernière série l’a emmené du côté de Stresa et des îles Borromées. «Je ne recherche pas l’exotisme. Autant des petites villes comme Vesoul ou Quimper excitent mon imaginaire, autant Ushuaia ne me donne pas envie.»

Au lever et au coucher du soleil
Ce père de deux enfants adultes dit au revoir à sa compagne et part seul. Lorsqu’il débarque à Vérone ou à Verdun – «une adorable petite ville» –, le peintre commence par acheter le journal du coin, «pour connaître les heures de lever et de coucher du soleil», et une bonne carte.

Ainsi armé, il se met en route, à pied ou à bicyclette, dans les ruelles ou longeant les fleuves, à l’affût «de la seconde juste, de ce moment de grâce où je ressens un sentiment d’adoration et de gratitude, afin de le partager avec d’autres».

«Je vois soudain la toile apparaître, s’imposer»

C’est en général tôt le matin ou en fin de journée, lorsque les rayons du soleil se mélangent à la lumière des hommes. «Sur le terrain, je vois soudain la toile apparaître, s’imposer à moi.» Il peut alors dégainer son carnet de notes et de croquis «pour stabiliser l’instant et me redonner plus tard l’émotion primitive».

Fin bec, amateur d’andouillette grillée comme de cuisses de grenouille accompagnées d’un verre de chablis, il note tout, de son respect devant une prunelle de Troyes à son extase face à la Vierge à l’enfant de la cathédrale de Moulins.

«Le souvenir du paysage»
Au retour, muni de cette matière, il se met au travail, toujours à l’atelier. «Gauguin disait que pour peindre, il faut tourner le dos au paysage. Dans le même ordre d’idées, je peins le souvenir du paysage. J’essaie d’en tirer une mélancolie, une nostalgie qui soit heureuse, jouissive. Le lieu n’a finalement pas trop d’importance.» Face à la toile dont l’humain est généralement absent, chacun peut ensuite inventer son propre scénario.

Si Patrick Savary a fait le choix définitif de la peinture à l’issue de sa formation aux Beaux-Arts, c’est selon lui bien plus tôt que tout s’est joué. Lorsqu’il effectue ses premiers pas à l’école, ses parents viennent de déménager de Fribourg à Lausanne. «A la Sallaz, je descendais la route de Berne en direction de l’hôpital, tout seul. J’ai été attiré par l’odeur d’huile qui s’échappait d’un soupirail. Par là, j’ai aperçu un peintre. Un vieux monsieur qui réalisait des sous-bois à la chaîne. Cette vision était magique, comme s’il fabriquait des bonbons, avec un côté faux-monnayeur à cause de la cave où il travaillait.»

Impressionné par Daumier, Doré et Grandville
Adolescent, le jeune Patrick, impressionné par Honoré Daumier, Gustave Doré ou Grandville, est déjà fixé sur son avenir: comme ses illustres modèles, il sera caricaturiste, illustrateur, voire dessinateur de bande dessinée. A 17 ans, une randonnée en compagnie de son cousin Pierre, à travers la Bourgogne, dans le but d’en croquer les églises romanes, lui donne le goût de cette sensation de liberté du voyageur.

Son chemin passe par les Beaux-Arts, à Lausanne, jusqu’à ce qu’un prof lui dise après trois ans: «Tu n’as plus rien à apprendre ici.» Un séjour chez un peintre français installé en Provence se révèle initiatique. «Non pas tant pour sa peinture que pour sa manière de faire, sur le choix de travailler en intérieur ou en extérieur, l’abstrait ou le figuratif. Tout cela m’a conforté dans mon idée que la peinture était un choix viable.»

Seul dans Paris
Cap sur Paris, une piaule du côté de Montparnasse et, pour commencer, l’apprentissage de la solitude. Mais aussi la découverte de la Ville Lumière, tous sens en éveil, en parallèle à l’Ecole nationale des beaux-arts. «Le seul cours vraiment passionnant, ce fut l’anatomie, très approfondie. Mais j’ai aimé aussi les ateliers de gravure. Et puis quel luxe de pouvoir aller au Louvre presque tous les jours, pour y voir ne serait-ce qu’une toile.»

Dans une vie d’artiste, il faut aussi, parfois, un coup de pouce du destin. Ainsi, alors qu’une galeriste fribourgeoise s’apprête à refuser d’exposer les aquarelles du jeune homme, survient le patron, Carlo Olsommer, fils du peintre valaisan Charles-Clos. Devant le travail du jeune homme, son jugement est immédiat – et sans discussion: «Faut pas laisser passer ça.» Une carrière était lancée. (24 heures)

Créé: 27.10.2015, 10h22

L'expo

Onnens, Galerie du Vieux Pressoir
Du dimanche 1er nov.
au dimanche 20 déc.,
je-di 15 h-19 h

www.patricksavary.ch

Carte d'identité

Né le 9 juin 1958 à Fribourg.

Cinq dates importantes
1975 Durant l’été, voyage à pied en Bourgogne avec son cousin Pierre.

1979 Séjour initiatique chez un peintre en Provence; conforté dans l’idée que la peinture est un choix viable.

1980 Interrompt ses études aux Beaux-Arts de Lausanne pour les poursuivre à Paris.

1983 Premier «voyage de peintre» en solo, en Normandie.

1991 Découvre la corrida, choc visuel autant que moral ou philosophique.

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