Un esprit libre dans un corps immobile

PortraitMalick Touré-Reinhard, graphiste et agitateur des réseaux sociaux.

Image: PATRICK MARTIN

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Il pourrait servir de professeur d’optimisme à bon nombre d’entre nous, trop vite enclins à se plaindre de quelque bobo ou contrainte du quotidien. Malick Touré-Reinhard, cloué dans son fauteuil roulant électrique, voit les choses autrement, lui qui se dit «un petit peu défaitiste». Pourtant, que de victoires chèrement acquises dans ce très jeune parcours. «Il a la maturité de quelqu’un de 35 ans, pas de 17», dit de lui sa maman en passant la tête par la porte. Malick sourit en l’entendant mais avoue un peu plus tard ne pas beaucoup aimer cette considération: «Je n’ai pas de superpouvoir, je suis naturel, je ne joue pas au bobo intello.»

Il se rêvait journaliste, animateur de radio ou graphiste. Les portes de l’Ecole romande d’arts et communication lui ont été claquées au nez, mais qu’importe. Stagiaire «graphic designer», «community manager» au sein de l’équipe de la télévision Be Curious, à Préverenges, attaché au graphisme des réseaux sociaux, à la promotion, il est prêt à s’investir. Pour finir de convaincre et expédier un pied de nez à ceux qui ne croient (croyaient) pas en lui. Prouver au monde qu’il peut être «rentable». Son projet d’émission est en suspens, mais ce n’est que partie remise. «Be Curious, c’est aussi mon bébé, je suis fier d’y travailler, on y a une liberté de ton. C’est un endroit atypique, comme moi.»

Intelligence et second degré

Sous sa main gauche, un joystick lui permet, au choix, de commander son fauteuil, de déplacer une souris sur un écran d’ordinateur ou d’allumer une télévision. «Pas encore d’ouvrir la porte à un visiteur, ça viendra lorsque j’aurai mon propre appartement.»

«Peut-être que ma vie va être plus compliquée que celle des valides, avec des défis différents, mais elle m’offre aussi des opportunités»

Sur Facebook ou Twitter, sa malice fait mouche. Qu’il commente l’actualité d’une boutade ou croise le fer avec le politicien UDC Yvan Perrin, son intelligence et son goût du second degré ravissent ses plus de 2000 amis. A 17 ans tout juste – il les a fêtés samedi 5 mars –, Malick Touré-Reinhard est déjà un sage. «Peut-être que ma vie va être plus compliquée que celle des valides, avec des défis différents, mais elle m’offre aussi des opportunités. Le handicap, ironie du sort, permet de se faire remarquer, de même que mon physique atypique et mon fauteuil.»

«Etre présentable»

Le jeune Lausannois souffre d’une forme de myopathie dite «amyotrophie musculaire». Il a des sensations dans les membres mais, faute de force, ne peut pas les bouger, à l’exception de quelques doigts. Pour ne pas basculer, sa tête est fixée à un appuie-tête par un bandeau, d’où s’échappe la grosse touffe de cheveux frisés hérités de son paternel, originaire de Guinée. «Je me sentirais nu sans mon bandeau. Mon apparence est très importante, je fais attention, j’aime être présentable même si j’ai la tignasse en bataille. Je veux éviter les a priori qui voudraient que quelqu’un en fauteuil roulant soit inférieur à la personne valide. Cela suffit qu’au restaurant les garçons demandent à ma mère ce que veut manger son fils.»

Son attitude hiératique peut être impressionnante pour ses interlocuteurs. «Impressionnant? Alors c’est malgré moi. Peut-être à cause du fauteuil, qui donne un côté froid. C’est vrai que je ne peux malheureusement pas serrer la main des personnes que je rencontre.»

Instinct

Sa dépendance est évidemment totale en ce qui concerne les actes les plus simples de la vie quotidienne. «Pour moi, c’est la normalité. Ça me ferait bizarre de me retrouver autonome. Bien sûr, cela me ferait plaisir. Mais être prisonnier de son propre corps, cela apprend à avoir une intelligence émotionnelle énorme.»

Habitué à être en permanence entouré d’adultes – en vrac, des physios, ses collègues, sa patronne Leila Delarive, des infirmières, des chauffeurs, des assistantes de vie –, il a développé une sorte d’instinct qui lui permet de «sentir» immédiatement les intentions et l’état d’esprit de ses interlocuteurs. «Je suis obligé de m’adapter en permanence, les gens qui s’occupent de moi changent tout le temps. Mais ils sont là pour mon bien, me permettre de me déplacer, de manger ou d’aller aux toilettes.»

«Livres d'intellos»

Capable d’autodérision, patient mais ambitieux, Malick Touré-Reinhard ne veut plus se contenter d’être le petit myopathe qui «en veut» et à qui on donne un petit rôle lors du Téléthon. «Le côté larmoyant, qui plaît et rapporte de l’argent, ne me convient pas.»

Grand lecteur «de livres d’intellos» – sciences sociales, religion, romans policiers –, Malick a toujours été précoce. A 8 ans, il parlait déjà politique. «A l’époque où je pouvais encore dessiner, je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents. J’ai créé mon premier journal avec des images découpées dans le quotidien que mon grand-père lisait tous les matins. 24 heures, bien sûr.» (24 heures)

Créé: 07.03.2016, 08h53

Carte d'identité

Né le 5 mars 1999 à Lausanne.

Quelques dates importantes
2012 Cofonde la webradio Check Hits.

2013 En janvier, perd son grand-père maternel. En décembre, interviewe le professeur Laurent Bernheim, de la Faculté de médecine de Genève, sur le plateau de La Télé, à l’occasion du Téléthon.

2014 Chronique mensuelle à La Télé.

2015 Certificat d’études secondaires en poche, commence son stage à Be Curious TV.

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