Un fondateur de festival très précoce

PortraitOleg Gafner, musicien, organisateur.

Oleg Gafner et son violoncelle dans sa chambre à Lausanne.

Oleg Gafner et son violoncelle dans sa chambre à Lausanne. Image: Vanessa Cardoso

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«Je crois aux jeunes et à la musique classique. Et ce que j’adore faire, c’est organiser, écrire des lettres, demander des subventions à Anne-Catherine Lyon ou à Oscar Tosato, et venir à 6 heures du matin pour installer la salle en vue du concert du soir.» Oleg Gafner a la «tchatche» et le sens pratique. Une fois lancé sur le thème de son Festival 4 Saisons, rien ne l’arrête: les idées, les références, les anecdotes, les arguments jaillissent, les frustrations aussi.

Ce qui frappe chez ce garçon de 14 ans, encore encombré dans son élocution par un appareil dentaire, c’est le contraste entre la silhouette menue d’un tout jeune adolescent et l’assurance d’un discours assumé, convaincant, déjà très mature. «Mon but, c’est de mettre en avant les futurs acteurs culturels.» Rien que ça!

«Mon but, c’est de mettre en avant les futurs acteurs culturels»

Précoce, le blondinet a choisi son instrument à l’âge de 3 ans en entendant les Suites pour violoncelle seul de Bach. Précoce aussi, sa conviction écologique: «A 5 ans, je plaidais pour qu’on se déplace en train plutôt qu’en voiture.» Précoce enfin, sa fibre organisationnelle: voilà deux ans qu’Oleg Gafner s’investit dans son festival, qui prend la forme d’un concert de printemps, d’été, d’automne et d’hiver, organisé pour et par les jeunes, et dont la 2e édition démarre samedi*.

Sa maman, pianiste, le confirme: Oleg a envoyé sa demande de subventions à Daniel Brélaz sans en informer ses parents et c’est en ouvrant la lettre de réponse positive de la Municipalité de Lausanne que Katja Gafner a commencé à réaliser ce qui se passait: «Pour nous, c’était une tâche impensable car nous avions déjà assez à faire avec les activités de nos trois enfants musiciens. Mais c’est son truc, et nous n’avons eu finalement qu’à monter dans un train en marche!»

Entreprise familiale

Dans la famille, tout le monde est sollicité. Si Papa, photographe à la RTS, est trésorier et maman directrice artistique du festival, c’est surtout parce qu’il faut un adulte pour valider le budget et signer les contrats. «Je tiens à privilégier les jeunes, poursuit le fondateur. L’année dernière, ce n’était pas possible car j’étais seul. Mais, cette année, il y a déjà une majorité de membres de moins de 25 ans dans l’association et au comité.»

Si le projet d’Oleg a suscité d’emblée une telle adhésion, c’est qu’il répond à un réel besoin. Quand de jeunes musiciens talentueux comme Tjasha et Mila, les sœurs d’Oleg, se préparent à des con­cours, ils ont rarement l’occasion de roder leur programme en public, expérience essentielle pour s’améliorer. «Nous avions organisé quelquefois des concerts à la Ferme du Désert pour Tjasha, raconte Katja Gafner, et Oleg nous a toujours aidés dans l’organisation. Il a eu envie de faire la même chose pour les autres.»

Oleg va plus loin: «Les dates de nos concerts sont prévues en mars, pour se dérouler juste avant le Concours suisse pour la jeunesse, et en juin, avant la Fête de la musique. Nous offrons une scène en dehors des institutions pour garder notre indépendance et pouvoir défrayer les musiciens, sous forme de bons chez Payot!»

Le jeune Lausannois n’a pas peur d’apparaître comme un extraterrestre aux yeux de ses camarades d’école parce qu’il écoute de la musique classique. Il arrive même à attirer des bénévoles qui n’ont pas été plongés dans ce bain: «Mon ami Lennox, qui est zéro en classique, a fabriqué notre site Internet et il seconde mon papa pour la régie lumière. Tous les jeunes qui sont venus nous aider pour l’organisation ne connaissaient pas la musique classique. Et pourtant, ils l’écoutent et, à la fin du concert, ils sont venus me dire merci. Mais pour que ça leur plaise, il faut un très bon niveau.»

Convictions écolos

Ne croyez pas que le violoncelliste utilise le festival pour son autopromotion. «On m’a forcé à jouer pour le concert de cet hiver, s’excuse-t-il presque. A vrai dire, j’éprouve plus de satisfaction à organiser mon festival qu’à travailler pour pouvoir jouer. La musique restera mon «pied-à-terre», mais je me projette plus dans l’organisation ou dans la politique.» Il vient d’adhérer aux Jeunes Verts et parle avec fierté de ses premières campagnes comme de ses convictions écologistes militantes. Ainsi, à la question de savoir ce qu’il ferait s’il pouvait réaliser un vœu d’un coup de baguette magique, il en choisit deux: «Pour mon festival, avoir une salle plus grande l’année prochaine. Et sinon, renverser l’actuelle majorité au parlement.» On ne peut mettre en doute sa détermination. (24 heures)

Créé: 09.03.2016, 09h40

Le Festival 4 Saisons

Lausanne, Maison de quartier de la Pontaise
Sa 12 mars (19 h), il reste quelques places.
Samedis 11 juin, 5 novembre et 17 décembre.
Entrée libre, réservation obligatoire.
festival4saisons.ch

Carte d'identité

Né le 10 juillet 2001, à Morges.

Cinq dates importantes

2004 Découvre les Suites pour violoncelle seul, de Bach.

2013 Imagine le concept du Festival 4 Saisons.

2014 Réponse positive, le 17 juin, de sa lettre adressée à la Municipalité de Lausanne en vue de soutenir son festival.

2015 Le 14 mars, premier concert du Festival 4 Saisons.

2015 En novembre, adhésion aux Jeunes Verts.

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