Une fibre d’entrepreneur au service de la médecine

Daniel WalchSous son règne, émaillé de quelques bras de fer avec l’État, les hôpitaux de Nyon et Rolle ont fait leur place.

«Je crois à l’alliance entre gestion privée, pour son dynamisme et sa rigueur, et mission publique, qui est sans but lucratif et a du sens»

«Je crois à l’alliance entre gestion privée, pour son dynamisme et sa rigueur, et mission publique, qui est sans but lucratif et a du sens» Image: Florian Cella

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Un porte-avions et un hôpital sont les entreprises les plus complexes à gérer, selon une étude de l’Université de Harvard. Daniel Walch aime citer cette comparaison, en parlant du paquebot de la santé qu’il dirige à Nyon depuis 1993. Soit le Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL), réunissant les hôpitaux de Nyon et de Rolle, qui emploie aujourd’hui 919 personnes. Elles seront bientôt mille, une fois le énième chantier d’agrandissement du site nyonnais terminé. Car, en bientôt vingt-six ans, son directeur général aura contribué à en tripler la capacité tout en alignant des comptes équilibrés. Un petit miracle qui n’a pas été sans quelques bras de fer entre le bouillonnant directeur et le Canton. Le dernier en date était la dénonciation faite à son encontre par Pierre-Yves Maillard, chef du Département de la santé, pour faux dans les titres à propos de l’achat d’une IRM en dépit d’une nouvelle loi visant à en restreindre le nombre. L’affaire s’est terminée en novembre dernier par un non-lieu.

«Dans ma carrière, je suis monté plusieurs fois au créneau, la première fois contre le système des enveloppes financières qui favorisaient certaines régions, en 2012 contre les versements inégaux des prestations d’intérêt général (PIG) ou encore pour défendre le statut des médecins cadres que l’État voulait contrôler. D’esprit libéral, le fait que je dirige l’hôpital comme une entreprise a pu parfois déranger l’homme de gauche qu’est Pierre-Yves Maillard», note Daniel Walch. Pour lui, avoir été traîné en justice sans avoir été convoqué au préalable à une explication par le chef du département relève d’une dérive autoritaire, «d’une forme de totalitarisme doux» de la part d’un homme dont il apprécie pourtant l’intelligence et l’énorme travail abattu durant son long mandat.

Peu de goût académique

Lui aussi s’est engagé à fond dans le domaine de la santé, même s’il a préféré le casque de l’entrepreneur au stéthoscope du médecin. Car Daniel Walch a un temps hésité entre des études d’économie ou de médecine. Grâce à son père, homme d’affaires à la formation de philosophe, il a beaucoup voyagé et passé toute son enfance hors de Suisse. Entre l’étude du latin-grec chez les frères catholiques en Belgique – parce que dans cette famille vaudoise, trois générations, y compris lui, ont épousé une Belge – et une high school à New York, il a engrangé diverses cultures. «En Amérique, j’ai appris à être créatif. Je me suis aperçu que j’avais la fibre de l’entrepreneur, peu de goût pour le monde académique. À Louvain, j’ai pu faire une licence en économie et en gestion hospitalière, ce qui mariait mes deux intérêts.»

Car il adore diriger, monter des projets, conduire de grands chantiers. Il est servi puisque l’Hôpital de Nyon, qui n’a cessé ces dernières années de se doter de nouveaux services, vient d’entamer la construction d’une annexe, sur le parking du personnel, qui accroîtra ses surfaces de 60% et permettra de passer de 118 lits à 150. «Nous avons actuellement la durée de séjour la plus courte du canton, avec un taux d’occupation de 98,5%. Nous sommes condamnés à la croissance dans ce district de Nyon à forte pression démographique», explique le directeur général dont l’engagement, au minimum septante heures par semaine, ne laisse guère de place aux loisirs. Pour se ressourcer, il aime bûcheronner dans la maison qu’il a achetée il y a vingt ans dans la campagne rolloise, entre deux séjours avec son épouse au Parc national des Grisons, qu’il connaît par cœur.

Le virus du service public

Mais rien n’a été simple. Quand il est arrivé de Genève, où il a été durant cinq ans cadre aux Hôpitaux universitaires, Daniel Walch s’est retrouvé à 33 ans à la tête d’un hôpital de zone qui était dans les chiffres rouges et souffrait d’une mauvaise réputation. Dans la région, il n’était pas rare que les ambulanciers prennent en charge des malades portant sur eux un billet indiquant «ne m’amenez surtout pas à l’hôpital de Nyon»! Jusqu’à ce qu’un richissime citoyen, traité avec succès, mette dans sa poche un billet inverse, louant les services de l’établissement. «Mais c’est surtout la première installation d’un SMUR dans un hôpital périphérique, ainsi que l’engagement progressif de bons médecins qui ont contribué à rétablir la confiance dans l’hôpital, mon but étant d’instaurer une qualité de service sur le long terme.» Ce manager à l’allure d’éternel étudiant est convaincu que le parapublic est la meilleure solution pour gérer la santé. «Le pur privé est plus souple et dynamique, mais manque de sens. Le pur public est sans but lucratif, mais souffre d’inertie.» Une fois la mode des fusions passée – notamment celle des hôpitaux de Nyon et de Morges –, il a restructuré ceux de Nyon et de Rolle en société anonyme d’intérêt public, le GHOL. Dont l’ASHOL, Association de soutien des hôpitaux de l’Ouest lémanique, qui est propriétaire des murs, est l’actionnaire unique. Son président, Charles Muller, espère qu’il restera à son poste «au moins jusqu’à 70 ans»! «C’est un leader, gestionnaire pointu, qui n’a pas peur de lancer des défis dans un monde de la santé en perpétuelle évolution.»

En 2011, Daniel Walch recevait des mains de Gerhard Schröder le prix européen des 500 entreprises à plus forte croissance. «Quand j’ai reçu son courrier, j’ai cru que c’était une arnaque et je l’ai jeté à la corbeille. Mon assistante l’a heureusement récupéré.» Pour lui, qui n’a jamais reçu de félicitations du Canton, c’était une belle consécration. (24 Heures)

Créé: 02.05.2019, 08h57

Bio

1959
Naît à Bruxelles le 11 août, d’un père suisse et d’une mère belge.
1974-1976
Suit les cours d’une high school à New York.
1980
Rencontre Dominique, qui deviendra son épouse.
1984
Obtient une licence en économie et en gestion hospitalière.
1986
Naissance de sa fille Audrey, aujourd’hui graphiste à Lausanne.
1988
Naissance de son fils John, aujourd’hui ingénieur, data scientist à Londres.
1993
Nommé directeur général de l’Hôpital de Nyon.
1999
Création du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL), qui regroupe les hôpitaux de Nyon et Rolle, première société anonyme hospitalière reconnue d’intérêt public.
2011
Reçoit de Gerhard Schröder le prix européen de «Europe’s 500 top growth entrepreneurs».
2018
Coauteur du livre «Médecine augmentée», sur l’intelligence artificielle en médecine.

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