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L'affranchi récolte la liberté qu'il a semée

Cédric Chezeaux, agriculteur bio

Il a un seul regret: le départ de Pirouette. Elle a été embarquée, comme les autres, il y a quatre ans. Et Cédric Chezeaux s’en veut d’avoir laissé filer la vache d’un de ses fils, Marius. «En voyant le film, j’ai compris que j’aurais dû la garder. Ça m’apprendra. Là, j’aurais dû réfléchir avec mon cœur.» Le départ du troupeau de vaches laitières ouvre le documentaire de Lila Ribi, Révolution silencieuse, actuellement dans les salles romandes. Cet instant a marqué pour l’agriculteur de Juriens, au centre du film, un sacré tournant. En vendant ses bêtes, il s’est offert le statut d’affranchi. «Je me suis libéré d’un système où tout m’était imposé, jusqu’à la distribution de mes produits.»

«Pour être en harmonie avec mes idéaux, je devais changer ma vision de l’agriculture»

Assis à la table en bois de la maison familiale, le paysan aux cheveux poil de carotte sourit. Il respire la sérénité de celui qui a osé tout plaquer pour se mettre en accord avec lui-même. Tout a commencé il y a douze ans. Il trait une vache quand il entend la voix du philosophe et agriculteur bio Pierre Rabhi à la radio. Les propos du penseur français font écho aux interrogations existentielles du Vaudois de 34 ans, plongé dans une remise en question personnelle. Le lendemain, à Lausanne, il assiste à sa conférence. «En un instant, j’ai su que pour être en harmonie avec mes idéaux, je devais changer ma manière de voir l’agriculture.»

C’est décidé, l’agriculteur se tournera vers le bio, stoppera la production laitière et se concentrera sur les céréales atypiques à haute valeur nutritive. Aussi, il se libérera des contraintes de la grande distribution. Heureux comme un gamin, il court annoncer la nouvelle à son père. «Car même adulte, on attend l’approbation de nos parents.» Paysan à l’ancienne, le paternel lui jette un regard apeuré, perplexe face à la nouvelle lubie de son fils, qui doit reprendre la ferme. Remué, Cédric reste confiant, il persiste, parvient peu à peu à rassurer sa femme, ses enfants et à emmener son père avec lui. Il donne des couleurs à ses champs, sème amidonnier noir, engrain, épeautre, blés anciens, sarrasin, millet, seigle. Se dote d’un moulin pour réaliser les farines. La demande dépasse vite l’offre. Le paysan revit en même temps que sa terre.

L’élève studieux, qui n’aimait pas l’école, mais s’appliquait pour être reconnu, est heureux de son pas de côté, fier d’avoir osé. «J’ai longtemps été dans l’ignorance, à l’époque on ne parlait pas du bio, on nous encourageait à nous professionnaliser dans un secteur donné, pour être performant. J’ai foncé tête baissée avant de me rendre compte que je n’étais pas maître de ce que je faisais.»

Ne pas se laisser dicter ses choix, suivre ses envies, c’est ce que le président de Bio Vaud cherche à transmettre à ses six enfants. Les deux aînés sont en apprentissage, les quatre derniers font l’école à la maison, avec leur mère, Christine. «Le système scolaire promeut la compétition et cela ne convient pas à tout le monde. Nous voulions leur proposer une autre manière d’apprendre la vie.» Le couple partage la même philosophie. Ils se sont rencontrés vers la vingtaine. L’infirmière, désormais mère au foyer, venait de s’installer à Juriens. Elle ne comptait pas rester longtemps dans le petit village voisinant Romainmôtier…

L’infirmière, rompue à différentes thérapies alternatives, s’est fait une place dans cette famille, où l’agriculture tient de l’ADN depuis plus de deux siècles. Elle veille sur la ferme, les récoltes, la septantaine de chèvres. Et elle est aux petits soins de sa smala, qui forme une équipe soudée.

En fin d’année, les huit sont partis en croisière, au départ de Venise. Les vacances tous ensemble, une exception. Cédric n’aime pas trop laisser sa ferme. Il faut dire qu’il y a mis ses tripes. D’ailleurs, comme le reste de la famille, il avait la trouille de découvrir le documentaire de la réalisatrice qui les a suivis durant trois ans. «Finalement, on s’est tous marrés. C’est important d’avoir de l’autodérision, de prendre du recul.»

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