Il aligne les mondes pour être soi-même

PortraitRomain Pilloud, porte-parole de la Jeunesse socialiste vaudoise

Romain Pilloud est connu pour avoir le courage de parfois s’éloigner de la doxa du parti mère.

Romain Pilloud est connu pour avoir le courage de parfois s’éloigner de la doxa du parti mère. Image: Chantal Dervey

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Aujourd’hui, il a 20 ans et il aura eu besoin du quart de sa vie pour savoir qui il est vraiment. «Je ne me sens pas forcément mieux qu’avant, mais je me sens moi-même.» Romain Pilloud s’est fait un nom ces derniers mois dans le monde politique vaudois. Ce jeune Montreusien est le porte-parole des jeunes socialistes, connu pour avoir le courage de parfois s’éloigner de la doxa du parti mère. Notamment sur la dernière réforme fiscale pour les entreprises, ficelée entre autres par Pierre-Yves Maillard.

C’est une façon de s’affirmer, lui qui n’hésite plus aujourd’hui à dire ce qu’il est. «Quand j’étais petit, je n’étais pas toujours très à l’aise. Aujourd’hui, je suis épanoui. J’ai grandi dans une famille plutôt conservatrice. Ma grand-mère était syndique radicale à Veytaux et mes idées politiques n’ont pas véritablement plu à mes parents. J’ai préféré déménager quand j’avais 18 ans.»

Avant son crochet de deux ans à Lausanne, Romain Pilloud a grandi à Chailly, dans les hauts de Montreux, avec un grand frère, une grande sœur et un frère jumeau. Depuis janvier, il est de retour dans la perle de la Riviera et a été élu au Conseil communal. Il entrera en fonctions vendredi.

«Je compte sur le temps pour que ma famille voie que je suis heureux dans ce que je fais»

Désormais, il habite une belle maison de maître de 240 m2 en pleine nature à l’ouest de la ville. Le jardin est gigantesque et ombragé. «Mon déménagement depuis Lausanne en janvier a été un grand moment, mais je ne suis pas seul ici, explique-t-il autour d’une petite table de jardin à l’ombre de la forêt qui entoure la demeure. Nous sommes huit colocataires, tous des jeunes. Nous partageons tout, nous entretenons la maison – qui est parfois un peu froide – et ses alentours. Les gens et le lieu m’enrichissent.» En six mois, il dit avoir appris à jardiner et à bricoler. Mais la pluie des dernières semaines a «bousillé» le potager en noyant les légumes.

Cet endroit est un monde à part dans une ville de plus de 25 000 habitants. D’ail­leurs, les mondes, Romain Pilloud les a alignés en se cherchant soi-même ces dernières années. Une recherche qui l’a pris dès sa scolarité. A l’époque, il se trouve en «voie baccalauréat», le chemin tout tracé vers le gymnase, la maturité, puis l’université. «Mais je n’étais pas content qu’on me mette dans une case, dans une voie basée trop sur l’intellect et peu sur le reste. Ça me gonflait et j’ai choisi un autre monde: un apprentissage d’employé de commerce. Certains m’ont dit «dommage». Je voulais connaître le monde du travail, avant peut-être de reprendre des études. Je casse le cliché du jeune gauchiste qui n’a jamais travaillé.» Après son CFC, il a travaillé un an au COFOP, le Centre d’orientation et de formation professionnelle, en aidant des jeunes qui sortent de l’école sans solution.

Un nouveau changement de monde se profile désormais: l’université, en sciences politiques. Romain Pilloud suit une formation passerelle en école privée pour y entrer, avec une bourse et un salaire comme employé du CHUV à temps partiel. «Vivre ici avec peu de moyens, ça apprend aussi à vivre autrement, plus doucement, plus lentement. Qu’on peut s’en sortir en travaillant à temps partiel, que la vie ne tourne pas uniquement autour du travail, mais d’une multitude de petites choses. Ce sont les gens que l’on rencontre, les amis, l’environnement dans lequel nous sommes, les loisirs.» Pour Romain Pilloud, c’est le cas avec le bénévolat dans le village de Chailly ou le sport, comme le badminton et le vélo.

«Personne n’a osé le dire à ma grand-maman»

La politique l’a pris vers 14 ans et il est entré en 2012 chez les jeunes socialistes. C’était une évidence, selon ses souvenirs, même si personne ne lui en avait parlé auparavant. A la maison, ses parents parlaient peu de politique. «Mon grand frère a été actif au POP et personne n’a osé le dire à ma grand-maman syndique radicale. Elle l’a découvert en le voyant à la télévision. Mais j’aurais beaucoup aimé parler politique avec elle, si elle était encore là aujourd’hui. Je pense à la fierté qu’elle aurait pu avoir de voir son petit-fils s’engager pour des valeurs, même si ce n’étaient pas les siennes.»

Il parle des jeunes socialistes comme d’un endroit où on ne l’a pas jugé, où chacun est à l’écoute de l’autre pour confronter ses idées. A l’entendre, ça lui a appris à assumer et à afficher son homosexualité. «Là, non plus, personne ne m’en avait véritablement parlé. Ni à la maison ni à l’école. Les cours d’éducation sexuelle ne prennent pas assez en compte cette dimension.»

Maintenant, le challenge est plus personnel, plus familial. «Je peux dire que j’ai fait mes choix moi-même. Je compte sur le temps pour que ma famille voie que je suis heureux dans ce que je fais.» (24 heures)

Créé: 27.06.2016, 09h30

Carte d'identité

Né le 9 janvier 1996 à Vevey, avec son frère jumeau, Lucas.

Cinq dates importantes

2011 Commence son apprentissage d’employé de commerce.

2012 S’inscrit à la Jeunesse socialiste vaudoise (JSV).

2014 Départ de la maison.

2015 Nomination au poste de porte-parole de la JSV et début d’une passerelle pour rejoindre l’université.

2016 Retour à Montreux dans une coloc à huit et élection au Conseil communal.

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