Anar ou dandy, Jean-Marie Reynier cultive son réseau

PortraitArtiste multiple, le Perrolan d’adoption aime traverser les genres, pour mieux nourrir son œuvre.

Tu diras bien dans la légende que mon t-shirt a été créé par Alex Meszmer et Reto Müller pour mes 30 ans…

Tu diras bien dans la légende que mon t-shirt a été créé par Alex Meszmer et Reto Müller pour mes 30 ans… Image: Olivier Vogelsang

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Après qu’on eut pris rendez-vous pour lui tirer le portrait – écrit et photographique – Jean-Marie Reynier n’a eu de cesse de vouloir nous recevoir au mieux. Il avait d’abord commandé de la Luganighetta à la Boucherie Gabbani de Lugano, cette saucisse à rôtir du patrimoine tessinois. Puis il s’est ravisé, pour nous offrir plutôt des Luganigas, plus épicées. Accompagnées d’un risotto au safran maison et d’un merlot qu’il a pris chez sa voisine de Perroy, Maryline Bisilliat, de la Cave Clair-Obscur. L’artiste élevé au Tessin aime les bonnes choses de la vie et n’«imagine pas un repas sans un verre de vin rouge» comme il n’envisage pas d’arrêter de fumer ses cigarettes roulées main.

Surtout, ce fils d’un Marseillais et d’une Italienne, tombé amoureux autant du canton de Vaud que des filles qui y habitent, cultive un côté dandy anarchiste avec beaucoup de talent. Charmeur, attentif à l’autre, drôle, il est le compagnon idéal pour un repas, pour un verre à la Passade de son village juste à côté de sa colocation ou pour une promenade dans les couloirs d’Art Basel qu’il fréquente assidûment, distribuant des cartes de visite blanches où ne figure que son nom, et celui de sa compagne et complice Ondine Jung au verso. «J’ai remarqué que les seules cartes de visite que je conserve sont celles où j’ai écrit quelque chose. Sur les miennes, on est obligé.»

Là, on le rencontre dans la galerie de son amie Camille Éléonore Tellenbach-Montandon, Aarlo u Viggo, à Buchillon. Il y expose de façon permanente ses dernières œuvres, à côté de celle d’Ondine et de quelques autres artistes contemporains. Il en fait également la communication avec son Agence du Lion-d’Or, fondée avec sa compagne graphiste. Et il y préside sa Garçonnière, qui y organisera régulièrement concerts, rencontres ou événements dans la galerie tout en éditant pour ses membres des multiples d’artistes signés et numérotés.

Parcours atypique

Un bouillonnement d’idées et d’énergies assez caractéristique du trentenaire, très tôt persuadé d’agir dans le monde de l’art. Du CSIA luganais aux Beaux-Arts de Milan, son parcours musarde avant d’aboutir à Saint-Prex, puis à Genève. La Suisse d’abord pour un amour d’alors, Saint-Prex pour y travailler avec le graveur Pietro Sarto et son complice Michel Duplain. Le stage de deux semaines durera trois ans: «J’adore le burin, la gravure et surtout le papier. J’aime encore plus l’édition de luxe.» Comme celle qu’il avait entreprise avec le texte de Jacques Chessex, «Une nuit dans la forêt», et des œuvres du sculpteur Manuel Müller. «J’étais dans le train pour Lugano, trois jours avant la mise sous presse, lorsque sa compagne Sandrine m’a appelé pour m’annoncer sa mort.»

Jean-Marie Reynier travaille beaucoup en réseau, et sa manière de jeter des noms d’artistes dans la conversation n’est pas du name dropping pour se faire reluire. Non, il aime l’art dans toutes ses formes, connaît mieux que personne toutes les tendances, toutes les histoires. «C’est un puits de savoir, affirme amoureusement Ondine Jung. Il a tellement de qualités…» Après avoir travaillé huit ans dans le Collectif Indigène avec son ancienne compagne Andréanne Oberson («Je crois qu’elle me hait aujourd’hui», se désole-t-il), il a donc monté cette agence avec Ondine, tout en continuant ses travaux personnels où les crânes prédominent.

Avec la Garçonnière, il se réjouit de relancer des éditions comme il le faisait avec les Éditions du Petit O. Une passion née de la rencontre de Luca Notari, alors que Jean-Marie faisait la plonge au Musée d’art et d’histoire de Genève. Mais son cœur de curateur bat aussi très vite. L’ancien président de Visarte Tessin n’a jamais suivi une carrière institutionnelle, ni demandé de bourse. Il a pourtant dirigé artistiquement deux ans le centre d’art contemporain I Sotterranei dell’Arte, à Monte Carasso. Et préside aujourd’hui à la destinée de la collection d’art aborigène du couple Clément, qui a fait un très bel hiver au Kunsthaus de Zoug et dont il a évidemment publié un superbe livre.

Artiste fauché

«Je ne suis pas un artiste maudit, juste un peu fauché parfois. Mais j’aime boire et manger et je me donne les moyens pour cela.» Quand il ne fait pas de l’art, qu’il n’expose pas de l’art, qu’il n’édite pas de l’art, il prétend «glander. Je peux rester des heures dans ma baignoire à regarder le plafond. Sinon, j’adore le jazz, en fait toutes les musiques, mais surtout le jazz. Et puis je me détends avec Ondine dans notre potager.» Et il aime par-dessus tout les discussions cultivées et passionnées. «C’est un volcan, sourit Camille Éléonore Tellenbach-Montandon qui le voit si souvent. Alors, parfois, on se brûle. Et puis on se réconcilie.» Un volcan qui s’affirme «anarchiste encyclopédiste. C’est pratique d’être anarchiste parce que tu peux avoir des contacts avec tous les courants, sans discrimination.»

Le volcan se montre sensible, comme après sa rupture avec Andréanne. «Ondine m’a beaucoup aidé à reprendre confiance en moi. Tu sais (ndlr: il tutoie son interlocuteur dès la 2e seconde), j’ai mis longtemps à comprendre où était ma main. Et je ne peux pas envisager qu’une création se fasse seul, même si mon réseau va du Caravage à mes amis Facebook. Aujourd’hui, je peux faire des trucs en une minute et demie, mais c’est parce que j’ai vingt ans d’expérience. En même temps, j’ai 36 ans et où est ma grande œuvre? À y réfléchir, tout ce que je fais est partie de mon œuvre», lâche-t-il dans un dernier sourire charmeur.

Créé: 16.03.2020, 09h33

Bio Express

1983 Naissance à Lugano le 27 août, «sous le signe de la Vierge», sourit-il, d’une mère italienne, Cosetta, et d’un père marseillais, Jean.

1999 Fonde avec des copains L’Artelier, à Lugano.

1999 Intègre le CSIA (Centre scolaire pour les industries artistiques).

2001 S’inscrit aux Beaux-Arts à Milan, mais renonce devant la désorganisation.

2003 Première expo individuelle, à la Galerie Clément, à Vevey.

2010 Fonde le Collectif Indigène avec sa compagne, Andréanne Oberson, jusqu’en 2016.

2011 Curateur, notamment du Centre d’art contemporain I Sotterranei dell’Arte, à Monte Carasso.

2017 Fonde l’Agence du Lion d’Or, à Perroy, en collaboration avec sa compagne, Ondine Jung.


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