L’ancien fondeur d’élite a gardé de la force et du cœur

PortraitLe médecin retraité des Diablerets Pascal Gertsch, grand voyageur et passionné de ski de fond, suit toujours ses intuitions

Image: Jean-Paul Guinnard

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Pascal Gertsch doit sa vie à une intuition de son père et à un petit camion de pompier d’enfant. Le médecin de montagne retraité, 73 ans, dont se dégage un mélange de puissance physique, de force mentale et de bonté, a bien failli ne pas dépasser l’âge de 1 an. Une mastoïdite et une rougeole carabinées survenues coup sur coup l’avaient laissé pour mort. Son père, chirurgien à Aigle, avait eu un coup de génie. Contre un camion de pompier, il avait prélevé du sang plein d’anticorps à un gamin du coin ayant déjà eu la rougeole pour l’injecter à son cadet. «C’est de là que Pascal tire sa formidable capacité à toujours aller de l’avant», lâche, convaincue, sa compagne Marie-Jo.

Le petit survivant a ensuite passé les étés de son enfance à tracer la route avec son frère aîné et ses parents. Dans la Peugeot 403 familiale, ils ont visité des pays aussi lointains que l’Iran ou l’Égypte. «En 1958, on était allé jusqu’au cap Nord, se rappelle le septuagénaire au regard cristallin en dégainant un vieil album de photos. Nos parents nous ont inoculé le virus de la découverte et l’envie d’aller à la rencontre de l’autre.» L’intuition et la capacité à ne pas s’encombrer de barrières mentales sont aussi génétiques. Adulte, Pascal Gertsch a poursuivi ces explorations jusqu’en Mongolie, pays dont il est tombé amoureux – il nous reçoit dans la yourte de son jardin à Courtepin (FR) – au point d’y propager la bonne parole du ski de fond auprès de jeunes locaux. Partis de zéro voici trois ans, un ou plusieurs de ses protégés participeront en janvier à Lausanne aux Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ).

«Si je les ai coachés et que je me suis démené pour leur trouver du matériel, c’est pour le plaisir et pour renvoyer l’ascenseur. Le ski de fond m’a tant donné!» Ce sport l’a happé par hasard à 12 ans. Un surveillant du Collège de Saint-Maurice où il étudiait vendait une paire de lattes en bois. «Je l’ai achetée. À l’époque, les hivers étaient enneigés et je me suis mis à enchaîner les allers-retours Aigle-Bex le soir après les devoirs, à la lueur de la lune. Cette vitesse et cette liberté à travers un mouvement répété jusqu’à la perfection, c’était grisant.» Le Chablaisien remporte «un saladier de courses» et intègre l’élite suisse, mais ce qui l’attire, c’est surtout «la camaraderie sous-tendant tout cela».

Des années plus tard, son sport le conduira vers Christina, sur une course à laquelle ils participent tous deux. La jeune Bernoise est assise en bordure de piste et tricote. «Il se dégageait d’elle quelque chose d’heureux et de sérieux. Je me suis dit: «Avec cette femme, j’irai au bout du monde.» C’est ce qui s’est passé. À bord d’un voilier lors de leurs six mois de voyage de noces tout d’abord. Puis dans un vieux camion de la RTS avec leurs six enfants. En 1994, une tumeur au cerveau met brutalement fin à ces «vingt ans de bonheur». «Christina est morte le 17 août. Quand le destin sépare cette unité bienheureuse qu’est un couple, on est amputé d’une moitié. La blessure se cicatrise mais quand on passe la main dessus, ça fait mal», résume, les yeux embués, le veuf, grand-père de neuf petits-enfants.

L’odeur de l’herbe coupée

Aux Diablerets, où il officie comme «médecin pain-fromage», ses patients compatissent avec leur «Pascal». C’est encore une intuition qui l’avait mené à s’installer là-haut en 1978. «Tôt un matin, on était passé là à vélo depuis Montreux sur la route du Grimsel avec mon ami Thierry Wälli. L’odeur de l’herbe coupée et du pain sorti du four nous avait saisis. On s’est dit que c’était là qu’on ouvrirait notre cabinet! Et c’est ce qu’on a fait. C’est bien de faire les choses sur un coup de cœur.» L’aventure dure trente-trois ans. Pascal Gertsch endosse tour à tour le rôle de pédiatre, de chirurgien, de gynécologue ou d’orthopédiste. Cette absence de routine lui convient à merveille. «Je n’étais ni déifié ni confronté à d’enquiquinants quérulents comme souvent ailleurs. Mes patients me voyaient faire du sport ou bricoler des voitures. Ils devenaient parfois des amis. On nous apprend que c’est une erreur à ne pas faire. Comment procéder autrement? C’est tellement plus édifiant de découvrir que derrière les pathologies, il y a des gens adorables et riches.»

Leur médecin a du cœur et de la force. Il est un heureux mélange de yin et de yang, façonné par son vécu et par l’histoire de ceux qui l’ont précédé. En paix avec ses déterminismes et ses limites. Un spécimen d’un genre qui se fait rare, en somme… Une anecdote illustre bien ce subtil équilibre. Un jour, une connaissance vient soumettre à Pascal Gertsch le cas d’un nourrisson que sa mère n’est plus en mesure d’élever. Le médecin le recueille sans hésiter dans sa famille. Quatre ans plus tard, alors que le gamin a poussé dans l’amour au contact d’une autorité structurante, le Service de protection de la jeunesse se met en tête de le reprendre. «Je suis allé chercher mon mousqueton. Je l’ai chargé devant mon interlocutrice. Je l’ai posé sur la table qui nous séparait et je lui ai dit: «Maintenant on va discuter!» À l’issue de l’échange, la fonctionnaire repart seule et le petit peut rester une année supplémentaire dans son havre de paix. À 73 ans, l’agnostique se dit révolté par la «montée des indécentes inégalités sociales» et préoccupé par les désordres qu’elles préparent. Il est en revanche en paix avec la mort. «Je n’aimerais juste pas être une charge pour les miens sur la fin. Pendant ma carrière, j’ai rencontré des morts heureux partis sourire aux lèvres pendant leur sommeil. Moi aussi je me verrais bien tirer ma révérence sur une crise cardiaque dans les bois du Jorat au cours d’un petit roupillon…»

Créé: 02.10.2019, 10h07

Bio Express

1946
Naît le 7 avril à Aigle d’un père chirurgien et d’une mère laborantine. Un frère aîné.
1958
Se «convertit» au ski de fond.
1963
Au Collège de Saint-Maurice, il est marqué par le chanoine Berclaz.
1965
Études de médecine.
1971
Rencontre Christina; deux garçons et trois filles naissent entre 1975 et 1985. Le couple adopte un 6e enfant.
1972
Premier de ses 5 titres de champion suisse universitaire de ski de fond.
1978
Ouvre son cabinet aux Diablerets avec Thierry Wälli. Y reste 33 ans.
1984
Son équipe remporte la Patrouille des Glaciers, catégorie vétéran. Bouclera 5 PdG dont une avec un de ses fils et une autre avec ses deux filles.
1994
Décès de son épouse.
2009
Rencontre Marie-Jo, une ancienne excellente fondeuse.
2012
Tombe amoureux de la Mongolie.
2015
Des problèmes de santé lui font mettre «la pédale douce sur le sport».
2020
En janvier, emmènera des espoirs mongols aux JOJ.

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