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[VIDÉO] L’ancien joueur de base-ball est devenu 8e dan de judo

En 42 ans d’enseignement à Lausanne, le grand Maître Hiroshi Katanishi, a partagé son art avec des milliers de judokas vaudois.

Hiroshi Katanishi n’a que 17 ans quand sa vie bascule. Alors qu’il devait combattre au Championnat du Japon, le jeune judoka de Kobe se blesse au poignet gauche. «Un médecin m’a fait une piqûre, mais l’aiguille était sale et la blessure s’est infectée», se souvient le grand maître, qui vient de prendre sa retraite. Sous le plâtre, son bras se met alors à gonfler. Devant lui, son professeur de judo et un médecin, inquiets, tiennent des messes basses. Leur regard en dit long. Le poignet du judoka est plongé une nuit dans la glace. «Lorsqu’on a retiré mes pansements, la peau s’est percée et on a extrait l’équivalent de deux bols de pus, se souvient-il. Les antibiotiques et la glace m’ont sauvé. Mon entraîneur m’a avoué par la suite que l’on songeait à m’amputer.»

La faculté lui annonce toutefois qu’il ne pratiquera plus le judo. Hiroshi Katanishi fait le deuil de sa carrière de compétiteur et devient entraîneur. Il suit la trace de son mentor, Osamu Kanagawa, un professeur aux méthodes peu conventionnelles. «Je me souviens de mon premier cours technique hors judo. Il a eu lieu dans un restaurant. En plein repas, mon prof a saisi une bouteille de bière et l’a entourée d’une ficelle. Il nous a expliqué comment faire tomber notre adversaire. Ça se passait juste avant mon premier combat, que j’ai par ailleurs perdu. Je n’ai compris que bien plus tard ce qu’il voulait m’inculquer. Aujourd’hui, quand je vais au restaurant avec mes élèves, je reprends la théorie de la bouteille et de la ficelle.»

C’est précisément grâce à ses méthodes originales que le grand maître aux 8 dans a enseigné le judo à autant de monde. On parle de 5000 Vaudois, dont Sergei Aschwanden et Isabelle Schmutz. Cette dernière, huit fois championne de Suisse, 2e et 3e des Européens et 5e des Mondiaux, décrit «quelqu’un de très humain et d’attachant. Il a beaucoup de respect et d’estime pour ses élèves. Jamais je ne l’ai entendu émettre la moindre critique. Il a le don de révéler les bons côtés des gens. Il m’a beaucoup apporté. C’est lui qui m’a donné mon bagage technique, qui constituait mon point fort durant toute ma carrière. Son rayonnement exceptionnel dépasse les frontières de la Suisse.»

Une promesse à son père

Cette passion pour le judo est née lorsque Hiroshi Katanishi avait 12 ans. Ses copains et lui pratiquaient jusque-là le base-ball, un des principaux sports au Japon. L’équipe de son école secondaire étant plutôt médiocre, il se dirige alors vers le judo. Le coup de foudre est immédiat. Mais l’idylle ne dure pas. «Après six mois, j’avais envie de tout arrêter, car le capitaine de l’équipe était furieux contre moi. Il prétendait que j’étais petit. Que jamais je ne serais un bon judoka.» Une seule chose le retient: la promesse faite à son père. Ce dernier l’avait autorisé à troquer sa batte contre un kimono, à la condition d’assumer pleinement ce choix. Alors, Hiroshi Katanishi serre les dents et poursuit son apprentissage. Ceinture noire à 14 ans, il enchaîne les dans et obtient un 4e grade à l’université. Avant d’accepter un poste d’entraîneur national en France, au grand dam de ses parents.

À Paris, Hiroshi Katanishi s’attelle à apprendre le français. «Au début, ça a été dur. Comme je me trouvais souvent en compagnie de compatriotes, nous parlions toujours japonais.» Puis, il commence à converser avec les Parisiens, à écrire et à traduire les mots qu’il voit dans la rue.

Après deux ans dans la capitale française, le judoka pose ses valises à Lausanne. Le poste d’entraîneur principal du Judo Kwai avait été laissé vacant par Kazuhiro Mikami, parti créer sa propre école. Le club le contacte via Frédéric Kyburz, un multiple champion de Suisse qu’il a côtoyé au Japon. «Comme je parlais français, j’ai accepté le poste. Mon idée était de rester quelques années en Suisse avant de rentrer au Japon.» Mais il se plaît à Lausanne. Il fête un titre national universitaire et devient champion de Suisse des étrangers. Il rencontre aussi Isabelle, sa future épouse. Et les bons résultats de ses élèves l’encouragent à poursuivre sa vie en Suisse romande. Un destin tout tracé puisque son prénom signifie «le côté ouest» et son nom «qui dirige beaucoup». «C’est vrai que j’ai dirigé pas mal de choses de ce côté de la Suisse», rigole-t-il. «Hiroshi» n’est pourtant pas son prénom de naissance. «Petit, je m’appelais «Kenichi» qui signifie «premier intelligent». J’étais fragile, bagarreur et colérique. Ma mère a consulté une voyante à propos de mon comportement et celle-ci lui a conseillé de changer mon prénom. Depuis ce changement, je ne suis plus tombé malade et j’ai cessé de me bagarrer.»

Amateur de bonne chère

Même s’il est né au bord de la mer, le Lausannois de 66 ans préfère la verdure de la forêt au sable et à l’eau. «J’aime écouter le chant des oiseaux, le souffle du vent dans les branches. Je marche 10 000 pas tous les jours avec mon chien Mitsu, de la race japonaise shiba. Je voulais aussi profiter de ma retraite pour aller pêcher et ramasser des champignons, mais je n’ai pas le temps. Encore aujourd’hui, je voyage dans toute l’Europe pour améliorer le niveau technique des clubs.» Le seul regret de sa carrière? «C’est de ne pas avoir assez félicité mes élèves», dit-il avec humilité. Amateur de vin, de rhum, de cognac et de whisky, Hiroshi Katanishi aime cuisiner. Il prépare des sushis, des nouilles, des soupes et la fondue japonaise. Il ne voyage au Japon qu’une fois par an pour rendre visite à son père, âgé de 89 ans. En novembre, il s’y rendra avec toute sa famille. Sa fille Yasumi, qui apprend le japonais, gérera le voyage sous son œil bienveillant.

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