L’ancien laitier s’est fait une place au soleil suisse

PortraitGrâce à Jean-Louis Guillet, patron helvético-péruvien de Soleol, le Pérou sera présent au Comptoir broyard.

«Je représente la cinquième génération de Guillet dans le domaine de la laiterie. Et avec le solaire, je suis toujours resté dans la Voie lactée!» dit Jean-Louis Guillet, patron de Soleol.

«Je représente la cinquième génération de Guillet dans le domaine de la laiterie. Et avec le solaire, je suis toujours resté dans la Voie lactée!» dit Jean-Louis Guillet, patron de Soleol. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Au Pérou, c’est son côté suisse, bien carré et réglé, qu’il met volontiers en avant dans ses affaires. En Suisse, le côté latin, jovial fait souvent merveille. «Je comprends les deux cultures et j’essaie de les cultiver. J’ai voulu que notre nouveau bâtiment à Estavayer-le-Lac soit ouvert. J’aime bien la notion de partage.» Patron de Soleol SA, entreprise leader dans l’installation de panneaux solaires photovoltaïques en Suisse romande, Jean-Louis Guillet est aussi la cheville ouvrière de la présence du Pérou, invité d’honneur, au prochain Comptoir broyard, qui devrait voir défiler 90'000 visiteurs, du 15 au 24 novembre, à Payerne. Sur son bureau, au 3e étage du bâtiment ultramoderne à énergie positive – il en produit quinze fois plus qu’il n’en consomme –, deux peluches andines ramenées de Trujillo rappellent ses origines.

40% du marché romand

L’homme travaille toujours debout. Dans la salle de conférences de son entreprise, des écrans géants rappellent en direct la production d’énergie de ses centrales solaires et le CO2 économisé. Il a notamment installé 52'000 m2 de cellules sur les toits de Philip Morris à Onnens, soit la plus grande centrale du pays.

Autant dire que la vague verte aux dernières élections fédérales réjouit ce vendeur hors pair, qui s’est fait une place au soleil. «C’est magnifique. Mais on sait que la politique suisse est souvent lente et je doute que les énergies renouvelables en profitent rapidement», rigole celui qui vient d’installer ses capteurs sur les toits de cinq bâtiments de l’État de Fribourg, sur la base d’un partenariat de contracting, en vogue actuellement dans le domaine. «Il s’agit de louer des toits, parfois pour mon entreprise, mais aussi pour des investisseurs, pour y poser des installations solaires.» Les propriétaires perçoivent une location et peuvent consommer le courant à un prix inférieur à celui du réseau. Quant à l’investisseur, il peut revendre l’excédent de production.

Avec Soleol – un nom regroupant le soleil et le dieu du vent Éole et ayant l’avantage de pouvoir se prononcer aussi en espagnol –, le Broyard tient environ 40% du marché romand du solaire et 8% du marché suisse. «À part des entités bénéficiant de financement public, il n’y a que trois ou quatre autres sociétés de notre taille», glisse le patron. Réalisant 16 millions de chiffre d’affaires annuel, l’entreprise emploie 75 collaborateurs, dont quinze dans sa filiale péruvienne. Son épouse, Patricia, une Lausannoise qu’il a rencontrée à l’après-ski à Grimentz, est aux ressources humaines. Sa fille, Jessica, à l’administration, et son fils, Jérémie, en stage professionnel de maturité, sont aussi de la partie.

Son associé, Olivier Cherbuin, décrit un homme «toujours enthousiaste et convaincant. Moi, j’avais de l’expérience comme ingénieur en physique du bâtiment et en développement durable. Une belle complémentarité s’est rapidement mise en place.» Durant sa folle croissance ayant suivi l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima en 2011, Soleol a compté jusqu’à 110 employés. «Pendant dix ans, on a engagé grosso modo une personne par mois. Désormais, on a optimisé l’équipe», glisse Jean-Louis Guillet. Ainsi, une partie de l’administration est au Pérou. Des ingénieurs de ce pays viennent en Suisse pour se former, l’inverse est aussi possible.

Laitiers de père en fils

Rien ne prédestinait l’Helvético-Péruvien à se faire une place au soleil. Adolescent, alors que sa famille vient de quitter le Pérou et les terroristes du Sentier lumineux pour rentrer en Suisse, il choisit d’embrasser la formation de laitier. «Je représente la 5e génération de Guillet dans le domaine. Je ne connaissais que ça, puisque c’était le métier de mon papa.» Travaillant pour une société allemande, ce dernier avait été envoyé au Pérou en 1963 pour y superviser l’ouverture d’une fromagerie dans les Andes. Avant son retour en Suisse après cinq ans, il voyage quelques mois au pays et tombe sous le charme de la maman de Jean-Louis. La famille vit ensuite entre les deux pays. Aujourd’hui, la filiale péruvienne de Soleol est installée à Trujillo, patrie maternelle, où son père avait ouvert en 1980 une laiterie dont le produit phare était le «yogui» – contraction de yoghourt et de Guillet.

Dans la foulée de son apprentissage, le jeune homme intègre la filière laitière du géant de la distribution Migros. Le décès de sa maman perturbe sa formation et il ne devient pas l’ingénieur en denrées alimentaires qu’il aurait voulu. Mais il se spécialise plus tard dans le marketing, jusqu’à devenir manager du secteur pour Estavayer Lait SA, la filiale staviacoise de l’enseigne orange.

En 2008, son intuition et sa facilité en communication le persuadent du potentiel du photovoltaïque. «Pendant ma formation en marketing, j’avais aidé un ami à développer son entreprise solaire au niveau de la communication. J’ai vu qu’il était possible de rapidement faire progresser les affaires, mais il ne le souhaitait pas forcément aussi vite.» Jean-Louis Guillet fonde alors Soleol. Avec le succès que l’on sait. «En fait, je suis toujours resté dans la Voie lactée», sourit-il.

Moitié Suisse, moitié Péruvien, Jean-Louis Guillet est comme la fondue. Il crée volontiers la bonne humeur. Dans le cadre du Comptoir, il souhaite apporter un peu de chaleur péruvienne sous la cantine des exposants. Avec la collaboration de l’ambassadrice Ana Rosa Valdivieso, gastronomie, tourisme ou industrie textile feront la promotion du pays des condors et des lamas. Même le traiteur de l’événement est allé se former dans les cuisines de l’ambassade! Quant à Jean-Louis Guillet, il y fera la promotion du Swiss Peruvian Cluster, un facilitateur d’échanges commerciaux entre les deux pays, dont il est le président.

Créé: 07.11.2019, 09h51

Bio

1969 Naît le 29 mai à Trujillo, au Pérou, d’un père suisse et d’une maman péruvienne. Il a un frère cadet.

1972 La famille déménage en Suisse, où il suivra le début de sa scolarité.

1980 Retour au Pérou, où son papa laitier produit des «yogui».

1985 Retour en Suisse. Il commence un apprentissage de laitier chez Cremo.

1995 Entreprend une maîtrise fédérale en denrées alimentaires chez Elsa, à Estavayer-le-Lac.

1997 Mariage avec Patricia. Le couple a deux enfants, Jessica (21 ans) et Jérémie (19).

2006 Intègre le département marketing d’Elsa et décroche un diplôme fédéral de spécialiste dans le domaine.

2008 Fondation de Soleol SA, dont la succursale Soleol-Pérou voit le jour deux ans plus tard. Ayant compté plus
de 100 employés, Soleol en dénombre désormais 75.

2015 Fondation de Greentech Holding SA, une holding gérant toutes ses sociétés.

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