Elle a arpenté tous les sentiers de l'écriture

PortraitAnnik Mahaim, écrivaine.

Annik Mahaim, journaliste et écrivaine.

Annik Mahaim, journaliste et écrivaine. Image: Philppe Maeder

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Lauréate de la onzième Bourse à l’écriture du Canton de Vaud, Annik Mahaim écrit depuis la fin des années soixante, et c’est pour elle un exercice de première nécessité mentale, accessoirement un gagne-pain. Après quelques années de journalisme rédactionnel à l’Illustré, puis radiophonique sur La Première, elle s’est mise à son compte et, depuis 2008, elle anime des ateliers d’écriture, pour l’Université populaire de Lausanne ou à la demande (cliquer ici).

Elle se définit prioritairement comme «écrivaine», acceptant sans plus d’ambages cette féminisation lexicale parfois contestée. «Le mot est de plus en plus utilisé, donc ça passe. Mieux que celui d’«autrice», que j’aime bien. Quant à «poétesse», ça sonne cucul…»

Après Breton

Pourtant c’est à la poésie qu’est née sa vocation littéraire: celle d’André Breton et des surréalistes fut, en son adolescence lausannoise, sa première fontaine d’inspiration. Elle se mit d’abord à écrire des chansons pour des musiciens qui grattaient la guitare et qui, comme elle, fréquentaient le Barbare aux escaliers du Marché.

Faire chanter des gens sur des tréteaux, ça vous instille l’envie de monter sur les planches. Elle a la chance alors de pouvoir suivre à Paris l’enseignement d’Alain Knapp, où le pédagogue suisse fonda en 1976 l’Institut pour le développement de la personnalité créatrice.

L’école se trouve dans le XIIIe arrondissement. L’étudiante, qui avait grandi dans le quartier pulliéran chic de Chamblandes, s’est trouvé un gîte dans une chambre de bonne du XXe. «Knapp m’a appris à ficeler une histoire pour une pièce de théâtre, ce qui vaut autant pour un scénario de film, ou même un roman.»

«Raconter une histoire, véhiculer des personnages, et inventer un monde»

Une leçon que, plus tard, Annik Mahaim, devenue surtout romancière – après avoir publié des essais sociologiques – conservera comme un viatique: «Je m’exerce à soigner mon style le mieux possible. Mais je crois moins à une écriture esthétisante qu’à celle qui raconte une histoire, est capable de véhiculer des personnages et inventer un monde.» Elle a commencé à l’appliquer en 1991, avec la parution de son premier roman, Carte blanche, dont la dynamique s’inspire du tarot de Marseille et de ses vingt-deux arcanes majeurs.

Jeunesse engagée

Quinze ans plus tard, Annik Mahaim délaisse provisoirement l’inventivité aléatoire en écrivant une première autobiographie où le souvenir réel et précis prime sur la fiction. Dans Radieuse matinée (Editions de l’Aire, 2016, 208 pages), cette aînée d’un frère et de deux sœurs a un père cardiologue et une mère Française qui œuvre bénévolement pour Terre des hommes. L’écrivaine raconte (avec un souci de l’exactitude qui n’entrave aucunement son souffle poétique) les tribulations d’une enfant de l’agglomération lausannoise qui va peu à peu apprendre à devenir une femme. Elle y décrit ses souvenirs de l’Expo 64, ses éveils à la vie amoureuse «à une époque où la pilule, c’est encore de la science-fiction». Suivent la secousse de Mai 68, «qui ne fut pas que parisienne», les années universitaires, son adhésion à la Ligue marxiste révolutionnaire. Puis, avec des convictions plus affermies, au Mouvement de libération des femmes, lorsqu’il fallut le soutenir en Suisse romande.

La Bourse à l’écriture du Canton de Vaud, dont elle est bénéficiaire, lui a été décernée parce qu’elle avait soumis au jury un projet romanesque «se situant dans le prolongement de ses récents succès». Elle y évoquera la trajectoire d’une femme d’antan, dont le courage féministe sera retracé par sa petite-fille. Une fiction peut-être émaillée çà et là de reliefs à saveur familiale.

Aïeux esclavagistes

Celle-ci embaumait déjà, avec plus d’exotisme, dans un roman qu’elle écrivit il y a cinq ans: Ce que racontent les cannes à sucre (Plaisir de lire, 2011, 317 p.) «Du côté maternel, confie Annik Mahaim, j’ai eu des aïeux qui furent esclavagistes à l’île Maurice, et s’étaient beaucoup enrichis en y exploitant de vastes domaines. Jusqu’au jour où le succès international de la betterave fit effondrer le cours de la canne à sucre.» Du coup, ils s’appauvrirent et, blessés dans leur orgueil, ne laissèrent à leurs descendants retournés en France qu’un écheveau de vérités camouflées, embellies par une trop jolie légende: celle d’un capitaine artilleur français qui a épousé une princesse indienne.

La descendante vaudoise de ce métissage trop mythique pour être vrai se rendit sur l’île pour y respirer elle-même d’aromatiques réalités. Elles lui inspireront un beau récit de fiction: une scénariste, voulant réaliser un documentaire sur le poète Malcolm de Chazal, se trouve sous l’emprise d’un personnage fantomatique, surgi d’un passé troublant. (24 heures)

Créé: 25.05.2016, 09h17

Carte d'identité

Née le 23 octobre 1951, à Lausanne.

Cinq dates importantes

1968 Les manifs de mai auront pour elle une importance plus que parisienne.

1989 Ses débuts radiophoniques (flashs nocturnes) sur La Première coïncident avec les événements tragiques de la place Tian’anmen, à Pékin.

1991 Parution de «Carte blanche», son premier roman, inspiré de la dynamique des jeux de tarot.

1993 Naissance de son fils, Etienne.

2003 Se rend à l’île Maurice pour élucider une affaire ancestrale.

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