L'artiste caméléon cultive le goût des autres

PortraitFlorence Quartenoud campe une bourgeoise italienne au Pulloff et vit le présent à 200%.

KÀ 6 ans, je m’étais déguisée en clown tout dodu avec un gros nez rouge pour notre spectacle de fin d’année. Je m’éclatais sur scène. (Photo: Odile Meylan)

KÀ 6 ans, je m’étais déguisée en clown tout dodu avec un gros nez rouge pour notre spectacle de fin d’année. Je m’éclatais sur scène. (Photo: Odile Meylan) Image: Odile Meylan

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«Quand est-ce qu’on bosse ensemble?» Florence Quartenoud et Jean-Gabriel Chobaz sont amis depuis vingt-cinq ans mais n’avaient encore jamais collaboré. Elle en plaisantait souvent avec le metteur en scène. C’était même devenu un gag. Puis il a pensé à elle pour le rôle de Maria, épouse du chanteur Tito Merelli dans «Les trois ténors», vaudeville de Kenneth Ludwig à l’affiche du Pulloff, à Lausanne. «Je suis plutôt partisane de laisser les choses se faire naturellement, sans brusquerie ni pression. Il faut cette fluidité dans les rencontres.» L’artiste caméléon change volontiers de peau au gré des rôles – avec l’accent italien, elle incarne une mamma «tout en poigne et en charme».

En 2011, son solo «Flo donne des elle(s)», mis en scène par Karim Slama, s’est aussi concrétisé spontanément. Entre stand-up et théâtre, elle y brossait avec humour et tendresse des figures féminines cabossées. «J’adore interpréter des tempéraments borderline, méchants et féroces.» Sous ses airs de blondeur et de femme douce, la comédienne fait aussi jaillir une ironie cruelle.

Au coup de cœur

«J’aime aller fouiller en librairie. J’étais tombée sur le recueil de monologues «Elles» de Gérard Levoyer. J’avais aussi repéré des textes de Christian Siméon, dont la confession d’une bigote et cordon-bleu, amoureuse d’un prêtre, avec un petit côté gore. Elle finira par le cuisiner, au propre comme au figuré!» Un détail qui compte pour la comédienne, joviale et bonne vivante, qui rayonne partout où elle passe. Elle adore se mettre aux fourneaux, un moment de détente et de convivialité, et partager un dîner entre amis. «C’est l’auberge espagnole à la maison!» Elle était allée voir un spectacle de Karim Slama en famille et avait eu très envie de travailler avec l’humoriste romand. «On se connaissait de vue. Je l’ai invité à la maison. On a parlé de mon projet. Et ça s’est fait.» Florence Quartenoud fonctionne au coup de cœur. «Sinon à quoi bon.»

Elle crée alors sa compagnie. Les théâtres lui ont fait confiance, comme sa banquière et la commune de la Tour-de-Peilz, où elle vit avec son mari architecte. «On ne pense pas toujours à nous pour travailler. Il faut se lancer et aller jusqu’au bout de ses envies.» Ses enfants ont mis la main à la pâte – son fils aîné s’est occupé de son site internet. Son apprentissage de commerce, effectué jadis dans l’agence immobilière de son père, lui a été utile pour monter ses dossiers – elle suivait des cours d’art dramatique en parallèle, au Théâtre des Trois Coups, à Lausanne.

«Papa a disparu il y a trois ans mais il nous a donné une force extraordinaire. Il disait toujours qu’il fallait aller de l’avant, profiter de l’instant présent. J’ai grandi avec ce message dans les oreilles, entourée d’une maman joyeuse et solaire, et d’un frérot d’amour. À 55 ans, ça résonne encore plus en moi.» En près de trente-cinq ans de carrière, la comédienne a mis les préceptes paternels en œuvre. «C’est une chance de pouvoir jouer. J’ai toujours eu du boulot.» Elle enchaîne les rôles au théâtre, à la télévision et au cinéma, a joué dans un clip du rappeur Stress. Elle vient de tourner dans «Presque» de Bernard Campan et s’apprête à rejoindre le plateau de tournage de «120 minutes». Elle double aussi régulièrement des voix pour la RTS, en enregistre pour des dessins animés ou des pubs. Une passion née tôt. «À 6 ans, je m’étais déguisée en clown tout dodu avec un gros nez rouge pour notre spectacle de fin d’année. Je m’éclatais sur scène.»

«Une de ses premières qualités, c’est sa générosité. Généreuse d’elle-même, généreuse de son temps. C’est assez rare», pointe le comédien et metteur en scène Michel Voïta, qui l’a dirigée au théâtre et dont elle a été l’assistante. «Derrière sa bonne humeur et son sourire constants, il y a le travail. Ce n’est pas une dilettante. Elle s’interroge tout le temps et se remet en cause fondamentalement. Peu de gens le savent car elle est très pudique.»

«Luminosité rare»

Devant un café au bord du Léman, la comédienne évoque sa rencontre il y a quelques années avec Marthe Keller, avec qui elle s’est liée d’amitié. L’idée était d’interpréter «Les trois sœurs» de Tchekhov en différentes langues lors d’un atelier. Florence Quartenoud, elle, a choisi le latin. «Elle a fait faire la traduction par le professeur de sa fille du jour au lendemain, s’amuse Marthe Keller, jointe par téléphone. Elle est originale, mais ce n’est pas une actrice hystérique, elle est «normale» dans le bon sens du terme!»

L’artiste bâloise ne tarit pas d’éloges. «Flo est extraordinaire humainement, ce qui est plus important que tout. Elle est généreuse, drôle, curieuse. Elle possède une luminosité rare. C’est une comédienne très douée, que j’ai vue jouer dans des rôles différents. Elle se moque des conventions, n’est pas dans le paraître et n’hésite pas à s’enlaidir. Elle s’en fout!»

Être toujours en mouvement, garde en mémoire Florence Quartenoud de sa rencontre avec une femme qu’elle admire aussi pour sa simplicité. «On ne doit jamais s’installer, poursuit Marthe Keller. Le talent est indispensable. Mais il faut aussi s’enrichir ailleurs, prendre des pages blanches pour soi, recharger les batteries à la maison. Marquer des pauses, comme en musique. On doit être le chef d’orchestre de sa vie.» Florence Quartenoud a trouvé le bon tempo.

Créé: 07.01.2020, 09h28

Infos pratiques

«Les trois ténors»

Du 7 au 26 janvier

Pulloff Théâtres

Lausanne

www.pulloff.ch

Bio Express

1964 Naît à Vevey. Elle grandit au Mont-sur-Lausanne, avec son frère Pascal.

1983 Premier rôle, en duo, dans «Emballage perdu» de Vera Feyder, au Théâtre du Vieux-Quartier de Montreux devenu TMR.

1985 Rencontre avec Manuel Perez, qu’elle épouse en 1991.

1992 Naissance de Pablo, puis de Lucas en 1995 et de Nina en 1999.

2011 «Flo donne des elle(s)», mis en scène par Karim Slama.

2012 Master class donnée par Marthe Keller aux Teintureries, à Lausanne, avec dix interprètes.

2014 Lauréate du prix Swissperform, à Soleure. Meilleure actrice dans un rôle secondaire pour son interprétation dans la série «Port d’attache», réalisée par Anne Deluz.

2020 «Les trois ténors», créé au Théâtre Montreux Riviera en décembre, en tournée romande.

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