Ashley Puckett n'a besoin de personne pour faire ses révolutions

PortraitLa gamine inculte de l’Alabama débarque à Grandvaux comme jeune fille au pair. Un blog et deux jobs plus tard, elle est la patronne des TEDxLausanneWomen.

Des marais américain à l'organisation des conférences TEDxLausanneWoman, Ashley Puckett trace sa route comme elle l'entend.

Des marais américain à l'organisation des conférences TEDxLausanneWoman, Ashley Puckett trace sa route comme elle l'entend. Image: Florian Cella

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«Mais pourquoi on ne pourrait pas, en 2018, être heureuses, en bonne santé, mamans, entrepreneuses et sexy? Soyons fortes et fières et libres!»

Ashley Puckett n’y va pas avec le dos de la cuillère quand il s’agit de mettre ses arguments en avant. Tantôt businesswoman tirée à quatre épingles du côté de l’Opéra de Lausanne, dont elle gère la communication digitale, tantôt maman bobo ou blonde sulfureuse, l’Américaine multiplie les looks, mais garde son cap contre vents et marées.

«Rien ne lui fait peur »

«Ashley sait où elle va et ce qu’elle veut, confirme l’animatrice Mélanie Freymond, qui a d’abord «rencontré» la jeune femme sur les réseaux sociaux avant que celle-ci ne lui fixe un rendez-vous pour lui proposer la présentation de la TEDxLausanne 2018. Elle possède cette qualité typiquement américaine, qui fait qu’elle ne craint jamais d’essayer au risque de se planter. Hypermotivée, rien ne lui fait peur.»

Il faut dire que la gamine blonde a commencé très tôt à regarder plus loin que ses petits camarades. Fille d’un homme d’Église et d’une mère au foyer, elle passe son enfance à jouer dans les marais. «J’ai grandi dans le sud des États-Unis, où il n’y a aucune culture. J’étais une petite plouc qui passait ses journées à vouloir ressembler à ses deux grands frères. Je ne connaissais personne qui avait voyagé en dehors des États-Unis. Et pourtant j’étais fascinée par ce qui était différent, exotique. Le magasin indien au coin de la rue, la petite Chinoise qui est arrivée à mon école…»

Elle confondait la Suisse et la Suède

Aussi longtemps qu’elle s’en souvienne. Ashley Puckett s’est cherché des modèles, des icônes, des inspirations dans un monde où on attendait seulement d’elle qu’elle se trouve un bon mari. À 19 ans, elle est victime d’un très grave accident de la route quand elle s’endort au volant. Un déclic. «Je décide de prendre le contrôle de ma vie et d’aller étudier en Floride, où habitait l’un de mes frères. J’étais le stéréotype de l’Américaine de base qui travaillait au bar Coyote Ugly et qui… pensait que la Suède et la Suisse étaient un seul et même pays!»

Si bien que le jour où le hasard met Cherry sur sa route, une jeune femme dont la maîtrise de l’allemand interpelle Ashley, elle pense que celle-ci revient d’une expérience de jeune fille au pair en Scandinavie. Ce n’est qu’après quelques recherches sur internet qu’elle se rend compte que c’est en Suisse qu’elle désire elle aussi se rendre. Alors quand une famille de Grandvaux lui écrit, elle boucle sa valise en un clin d’œil. «J’étais si naïve et apeurée, mais je cachais tout ça derrière un large sourire. Je me souviens avoir mangé une fondue Gerber le premier soir et j’étais au paradis: tout était si nouveau, si différent.»

À 7 ans, sa fille a visité 26 pays

Elle passe deux ans à s’occuper de jumeaux et apprend «la débrouille» en dehors de son cocon dans les vignes. «J’avais une Smart et un studio, mais pas d’argent. Et comme ma famille voulait que je parle anglais aux enfants, mon français ne progressait pas. Alors j’ai décroché des boulots dans des bars mes soirs de congé.» Quand elle retourne à Nashville, une businesswoman est née. Elle lance sa première start-up et bosse comme une folle jusqu’à l’épuisement. Mais elle a laissé son cœur en Suisse et se rend compte que bien qu’elle soit forte, elle a besoin de son homme. Leur fille Luna naît à Lausanne et prend l’avion pour la première fois quand elle a 5 semaines. À 7 ans, la blondinette a désormais visité 26 pays. Des voyages répertoriés sur un site web. «J’ai envie d’inspirer les gens à voyager avec des enfants. Qu’ils soient en famille ou parents seuls. Sur Google, on ne trouvait que très peu d’informations réalistes. Je voulais partager mes trucs et astuces.»

Le concept de la «famille bonus»

Sa séparation d’avec le père de Luna lui inspire une autre idée: celle de considérer les ex et leurs nouveaux partenaires comme étant membres d’une «famille bonus» qui, même éloignée, fait partie intégrante de la vie de l’enfant. «Quand je lis des livres à ma fille, il est toujours question de papa et de maman, alors que de plus en plus de familles sont éclatées. Ses bouquins sont donc pleins de petites annotations, où il est question de «papa-bonus» ou de «maman-bonus». Je suis maman célibataire, mais grâce au respect et à la communication, Luna peut aussi compter sur les membres de ce cercle élargi.»

Féministe convaincue, l’ouragan Ashley Puckett – un ouragan par sa force et sa détermination, mais qui construit au lieu de détruire – explique que cela ne veut pas dire que les hommes sont les ennemis, bien au contraire. Elle a aussi créé un compte Instagram, «dudeswithbabies», pour soutenir les pères célibataires. «Il n’est pas toujours facile pour ces papas de changer leurs bébés en public, de faire face aux questions, aux idées reçues. Les choses changent si lentement: il n’y a que très peu de WC pour hommes qui soient équipés de tables à langer!»

Influenceuse avant l’heure, l’Américaine occupe aussi des postes bien moins virtuels. Après ses emplois à Nashville, à Miami et un passage à Montréal, elle décide de rester à Lausanne. Elle travaille tout d’abord pour une fondation qui promeut les femmes scientifiques à l’EPFL, puis à l’Opéra. Et en parallèle, elle s’investit dans l’organisation des conférences TEDxLausanneWomen, qu’elle codirige désormais. «J’avais besoin de me retrouver avec d’autres femmes qui pensent, comme moi, que tout est possible. Qu’il suffit d’oser et de ne pas avoir peur de se relever après un échec. Et quand on réussit en Suisse, c’est deux fois plus valorisant, tellement c’est compliqué!»

Créé: 30.11.2018, 09h25

Bio

1983 Naissance dans l’Alabama, enfance dans le Tennessee. Son père est homme d’Église, sa mère femme au foyer. 1991 Premières vacances avec ses parents. «J’avais gagné un week-end à la plage dans un concours du supermarché du coin.» 2002 S’endort au volant et fonce frontalement dans un tracteur avec remorque. 390 points de suture au visage. 2003 Rencontre Cherry et décide de l’imiter: elle sera jeune fille au pair en Suisse. 2005 Lance sa première start-up, une compagnie de marketing vidéo, qui aura des bureaux à Nashville et à Miami. 2011 Naissance de sa fille Luna, qu’elle emmène en avion quand elle a 5 semaines. À 7 ans, la petite comptabilise plus de 320 vols (www.lunaguidetotravel.com). 2015 Fait ses débuts à TEDxLausanneWomen. La conférence 2018 aura lieu mercredi 5 décembre au SwissTech Convention Center de l’EPFL (www.tedxlausanne.com).

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