L'Université de Fribourg a sa timonière

PortraitAstrid Epiney, rectrice

Image: Jean-Paul Guinnard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Chevelure en épis de seigle, regard turquoise qui se dore quand elle rit – moins des autres que d’elle-même. Et une sveltesse de sprinteuse qui la joue modeste, et local: Astrid Epiney préfère courir Sierre-Zinal que le Marathon de New York. Elle a accédé en mars passé à la présidence du rectorat de l’Université de Fribourg avec la pétulance rassérénée d’une rassembleuse, pas d’une autocrate… Déjà que dans cette belle cité qui enjambe la symbolique et stratégique Sarine, il faut savoir jouer diplomatiquement avec les sensibilités culturelles qui la strient.

«Chez nous, dit-elle en excellent français (çà et là flûté d’accent rhénan), il y a une spécificité qui implique une loyauté indéfectible entre les membres de l’état-major qui régissent l’institution. Notre équipe se compose de cinq membres: une vice-rectrice, de la Faculté de théologie, trois vice-recteurs représentant les sciences, l’économie, les lettres. Enfin, celle du droit, qui est mon domaine, est représentée par moi.»

A Fribourg, le respect des quotas serait plus sourcilleusement observé qu’ailleurs. Cela plus au plan linguistique que pour une meilleure accessibilité des femmes à des postes stratégiques. Astrid Epiney salue son université d’avoir enfin élu une femme à son sommet, tout en rappelant que celle de Neuchâtel a eu pour rectrice la Belge Martine Rahier. Que celle de Bâle est gouvernée par une diplômée en ingénierie de l’EPFZ, Andrea Schenker-Wicki. Qu’en août 2016 ce sera encore une femme, la biologiste Nuria Hernandez, qui deviendra, à Lausanne, la rectrice de l’UNIL, succédant à Dominique Arlettaz.

Le mot rectrice est une innovation lexicale en francophonie, depuis qu’on y applique bon an mal an la féminisation des noms de métiers. En allemand, son équivalent Rektorin est plus ancien, plus naturel. Or l’Allemagne est le pays d’origine d’Astrid Epiney, née Wander, à Mayence (Mainz), d’une mère enseignante et d’un père ingénieur. Son patronyme lui vient de son époux, un Valaisan de Vissoie. Déjà avant leur rencontre, elle avait étudié la langue de Molière à l’école comme toute Allemande née dans une cité qui fut souvent un refuge pour des Français en exil, qu’ils fussent aristocrates ou révolutionnaires.

Plus tard – à la faveur d’une bourse d’études – elle mettra le cap sur l’Université de Lausanne pour y étudier le droit différemment que dans la langue de Goethe ou du génial imprimeur Gutenberg, le natif le plus prestigieux des Mayençais. «Ce qui me plaît dans l’enseignement et l’étude du droit, c’est la rigueur, l’exercice de l’argumentation.»

Dans la capitale vaudoise, elle habitera durant un plein lustre dans les environs du parc de Milan, à quelques kilomètres de Dorigny – une distance vite enlevée par cette joggeuse. A la paroisse catholique de Renens, elle jouera de l’orgue, un instrument qu’elle maîtrise assidûment, mais discrètement, depuis sa jeunesse. Et pour perfectionner son français, elle se plongera quotidiennement dans 24 heures. «Un journal qu’hélas je ne lis plus, s’excuse-t-elle. Je suis devenue Fribourgeoise.»

Légion d'honneur

Cette presque francophone a été un brin amusée lorsque, en 2011, un diplomate français l’a décorée de la Légion d’honneur, en l’interpellant «Madame le chevalier». Et dire qu’aujourd’hui on doit l’appeler «Madame la rectrice!»

Astrid Epiney tourne volontiers la page importante du féminisme, pour aborder des chantiers concrets, proches et futurs, qui la préoccupent autant, sinon davantage. Ils sont architecturaux: agrandissement du bâtiment central de la Miséricorde, représentatif des années d’avant-guerre, et édifié par Fernand Dumas et Denis Honegger. Un prolongement est envisagé en son aval en direction de la gare de Fribourg, d’ici à 2020.

Et il y a l’installation, très controversée, d’une plate-forme Islam et société, où «le demi-million de musulmans qui vivent actuellement en Suisse, dit-elle, pourront venir se ressourcer de leur propre culture théologique, tout en restant en harmonie avec celles de leur pays d’accueil». Le financement de cette antenne est modeste. L’Université de Fribourg n’y versera que 200 000 francs par an – sur un budget général de 200 millions.

«Nous lui avons trouvé un local à bon marché, dans un quartier plus central. Non! Cette ville ne deviendra pas un centre suisse de l’islamisme. Mais les musulmans bien intégrés vivant dans notre pays y retrouveront un lieu leur permettant de mener une réflexion sur leur religion dans un contexte suisse. J’étais déjà heureuse que Fribourg fût un pont essentiel entre francophones et Alémaniques. Elle est capable de viser à l’universalité.» (24 heures)

Créé: 14.09.2015, 09h44

Carte d'identité

Née le 9 juillet 1965, à Mayence.

Cinq dates importantes
1989 Obtient un doctorat en droit à l’Université de Mayence, puis une licence dans la même discipline à l’UNIL.
1990 Habite à Lausanne durant cinq ans, collaborant à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP).
1993 Naissance de son fils. Une sœur suivra trois ans après.
2011 Reçoit la Légion d’honneur française, en tant que «chevalier».
2012 Devient présidente du Conseil suisse de la science et de l’innovation.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 novembre 2018
(Image: Bénédicte) Plus...