L’avenir du tennis passionne l’ancienne joueuse

PortraitChristiane Jolissaint vogue avec compétence dans les hautes sphères internationales.

«À mon époque, on n’était pas suffisamment entourées. On ne bénéficiait pas d’un suivi psycho­logique ou diététique suffisant.»

«À mon époque, on n’était pas suffisamment entourées. On ne bénéficiait pas d’un suivi psycho­logique ou diététique suffisant.» Image: VANESSA CARDOSO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Si son paternel ne s’était pas brisé la clavicule à la suite d’une chute à skis, Christiane Jolissaint n’aurait pas occupé le 28e rang mondial au plus fort de sa carrière de joueuse professionnelle de tennis. «On a conseillé à mon père de pratiquer ce sport en tant que physiothérapie. Toute la famille s’est piquée au jeu. Je devais avoir 8 ou 9 ans.» À l’aise dans tous les sports, Christiane Jolissaint a gravi quatre à quatre tous les échelons qui se présentaient à elle. Discrets, ses parents l’ont soutenue comme il se doit, sans jamais sortir de leur rôle. Elle en a gardé un calme qui l’a toujours rendue très agréable aux yeux de tous.

Précoce, elle a décidé de son avenir à 13 ans, après avoir remporté le premier tournoi auquel elle avait participé à l’étranger, à Mulhouse. Dans la cour des grandes, curieusement, Christiane Jolissaint n’a jamais soulevé le moindre trophée en simple. Tout juste a-t-elle participé à une finale. Elle a laissé le souvenir d’une joueuse élégante, tournée vers le beau jeu, que l’on suivait avec plaisir. Et cela ne l’a pas empêchée de se forger une belle carrière, car l’exercice du double lui a davantage souri, au point de former l’une des trois meilleures paires du circuit avec la Néerlandaise Marcela Mesker. Elle en a profité pour atteindre le dernier carré de l’US Open un beau jour de 1984. Huit titres sont tombés dans son escarcelle. Il était temps.

Intégrer un groupe de joueuses lui a également beaucoup plu. Elle garde ainsi un souvenir impérissable de l’épopée qui lui a permis, avec l’équipe de Suisse, de se hisser en demi-finale de la Coupe de la Fédération, pendant féminin de la Coupe Davis, en 1983. Un des moments forts de sa carrière.

Cette vie de privilégiée, Christiane Jolissaint l’a adorée, mais pas plus que de raison. «Au début, tout est extraordinaire sur le circuit professionnel. C’est la grande aventure. On voyage beaucoup, on découvre d’autres cultures, d’autres langues, on fait des rencontres très enrichissantes. Après cinq ou six saisons, le circuit devient moins glamour, car les étapes sont toujours les mêmes, encore aujourd’hui, d’ailleurs. En dehors des gens que l’on revoit avec plaisir, ce sont les résultats qui importent le plus. Et puis, on doit faire attention à tout ce que l’on fait au cours de la journée, à ce que l’on mange en particulier. Cela finit par devenir pesant.»

Une autre époque

Christiane Jolissaint concède qu’il était difficile de conserver des amis, filles ou garçons. «On les perd gentiment, mais sûrement. Le joueur, lui, a plus de chance dans ce domaine. Le soir, il peut très bien se rendre au bar tout seul. Pour une fille, l’affaire s’avère plus compliquée, à moins qu’elle ne se déplace en groupe. Surtout qu’on est jeune, il ne faut pas l’oublier.»

Christiane Jolissaint estime qu’elle n’était pas prête, mentalement, à pratiquer le tennis au plus haut niveau. «À mon époque, on n’était pas suffisamment entourées. On ne bénéficiait pas d’un suivi psychologique ou diététique suffisant. La veille du match, par exemple, on nous conseillait souvent de manger un steak. Il faut dire qu’une seule personne se chargeait de tout. Tout est différent de nos jours. Les joueurs bénéficient d’une véritable armée. Quand j’y pense, je me dis que j’aurais pu et dû faire beaucoup de choses autrement. Je suis peut-être née trop tôt, tout simplement.»

Sa carrière de joueuse n’a duré qu’une dizaine d’années. Une méchante blessure à la cheville l’a peu à peu mise sur la touche, à 25 ans. «Je me suis tordu le pied dans une rigole en allant rechercher un lob, lors d’un match d’interclubs en Suisse. Deux ans plus tard, j’ai dû me résoudre à abandonner la compétition.»

Rebondir, comme la petite balle

Maturité par correspondance en poche, Christiane Jolissaint n’a pas tardé à rebondir. «J’ai toujours eu de la chance dans ce que j’ai entrepris. J’avais confiance en moi.» Elle a commencé par se faire une place au sein de l’organisation du tournoi féminin de Zurich, que dirigeait à l’époque René Stammbach, actuel président de Swiss Tennis. «Je connaissais parfaitement ce dont les joueuses avaient besoin. Cela m’a beaucoup aidée. Je suis restée au bord de la Limmat de 1989 à 1991. Ensuite, le tournoi a émigré à Genève. J’ai déménagé avec lui. Je n’ai plus quitté le bout du lac. Plus tard, lorsqu’un poste de responsable du Centre de Congrès de Palexpo s’est trouvé vacant, je n’ai pas hésité.»

Un mariage avec un Genevois rencontré à Montana, puis la naissance de ses deux garçons l’ont contrainte à revoir son emploi du temps. Elle en a profité pour reprendre du service avec le tennis. À Genève, tout ce qui concerne le développement du tennis chez les jeunes passe entre ses mains. Une de ses plus grandes fiertés. Qu’il s’agisse de l’Association cantonale genevoise (ARGT), de Swiss Tennis, de la Fédération européenne ou encore de la Fédération internationale, pour lesquelles elle s’est mise à disposition, Christiane Jolissaint a largement trouvé de quoi s’occuper. Impliquée et très compétente, notamment au chapitre des ressources humaines, elle fait l’unanimité autour d’elle. Elle parcourt entre 50 et 80 mails par jour. «Même pendant les vacances.»

Quand on demande à la vice-présidente de Swiss Tennis pour quelle raison elle ne viserait pas un poste de présidente de l’une de ces organisations, elle ne s’emballe pas. «Ce ne sont pas les responsabilités qui me font peur, même si cet aspect n’est pas à négliger, mais plutôt le fait de devoir voyager sans cesse. Je n’en ai plus envie. Il faut faire de la politique aussi. Je suis très bien comme ça.» Il ne manquait plus qu’elle soit modeste. (24 heures)

Créé: 31.01.2018, 10h40

Bio

1961 Naît le 12 septembre à Vevey.
1970 Découvre le tennis après l’accident de ski de son père.
1978 Passe professionnelle.
1984 Demi-finale de l’US Open en double, son meilleur résultat en Grand Chelem.
1986 Se blesse à la cheville, puis se fait opérer.
1988 Met fin à sa carrière à l’Open d’Australie.
1989 Fait partie de l’organisation du tournoi féminin de Zurich, son premier emploi hors carrière de joueuse.
1991 Cadre au Centre de Congrès de Palexpo pour cinq ans. À Montana, rencontre Jean-Claude, son futur mari.
1993 Entre à l’Association régionale genevoise de tennis.
1996 Donne naissance à Quentin.
1998 Naissance de Julien.
2011 Rejoint le comité de la Fed Cup à la Fédération internationale de tennis.
2015 Élue vice-présidente de Swiss Tennis.
2017 Intègre le board, la plus haute instance de Tennis Europe, responsable du développement.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Laeticia et l'héritage de Johnny
(Image: Valott) Plus...