L’avocat du climat Raphaël Mahaim a une boussole humaniste

PortraitLe député Vert fait partie du groupe d’avocats qui défend les militants acquittés le 13 janvier.

Raphaël Mahaim, député Vert et avocat.

Raphaël Mahaim, député Vert et avocat. Image: Odile Meylan

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Le verdict, d’abord. Lorsqu’il raconte ce moment, son cœur qui battait avec celui des autres, le président qui a su garder le suspens jusqu’au bout de la lecture, ça vous flanque des frissons. C’est qu’il parle bien, Raphaël Mahaim. De l’acquittement le 13 janvier des douze activistes du climat qui avaient simulé une partie de tennis dans une succursale de Credit Suisse, il dit: «La légitimité a changé de camp. Le message est: «Vous incarnez une vision de l’avenir qui a davantage de valeur que celle défendue par les banques.»

Dans cette affaire, où le Ministère public a annoncé son intention de faire appel, Raphaël Mahaim est l’un des treize avocats bénévoles des militants. Mais quand on est engagé en politique depuis quinze ans «pour une certaine vision des équilibres dans la société, en particulier avec la nature», on n’est pas juste un homme de loi qui défend un étudiant en lutte. Au micro de l’émission «Forum», dans la foulée du verdict, celui qui est aussi député Vert au Grand Conseil a partagé sa difficulté à garder sa «contenance professionnelle» dans un tel moment.

Soit avocat, soit parlementaire

«Je fais un métier où les émotions tiennent une place énorme. Au pénal, je vois des gens qui sont en situation de cassure dans leur vie. On nous apprend à épouser la Weltanschauung du client, tout en gardant une indépendance. Dans cette affaire aussi, même si on s’est engagés corps et âme dans cette défense.» Une seule règle: ne pas mener de combat sur les deux fronts. Dans une affaire, il sera donc soit avocat, soit parlementaire.

Trois jours après le verdict, dans la magnifique étude lausannoise qu’il partage notamment avec l’ex-sénateur Vert Luc Recordon, on le sent sur la bascule. Le climax est encore proche, mais la fatigue le rattrape. À la maison, dans la région de Morges où il a grandi, il y a ses trois enfants encore petits, qu’il veut retrouver au plus vite ce jeudi après-midi. Marié à une psychologue scolaire, Raphaël Mahaim, 36 ans, est un homme de son temps, qui travaille un jour par semaine à la maison. «Objectivement, je suis très présent. Même si je me demande parfois ce qu’en diront mes enfants dans dix ans.»

Ni fébrile ni impulsif

Car ce fils d’un chimiste et d’une juriste est aussi un boulimique d’activités, qui peine parfois «à dire non». Ni fébrile ni impulsif, il se décrit comme avide de stimulations intellectuelles. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à effectuer parallèlement des études de droit et de sciences de l’environnement, après avoir tenté la théologie, par envie de «questionner la transcendance». Deux facultés en même temps, et des camarades solidaires qui lui transmettaient leurs notes. Au final, tout s’est imbriqué, raconte l’élu. Comme si, au fond, les planètes s’étaient alignées spontanément: «Je me suis spécialisé notamment en droit de l’environnement et de l’aménagement du territoire.»

Raphaël Mahaim est aussi de ces gens qui savent vous aider à terminer votre phrase sans heurter votre contenance. «Il est affable et à l’écoute, tout en se montrant décidé et tenace», résume Luc Recordon. Les deux hommes se sont rencontrés au moment de la création des Jeunes Verts vaudois. «J’avais 17 ans, je suis rentré à la maison tout feu tout flamme. On m’a répondu: «Fais attention, il est très à gauche, ce Recordon.»

Un grand-père libéral

C’est que chez les Mahaim, dont le patronyme est originaire de Belgique, l’engagement écologiste était loin d’être joué d’avance. «J’avais un grand-père député libéral, qui n’était pas toujours très tendre avec moi. Je le dis avec affection, parce qu’il est décédé il y a une année.» Ses premières expériences politiques, Raphaël Mahaim les vivra à l’université. Pour lui, le Vert sera une évidence, mais avec humanisme: «J’ai toujours aimé la nature, l’ornithologie, la photo animalière. Mais pour que le projet écologiste soit viable pour tout le monde, il faut inclure les plus faibles.»

Il se bat ainsi autant contre l’interdiction de la mendicité (au nom de la liberté), pour les familles paysannes et pour les victimes de placements forcés que contre la multiplication aveugle de la 5G. Lorsque quelque chose le choque, comme l’exonération fiscale de certaines multinationales irresponsables, il dit: «Ça m’insupporte», en secouant le tête.

Un séjour américain

À l’âge de 13 ans, l’élu est aussi parti vivre un an aux États-Unis en famille. Il y a intégré l’école publique, «un tournant» dans sa vie. De ce séjour américain, il a ramené une bonne maîtrise de la langue anglaise, et un peu de cette aisance qu’il a face à une assistance. «Je n’ai jamais été timide. Mais là-bas, il y a beaucoup moins de jugement qu’ici.» Et puis, l’art de la rhétorique, ça se travaille, assure cet ancien écolier en latin-grec. Son secret? Raphaël Mahaim n’écrit jamais ses plaidoiries, ni ses interventions. «J’ai appris qu’il faut savoir humer l’atmosphère du moment. Bafouiller un instant vaut mieux que de perdre sa spontanéité.»

Au Grand Conseil, Raphaël Mahaim a fait ses débuts à l’âge de 23 ans. C’était en 2007, il était un peu «terrifié» d’être parachuté dans cette cour où tout le monde vous jauge. Treize ans et une loi sur les écoles de musique plus tard (un des dossiers où il a pesé), il est l’un des plus anciens Verts du parlement, avec une réputation de grande solidité. L’UDC Philippe Jobin, à la fois adversaire politique et ex-coéquipier de football, l’admet: «C’est un homme honnête et agréable. La seule chose que je lui reproche, c’est un ton un peu professoral.»

Remplacement de Daniel Brélaz

En 2022, le Vert partira à Berne remplacer Daniel Brélaz, qui a annoncé son intention de quitter le Conseil national. «J’ai pris notamment la commission des affaires juridiques, histoire de lui chauffer la place», commente l’ancien syndic de Lausanne, qui se réjouit de céder le pas à un élément aussi «dynamique».

Pour Raphaël Mahaim, ce sera juste le temps de boucler ses dossiers vaudois et de voir grandir un peu son dernier né âgé de 11 mois. Les planètes qui s’alignent, encore une fois.

Créé: 20.01.2020, 09h43

Bio express

1983
Naissance à Lausanne.

2002
Entame des études de droit (qu’il poursuivra jusqu’au doctorat) et de sciences de l’environnement (bachelor).

2007
Entrée au Grand Conseil aux côtés des Verts. 2010 Mariage avec Élodie.

2011
Naissance de Tessa.

2013
Commence son stage d’avocat dans l’étude de Luc Recordon, avec qui il s’associera entre autres.

2014
Naissance de Léonie.

2019
Naissance d’Axel.

2020
Acquittement des militants du climat, qu’il défend.

2022
Il remplacera Daniel Brélaz au Conseil national.

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