Un batteur devenu compositeur hollywoodien

PortraitNathan Stornetta John Williams, Hans Zimmer sont ses idoles. Le Jurassien compose lui aussi des musiques de films

Le compositeur dans son appartement zurichois.

Le compositeur dans son appartement zurichois. Image: MICHELE LIMINA

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Rencontrer Nathan Stornetta, c’est comme revoir, après quelques années, un vieux copain qui n’a pas changé. Avenant, blagueur, dans son appartement zurichois, le compositeur professionnel sait mettre ses hôtes à l’aise. Il rentre à peine d’Espagne, où il a auditionné des musiciens pour un futur projet. Ses yeux s’allument. «Mon métier, c’est ma passion, je ne pouvais pas imaginer mieux. Je voyage et je fais des rencontres.» La musique, il l’a dans la peau. Son premier souvenir? Son grand-papa Fernand qui joue de l’accordéon à la Saint-Martin.

Et puis il y a la chanson française, bien présente à la maison. Du géant Goldman aux classiques Brel et Brassens, en passant par Nougaro ou Johnny, Nathan est bercé par cette culture-là. «Chaque année, le rendez-vous à ne pas manquer, ce sont les Enfoirés. Avec mes frères et sœurs, on connaissait par cœur la comédie musicale «Notre Dame de Paris». Aujourd’hui, à 29 ans, je me dis encore que c’est superbien foutu.» Plus tard, l’adolescent rebelle, dans sa liste MP3, écoutera plutôt Bob Marley ou les Red Hot Chili Peppers.

«J’adorais taper!»

À 8 ans, le jeune Nathan commence la batterie. Déclic. «J’adorais taper, c’est aussi bête que ça.» Très vite, il devient accro de cet instrument physique où il faut donner de l’énergie pour récolter le son. Tout son argent de poche passe dans l’achat de nouvelles caisses claires ou cymbales. Avec Alain Tissot, son professeur mentor, il s’initie à l’improvisation et à une approche plus humaine de la batterie. «Il m’a permis de devenir un batteur à l’écoute et sensible», confesse-t-il avec tendresse. Après ses études gymnasiales en musique, la conclusion est évidente: il va en faire sa vie. Le jeune adulte est admis à la Haute École de musique de Lausanne. «Le jazz débarque dans ma vie. Je joue avec plein de gens plus âgés. Je m’enferme dans des salles durant des jours pour rattraper le niveau.» Toujours plus haut, toujours plus fort, Nathan a soif d’apprendre.

Sa formation, il entrevoit de la parfaire à Londres, au prestigieux Royal College of Music. Il y prend des cours d’orchestration. «J’ai bouffé des pages et des pages de Ravel, Debussy, Stravinski, Prokofiev, etc. Et je me suis spécialisé dans la musique à l’image. J’ai aussi appris à maîtriser la technologie (samples, électroacoustique).» Aujourd’hui, dans son studio aménagé sous les toits zurichois, il est vrai que sa «bécane» a de quoi impressionner. Sous ses doigts, à sa disposition électronique: trois orchestres symphoniques, rien que ça. Hybride, le musicien compositeur mélange les époques et les cultures. Ça claque! À l’instar de la nouvelle bande-son qu’il est en train de finaliser pour le prochain spectacle du parc d’attractions français du Puy du Fou, qui attire 2,5 millions de visiteurs par année. «On me donne un script et une simulation des mouvements sur scène, et je me débrouille avec ça. Au final, quand tu as la chance d’enregistrer, en studio, avec le Prague Symphonic Ensemble dirigé par le Fribourgeois Jérôme Kuhn, tu es submergé d’émotions. Ton travail prend vie, c’est tellement bluffant.»

Au service du maître Zimmer

Le talent de Nathan Stornetta n’échappe pas aux stars étrangères de la musique de films. Son nom est soufflé aux oreilles du prolifique compositeur hollywoodien Hans Zimmer, oscarisé pour «Le roi lion» et auteur des bandes originales de «Gladiator», «Inception» ou encore «Pirate des Caraïbes». L’Allemand lui propose de l’assister, d’abord à Londres puis à Los Angeles. Il passe des journées et des nuits entières en studio avant d’enregistrer avec les orchestres du monde. «Et un jour, à ma grande surprise, Hans me dit que j’ai ma place dans la chaise du compositeur. Il me demande d’arranger un thème sur huit minutes. D’un coup, je deviens calife à la place du calife. Je bosse entre seize et vingt heures par jour pour terminer dans les temps. Le jour de l’enregistrement, Hans m’appelle et ne dira qu’un mot: «Excellent!» Les portes de l’immense univers de Hans Zimmer s’ouvrent alors au Jurassien. Il lui offre de rester travailler avec lui, à Los Angeles, sur plusieurs projets dont «Le petit prince», un film d’animation où il côtoie une autre figure du genre, l’Anglais Richard Harvey.

Que pense-t-il du jeune Stornetta? «Au début, je me suis dit: «Qui est ce type?» La scène musicale hollywoodienne voit régulièrement passer des jeunes gens ambitieux. Très souvent, on se demande s’ils ont quelque chose de différent ou de frais à offrir? J’ai entendu ses compositions pour le Puy du Fou et j’ai trouvé son travail parfaitement adapté, professionnel et contenant une dose d’originalité qui rendait sa musique absolument spéciale», complimente le sexagénaire. Cette originalité est encore récompensée il y a deux ans. Hans Zimmer propose au musicien de partir en tournée avec lui dans le monde entier pour le «Hans Zimmer Live».

Au total, 99 concerts, de New York à Wembley en passant par Séoul, Bercy ou le festival américain Coachella. Le percussionniste intègre la vingtaine de musiciens autour du monstre sacré. «Nous avons parfois joué devant 50'000 personnes. Avec des virtuoses, j’ai joué tous les grands tubes de Zimmer. C’était le pied total.» Dans les projets actuels, il y a le réenregistrement des tubes de James Horner (compositeur oscarisé pour «Titanic»), la composition de la musique d’un film sur Ferdinand Hodler par Francis Reusser et un projet surprise à Londres avec Hans Zimmer.

Envisage-t-il de retourner s’établir à Holly-wood un jour? «J’aime la qualité de vie en Suisse. De Zurich, je peux m’envoler partout facilement. Si je veux déconnecter, je prends mon vélo et m’évade dans la nature, c’est idéal pour retrouver l’inspiration.»

Créé: 19.06.2018, 08h57

Bio

1988
Naissance à Delémont (JU) le 19 décembre, d’un père vétérinaire et d’une mère maîtresse d’école enfantine. Il a cinq frères et sœurs.
1996
Premiers cours de batterie.
2002
Premier musicien à sortir de la structure arts-études du Jura.
2007
Entrée à la Haute École de musique de Lausanne, département jazz.
2010
Premiers pas dans la musique de films avec son entrée au Royal College of Music, à Londres.
2012
Rencontre avec le compositeur Hans Zimmer, qui l’engage comme assistant durant l’été dans son studio londonien.
2013
Première composition pour le parc à thèmes du Puy du Fou, en Vendée.
2014
Départ à Los Angeles auprès de Hans Zimmer comme compositeur additionnel.
2016-2017
Tournée mondiale du spectacle «Hans Zimmer Live».
2018
Établissement d’un studio professionnel à Zurich.

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