Le bavard sorti de l’impro et du poste radio

PortraitBlaise Bersinger, humoriste

Image: Philippe Maeder

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Que faire quand on a 25 ans et déjà réalisé ses rêves? Adolescent, Blaise Bersinger espérait intégrer, un jour, l’équipe des Dicodeurs. Depuis le 16 mai dernier, c’est fait! L’humoriste lausannois rejoint ponctuellement les rangs des drilles qui officient dans l’émission matinale de la RTS. Le comique se voyait également fêter son quart de siècle sur des planches avec son propre one-man-show. Encore fait! Du côté du Lido à Lausanne en juin dernier, puis de la Grenette à Vevey il y a quinze jours, le comédien a dévoilé son loufoque Peinture sur chevaux 2, un spectacle avec lequel il sera bientôt en résidence prolongée au Centre pluriculturel d’Ouchy. Où il officie aussi comme maître de cérémonie des soirées Jokers: le grand match, quand s’affronte la jeune garde de l’humour romand, des potes pour la plupart.

Alors, quand l’artiste en herbe tire sur sa carte bancaire et voit qu’elle affiche, chaque mois, 3500 francs gagnés grâce à sa faconde, à ses délires absurdes et à de multiples cachets – glanés sur différentes radios, mais aussi avec le collectif YouTube Carac Attack ou, sur scène, comme comédien-improvisateur quand il n’est pas marionnettiste dans le «pestacle» de Titeuf –, autant dire qu’il peut avoir le sentiment du défi relevé.

Et, surtout, enterrer tout regret d’avoir envoyé balader la quête d’un diplôme en linguistique et français médiéval. C’était il y a cinq ans, lorsqu’il a décroché ses premiers contrats de chroniqueur sur LFM, puis Rouge FM. «J’ai toujours rêvé de faire de la radio et de faire rire. Je dois bien avouer que je n’ai pas hésité longtemps lorsque l’on m’a demandé si je préférais analyser des phonèmes à l’université ou péter avec mes aisselles tous les matins sur les ondes.»

«A 25 ans, donc, le jeune homme a déjà une jolie petite carrière à lui»

Le personnage est posé! Il n’a ni sa langue ni ses mains dans les poches. Certes, il aime se la couler douce, mater des matches de foot, perdre son temps sur Internet, se goinfrer, s’initier au trombone à coulisse ou gribouiller ses post-it quotidiens qu’il affiche dans sa chambre. Une chambre qu’il partage avec sa petite amie, étudiante comédienne. Mais, avec des bras démesurément grands et «un physique de lampadaire» (1,91 mètre), le garçon est plutôt du genre à s’agiter qu’à caler ses pognes bien au chaud. Côté verve, le loquace ne peut non plus s’empêcher de tourner en dérision le monde qui l’entoure. Ecolier déjà, confie-t-il, il peinait à la fermer. Rien d’étonnant pour celui qui a développé, dès sa 6e au collège de l’Elysée, sa vivacité d’esprit dans l’univers de l’improvisation, «la plus grande école de théâtre du canton, une école de vie que l’on épouse comme on entre dans les ordres ou chez les scouts».

A 25 ans, donc, le jeune homme a déjà une jolie petite carrière derrière lui. Mais pas de quoi blaser «Blasu»! Dans un monde qui se mesure en nombre de followers sur les réseaux sociaux, Blaise Bersinger reste un bleu. Avec les 3000 abonnés de sa page Facebook, il est loin derrière certaines figures de proue du stand-up romand ou certains princes de la satire qui font d’Internet leur terrain de conquête et affichent jusqu’à 100 000 «J’aime». Pas bien grave! Son papa, un Saint-Gallois biochimiste, et sa maman, Combière et enseignante, sont fiers de leur fils unique, mis au monde lorsqu’ils étudiaient à Sydney.

Sans parler que la marque de fabrique de l’artiste est ailleurs, dans des sketches ou bidouillages sonores qu’il travaille autour de la forme (courte, voire ultracourte), dans des jeux de mots et slaloms linguistiques, dans une observation ludique des tics ou des dérives médiatiques de son époque. Avec une envie de moquer le saugrenu plus que de dénoncer les injustices. Avec une tendresse pour les petites gens qui brillent dans l’échec.

«Jusqu’à présent, je n’ai pas beaucoup trimé. C’est grisant de voir que mon public évolue, que je n’attire plus simplement les potes des potes. Mais je n’en suis qu’à ma première scène et j’ai tout à prouver.» S’il n’a pas la suffisance de celui qui brandit son CV bien rempli, l’artiste garde tout de même quelques belles ambitions en bandoulière: inventer la réplique culte qui le ferait entrer au panthéon des cours de récréation, gagner en notoriété pour se permettre de grandes salles, percer en Suisse alémanique – «juste pour le fun» – et, pourquoi pas, écrire un film. Mégalo? Décomplexé et spontané, plutôt. En attendant, il multiplie les expériences, flirtant sans gêne et «sans trop [se] prendre la tête» avec les différentes familles qui composent la scène humoristique lémanique. Pour affiner son art, pour construire le bonhomme. (24 heures)

Créé: 28.10.2016, 10h13

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