Belle et solaire, elle décroche...les étoiles

PortraitVéronique Reymond, comédienne.

La comédienne Véronique Reymond reçoit un prix, dimanche à Soleure, pour son rôle de Christine dans la série télévisée co-réalisée avec sa complice Stéphanie Chuat, A livre ouvert. 24heures l'a rencontrée au Café des Alliés, à Lausanne.

La comédienne Véronique Reymond reçoit un prix, dimanche à Soleure, pour son rôle de Christine dans la série télévisée co-réalisée avec sa complice Stéphanie Chuat, A livre ouvert. 24heures l'a rencontrée au Café des Alliés, à Lausanne. Image: Vanessa Cardoso

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Il y a de la tristesse dans l’air. Véronique Reymond vient d’apprendre une mauvaise nouvelle: le voisin qui a inspiré au cinéma le rôle du vieil homme décidé à ne pas finir sa vie en maison de retraite, endossé par Michel Bouquet dans La Petite chambre, s’est éteint la veille, à l’âge de 86 ans. En filigrane, c’est lui – «son caractère, sa sensibilité» – qui avait guidé l’écriture du film réalisé en 2011 par la comédienne-dramaturge-cinéaste lausannoise avec sa complice de (presque) toujours, Stéphanie Chuat. Le vieux monsieur habitait au-dessus du bureau, pas loin de la Pontaise à Lausanne, où les deux touche-à-tout rêvent, cogitent, écrivent et s’engueulent parfois aussi.

Le jour est gris mais l’émotion sera diffuse. L’actualité est heureuse: l’actrice recevra, dimanche à Soleure, le Prix du film de télévision suisse 2015 pour son interprétation de Christine, la bibliothécaire fleur bleue et névrosée d’A livre ouvert, la série programmée l’automne passé sur la RTS. «Cette récompense me touche énormément car je n’étais pas supposée jouer, rappelle celle qui a co-imaginé le programme télévisé promis à une diffusion prochaine sur France 2. Même s’il y a toujours beaucoup de nous dans ce que nous créons, le rôle n’avait pas été développé pour moi. J’accueille ce prix comme une vraie reconnaissance des choix et du travail effectués.»

«J’ai toujours travaillé, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas connu les galères»

On pourrait penser la femme grisée par les honneurs. Depuis le début de sa carrière il y a un peu plus de vingt ans, l’autodidacte qui a grandi à Romanel multiplie les aventures artistiques et enchaîne les succès. En solo ou en duo; à l’écriture, à la mise en scène ou au service d’un autre. Impossible de tout résumer. Au théâtre, son adaptation de Lignes de faille de Nancy Houston attire les foules à la Grange de Dorigny puis à Vidy, en 2010. Au cinéma, trois ans auparavant, sa beauté diaphane séduisait Eric Rohmer qui lui a confié un rôle dans Les amours d’Astrée et de Céladon.

Il y a eu, surtout, le multiprimé La petite chambre, qui a attiré 83 000 spectateurs dans les salles obscures et définitivement scellé médiatiquement son tandem avec Stéphanie Chuat. «Depuis mon premier spectacle professionnel à 19 ans, j’ai toujours plus ou moins travaillé, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas connu les galères du métier de comédienne. Jusqu’à 30 ans, j’ai ramé. Le choc de la reconnaissance, nous ne l’avons vraiment connu qu’avec La petite chambre et je ne considère pas cela comme une consécration: nous avons encore tellement à apprendre.» Ni grisée, ni suffisante. Solaire et sincère.

Avec Véronique Reymond, chaque phrase qui débute par un «je» se termine en «nous». Stéphanie Chuat, elle l’a rencontré sur les bancs de l’école communale de Prilly, à l’âge de 10 ans. Leurs différences – l’une aérienne, l’autre plus terrestre – scelleront leur amitié. «On manquait toutes les deux d’assurance. Ensemble, on a osé.» Du doute et des certitudes naîtra l’émulation. Il y aura le Gymnase de la Cité, la seule formation en école que la cadette de trois enfants a terminée. Il y aura, avant tout, cette furieuse envie de devenir comédiennes. «Clowns, plus précisément». Au Centre pluriculturel et social d’Ouchy, dont sa mère gère la programmation théâtrale, les adolescentes ont un coup de foudre pour le célèbre Buffo, l’Américain Howard Buten. Il finira de convaincre les futures artistes protéiformes qu’en contrepoint à la gravité, il y a la légèreté, le rire, l’espoir. L’humanité et son ambivalence.

Avec leur sensibilité et leur acuité, les jeunes femmes vont alors se mettre à inventer, osant y aller au culot quand il le faut. En toute sincérité, sans s’alourdir des «références parfois pesantes» qui paralysent certains diplômés des écoles d’art. Le goût des mots, sans doute l’a-t-elle hérité de son papa professeur de français. Celui du théâtre, clairement, de sa maman.

A deux, Véronique et Stéphanie espèrent décrocher les étoiles. Travailleuses, elles réussiront. «On a avancé sans réfléchir, en osant l’imperfection. On souhaite simplement proposer nos idées et on a cherché notre mode d’expression. D’ailleurs, on cherche toujours, car de multiples voies nous fascinent», s’amuse l’électron libre qui fourmille de projets et d’envies pour «pousser plus loin toutes les expériences déjà acquises, pour continuer à se confronter et à s’améliorer.»

Y a-t-il quelque chose d’autre une fois les projecteurs éteints? Il y a bien un amoureux, un peu de yoga, le besoin de ressourcer en allant chercher des énergies à New York, à Paris, à Londres et, depuis quelque temps, du dessin. Il y a aussi les amis, ceux avec qui se fêtent les succès. Mais la belle aux yeux bleus doit bien l’avouer: passions et travail se confondent totalement. (24 heures)

Créé: 23.01.2015, 08h58

Carte d'identité

Née le 31 mars 1971.

Cinq dates importantes
1991 Le metteur en scène Denis Maillefer lui confie son premier rôle professionnel dans Passage du poète de Ramuz.
1997 Création de Mémé avec Stéphanie Chuat, premier spectacle multimédia.
2004 Le court-métrage Berlin Backstage tourné à la Philharmonie est primé à la Berlinale 2004.
2011 Sortie de La petite chambre, premier long-métrage cinéma.
2014 Diffusion d’A livre ouvert sur RTS1, première série TV développée par le duo.

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