Pas besoin d’être à gauche pour défendre les consommateurs
Florence Bettschart-NarbelJuriste à la FRC, la conseillère communale et députée lausannoise prône l’ouverture libérale qu’elle a héritée de son père.
Elle vient d’emménager en dessous de la Sallaz, dans un quartier verdoyant, particulièrement joli en cette matinée de fin d’été. Dans sa nouvelle maison, tout est aimable et frais; comme elle d’ailleurs, qui nous accueille avec une grande simplicité et un sourire naturel.
Florence Bettschart-Narbel, 43 ans bientôt, présidente du PLR lausannois, mariée et mère de deux enfants, est devenue en six ans une figure en vue du Conseil communal de Lausanne. Dans cette arène des plus urbaines, elle se bat sous les couleurs libérales-radicales, minoritaires depuis plus de 25 ans. La voilà désormais élue au Grand Conseil aussi. Parmi ses pairs libéraux-radicaux de la députation lausannoise, elle sera la seule femme.
Au fil de sa vie, l’élue est devenue sensible aux injustices qui émaillent le quotidien des citoyens. Celui des consommateurs, bien sûr, puisqu’elle travaille comme juriste à la FRC, et celui des femmes en politique aussi: «Je ne suis pas à proprement parler une féministe, dit-elle. Mais je le deviens peu à peu. Lorsque j’ai eu mes enfants, j’ai senti la différence. Même si j’ai un mari qui est d’un soutien exceptionnel, j’entends beaucoup de remarques paternalistes. En politique, surtout, certains me demandent qui va s’occuper des enfants ou du ménage.»
Affectés jusque dans leurs émotions
Son sens de la justice n’est pas épargné non plus dans son travail. «Défendre les consommateurs est une cause noble, poursuit Florence Bettschart-Narbel. Elle a été portée à l’origine par les femmes, à une époque où elles n’avaient même pas le droit de vote. Défendre les consommateurs, c’est aussi prêter attention à ces petites choses du quotidien qui affectent les gens, parfois même dans leurs émotions. Je pense par exemple au télémarketing où les personnes âgées sont particulièrement visées ou à ces litiges de 1000 francs pour une machine à laver ou encore à ces vacances annulées au dernier moment à cause d’une arnaque.»
La PLR verrait bien que ses amis politiques soient davantage concernés par ces questions en lien avec l’activité commerciale: «Souvent, je me vois rétorquer que ça n’est pas grave et qu’il faut privilégier la liberté du marché.» Dans son parti, elle est d’ailleurs considérée un peu trop à gauche.
Florence Bettschart-Narbel est pourtant un pur produit libéral. Fille de Jean-Marc Narbel, ancien député et conseiller national libéral, elle a très tôt baigné dans le chaudron politique. «Je me souviens du chapiteau monté à Morges, avec les clowns. J’étais petite et j’aimais accompagner mon papa. Il y avait aussi la revue, à Montreux; c’était la grande époque libérale.»
Un an à New York
Elle n’a pourtant pas suivi le cursus typique des jeunes nés dans une famille politisée. Etudiante en droit, elle va fréquenter les cours à Lausanne, puis faire une année à Bâle, où elle se familiarisera avec l’allemand. Plus tard, elle obtient son brevet d’avocate et se marie. C’est ensuite le départ pour New York durant une année avec son époux avocat qui y suit une formation post-grade. «Moi, je me suis accordé une année sabbatique, reprend-elle. J’ai suivi des cours sur le pop’art et l’architecture à l’Université populaire. Et puis je suis tombée enceinte. Mon fils Guillaume est né à New York.»
De cette période, Florence Bettschart-Narbel a retiré de nombreux enseignements. D’abord, elle a entrevu ce que signifie pour une personne d’avoir un statut d’immigré. «Même si vous venez du monde occidental, vous êtes clairement un immigré à New York. Sortir ainsi de ma zone de confort m’a ouvert l’esprit. Je réalise que nous sommes tous l’immigré de quelqu’un d’autre.»
A cet égard, sa maman l’a aussi beaucoup inspirée. Secrétaire de Paul Ruckstuhl au moment d’Expo 64, puis employée chez Swissair avant de passer chez Eternit pour la partie sud-américaine, Françoise Narbel-Gisling lui a montré l’exemple de la mobilité et du dynamisme: «Elle m’a beaucoup ouverte à tout ça.»
New York lui a révélé aussi son amour pour les villes. «Je suis vraiment une urbaine», clame-t-elle. Se balader dans les quartiers est une des activités qu’elle affectionne. «Dans une ville, la vie se crée autour des quartiers. A New York, nous nous efforcions parfois de sortir de notre village où nous connaissions les gens pour aller en voir d’autres. Au fond, une ville ce n’est pas si anonyme que ça.»
A Lausanne, où elle est née mais où elle n’a pas vécu son enfance (elle l’a passée à Clarens), l’élue s’est vite mise à la vie associative, autour des enfants, notamment. Et puis, le Conseil communal l’a projetée dans cette réalité urbaine où chaque conseiller peut «apporter quelque chose». «Malgré les incitations du parti, je n’ai pas voulu quitter le Conseil communal. Je n’y suis que depuis 2011 et j’apprécie beaucoup de pouvoir être utile. J’aime l’idée, par exemple, d’aider les citoyens même pour des petites choses, comme la personne qui m’a demandé de proposer un banc à Sauvabelin.»
Cultiver les liens de cœur
Florence Bettschart-Narbel garde pourtant un certain recul par rapport à son activité politique. Elle a aussi à cœur de cultiver son cercle à elle: ses amis, sa famille. «J’adore faire des invitations qui peuvent d’ailleurs être toutes simples. L’important est de se retrouver, j’ai besoin de ça.» Pour elle, la constitution d’un réseau en vue de son activité politique est importante, mais elle ne doit pas déborder sur sa vie intime. Pas question, donc de courir les cocktails.
«J’aime cuisiner, enchaîne-t-elle. Organiser des fêtes et réunir les amis que l’on s’est faits au fil du temps, c’est un vrai bonheur.» Désormais dans sa maison des années 50 qu’elle et son mari ont mis pas mal de temps à dénicher, elle se trouve aussi à la tête d’un jardin, où la famille compte monter un potager. Ce sera une activité de plus dans cette vie bien remplie. Mais ce sera aussi un ressourcement bienvenu: «C’est tellement agréable dans ce type d’activité de se focaliser sur ce que l’on est en train de faire et d’oublier tout le reste.»
Créé: 22.08.2017, 07h36
Bio
1974 Naît le 12 septembre à Lausanne. Elle passera son enfance et une partie de sa jeunesse à Clarens.
2002 Obtient son brevet d’avocate et se marie.
2004-2005 Vit une année à New York où elle accompagne son mari qui complète ses études. Naissance de son fils Guillaume. A la fin de cette étape, la famille s’installe à Lausanne, dans un appartement aux Mousquines.
2007 Naissance de sa fille Camille.
2008 Entre à la Fédération romande des consommateurs (FRC) où elle est juriste en charge des questions de lobbying notamment. Elle est en outre l’un des douze membres de la Commission de la concurrence (COMCO) et se rend régulièrement à Berne.
2011 Est élue au Conseil communal de Lausanne du premier coup, ce qui constitue une surprise.
2017 Elue aussi au Grand Conseil, à la faveur du siège lausannois supplémentaire gagné par le PLR.
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