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Bête d’hémicycle, Léonore Porchet perpétue une tradition de lutte

Verte, ultraféministe et amoureuse de culture, la nouvelle députée s’intéresse à tout et ne s’inquiète pas de devenir minoritaire.

«Je me réjouis d’entrer dans ce parlement. Le canton de Vaud est très dynamique et je n’ai pas peur de la confrontation.»
«Je me réjouis d’entrer dans ce parlement. Le canton de Vaud est très dynamique et je n’ai pas peur de la confrontation.»
Patrick Martin

L’agence Plates-Bandes Communication donne de plain-pied sur une impasse de la rue Saint-Martin à Lausanne. Ce matin-là, il fait très chaud et les collaborateurs ont installé sur le bitume une table de cantine avec deux bancs pour prendre le frais. C’est là que nous rencontrons Léonore Porchet, l’une des spécialistes en communication de l’entreprise aux côtés des graphistes. Elle aura 28 ans le 9 juillet et vient d’être élue au Grand Conseil vaudois.

La Verte est déjà connue pour avoir mis sur la table la problématique du harcèlement de rue. Historienne de l’art de formation avec une pincée de sciences politiques, elle est une des figures du Conseil communal de Lausanne où elle est entrée il y a moins de deux ans. La jeune prodige n’économise pas son énergie.

Pour s’en rendre compte, il faut la voir à la tribune présenter son projet d’«artothèque» avec une moue gourmande. A l’aise dans un hémicycle, elle montre une grande facilité et aucune timidité. Pas de notes et des réactions fulgurantes lorsque l’on heurte sa sensibilité. Lors du débat sur la prostitution, un conseiller communal avait osé l’expression «s’envoyer une nana». Il doit se souvenir aujourd’hui encore de la réaction de Léonore Porchet. Elle a bondi, lui assénant une volée de bois vert: «Une femme n’est pas un bien de consommation!»

Engagée sur le front de l’asile ou du revenu de base, elle dit ressentir une grande «révolte» face à l’injustice en général. Et, pour elle, l’inégalité entre les hommes et les femmes représente une urgence dans la triste liste des déséquilibres sociaux: «C’est la domination la plus vieille qui existe.»

La Lausannoise est née dans une famille sensible à la question: «Ma mère me racontait que sa propre mère n’avait pas le droit de retirer son argent sans l’autorisation de son mari!» Dès 2014, Léonore Porchet a été présidente des Verts lausannois qui n’ont pas tardé à voir la patte de la nouvelle responsable.

Les statuts limitent désormais les mandats au Conseil communal, tandis que le cumul est devenu interdit. Mais surtout, la place des femmes a été augmentée, au point d’ailleurs que la question s’est posée de redonner un peu de visibilité aux hommes.

Son premier souvenir d’enfant nous emmène sur la place Fédérale un certain 14 juin 1991. Elle avait 2 ans et sa maman, ancienne hôtesse de l’air, l’avait prise à la grève des femmes, journée historique qui devint un emblème du combat féministe en Suisse. Loin de se distancier du féminisme comme l’ont fait certaines générations post-soixante-huitardes, Léonore Porchet est de celles qui n’en démordent pas: «Je perpétue une tradition de lutte.»

En couple avec son ami, elle pense avoir des enfants un jour. Mais se dit «en colère d’avance» à cause des inégalités qui se feront davantage sentir lorsqu’elle sera mère de famille: «Je suis consciente de la lourdeur que cela représente dans la vie d’une femme.»

Une bobo?

Elle a rejoint les Jeunes Verts dès l’âge de 16 ans et intégré une conception large de l’écologie, avec une dimension sociale: «C’est la manière la plus complète d’aborder l’être humain.» Léonore Porchet défend cette «vision» de l’égalité dans une société où les conditions d’existence sont bonnes pour chacun. Au Grand Conseil, elle s’engagera notamment sur les thèmes de la santé. L’air, l’eau, l’alimentation, les conditions de travail, la santé reproductive (fertilité, grossesse, avortement, etc.) figureront dans ses sujets.

Curieuse de tout, la nouvelle députée est une férue d’art. Elle affectionne de voir tout ce qui se produit et d’en être témoin avant que cela soit oublié. Parce que c’est l’histoire humaine «dans ce qu’elle produit de plus beau». «Je suis une acharnée des manifestations culturelles», sourit-elle. La BD, en particulier, la passionne. L’étudiante Léonore a fait son mémoire sur l’usage de la bande dessinée dans la communication politique à Genève et elle est bénévole de BD-FIL pratiquement depuis le début.

Avec ses beaux yeux verts, ses bijoux recherchés et ses principes écolos, Léonore Porchet est-elle une bobo? «Je n’en ai pas les moyens», décline-t-elle. Par ailleurs, la Lausannoise urbaine ne l’a pas toujours été. Elle revendique une appartenance campagnarde par les origines de sa famille et aussi parce qu’elle a vécu à Colombier et à Baulmes pendant son enfance et son adolescence: «J’ai fait partie des jeunesses campagnardes, précise-t-elle, et je me suis bien entendue avec les autres membres même si je n’avais pas toujours les mêmes idées.»

Si elle apprécie le dialogue, elle ne craint pas le combat. A ce titre, il faut qu’elle se prépare, car le Grand Conseil vaudois n’est pas le Conseil communal de Lausanne où les majorités politiques sont inversées: «Je me réjouis d’entrer dans ce parlement. Le canton de Vaud est très dynamique et je n’ai pas peur de la confrontation.»

Pour le prêt d’œuvres d’art

Elle apportera sa fraîcheur dans l’hémicycle. Son séjour à Berlin de l’année passée lui a inspiré des idées. C’est d’ailleurs son stage à la Neuer Berliner Kunstverein qui l’a poussée à vouloir monter à Lausanne une banque de prêt d’œuvres d’art sur le modèle de la bibliothèque: la fameuse «artothèque». L’idée n’a pas passé la rampe du Conseil communal, car elle a été jugée aventureuse sur le plan financier et peu susceptible de toucher le citoyen lambda. «Les socialistes lausannois sont moins verts que d’autres», estime-t-elle.

Cela ne l’empêchera pas de proposer la même idée au Grand Conseil, comme elle nous l’a dit après la dernière séance du Conseil communal («24 heures» du 20 juin). La jeune femme semble ne s’effaroucher de rien. Elle fait partie de cette génération de jeunes politiciens résolument tournés vers l’ouverture. La nouveauté l’étonne et la ravit («J’adore la surprise.»), tandis qu’elle ne craint pas de bousculer les règles établies par ses devanciers. Cet appétit de travail et de découvertes lui tient lieu de programme: «A peu près rien ne m’ennuie!» rigole-t-elle à la fin de notre entretien. Les prédictions sont toujours périlleuses en politique. Mais là, il y a fort à parier que Léonore Porchet va devenir une incontournable.

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