Le chef du groupe PLR Lausanne a fini de s’ennuyer

PortraitAvocat au Service du territoire de l’État, Matthieu Carrel frappe par son empathie, rare en politique.

Matthieu Carrel, PLR, Lausannois et avocat est un cycliste convaincu

Matthieu Carrel, PLR, Lausannois et avocat est un cycliste convaincu Image: Florian Cella

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Il fait mine de se vexer lorsqu’on qualifie son visage de poupin, mais ne prend en réalité pas ombrage de grand-chose. Matthieu Carrel parcourt les allées du Conseil communal de Lausanne le sourire aux lèvres. Malgré son statut de chef de groupe, impossible de penser qu’il pourrait se prendre au sérieux. Au sein d’un PLR lausannois souvent éclaté par les individualités, sa personnalité joviale et sa bonhomie sont sans doute des atouts. Loin d’être un chef strict, Matthieu Carrel préfère le travail d’équipe et la discussion, la recherche de points communs. «En 2003, lorsque j’ai adhéré au Parti radical, j’ai été attiré par le sens de la modération qui y régnait, par le respect général. J’aime ça. Je ne ressens jamais le besoin d’être violent.» Cassant, tout au plus, «en fin de séance».

Il adhérait à son parti à 18 ans, au lendemain des élections fédérales, caractérisées par une percée de l’UDC. «Je trouvais cette élection de Blocher purement injuste. Et j’aimais beaucoup Pascal Couchepin.» Mais son intérêt pour la chose publique remonte à bien plus tôt. En famille, on parle beaucoup de politique française. «Mon père était un lecteur du «Canard enchaîné.» En 1992, sur le vote de l’EEE «je me souviens avoir dit à mes parents que j’avais peur que la Suisse disparaisse. Ils m’ont répondu qu’ils avaient voté oui à l’adhésion pour moi, pour mon avenir. Ça m’a marqué.»

«L’Antiquité, c’est passionnant! Ensuite on a deux options: se fossiliser très jeune, ou utiliser cette culture comme un socle pour s’ouvrir au monde. J’ai clairement pris la seconde option.»

En parallèle à la politique, Matthieu Carrel se lance dans un parcours des plus classiques, en tout cas pour un garçon de bonne famille. Fils de pédiatre et «conscient d’être, selon les mots de mon père, un hyperprivilégié», il est de la race de ceux qui ont «fait latin-grec». Puis droit. «L’Antiquité, c’est passionnant! Ensuite, on a deux options: se fossiliser très jeune, ou utiliser cette culture comme un socle pour s’ouvrir au monde. J’ai clairement pris la seconde option.»

À 20 ans, il part pour trois ans d’études à Paris. Des années dont il parle avec joie. Pendant ce séjour, il garde un pied dans la politique en effectuant des mandats d’assistanat parlementaire pour la conseillère nationale Isabelle Moret. C’est sa thèse qui le fait rentrer en Suisse. «J’ai regretté d’être revenu durant un an. La thèse, c’est horriblement difficile et solitaire.» Il repart pendant un an, à la toute fin de son doctorat. Cette fois, c’est Berlin, et peut-être plus encore qu’à Paris Matthieu Carrel s’adapte, se plaît. «J’étais plus vieux, je savais très bien comment m’occuper. J’ai vécu huit mois de liberté, sans souci. Une période de rencontres, de fêtes, de films, d’expos… tout ça à un rythme incroyable.» La déprime du retour le frappe de nouveau. «Tu croises pendant des mois des gens venant de pays qui n’existent même plus et tu reviens, tu es stagiaire avocat à Vevey…»

Veiller au territoire et aimer le canton

Pour autant, il ne serait pas resté dans la capitale allemande. «J’ai un sentiment ambivalent avec cette ville, j’avais l’impression de m’y ensabler. Berlin, tu peux avoir tendance à croire que tu es au centre du monde. Mais en fait c’est périphérique à bien des égards. C’est un genre de théâtre sans public où tout le monde joue.» Ici, il a «tout à coup la tête dans le guidon». Le rythme soutenu qu’il a épousé depuis son stage ne le lâche plus. Mais il n’affiche pourtant ni stress ni angoisse. Tout juste un débit parfois trop rapide pour qu’on le comprenne. Peut-être dû à son caractère impatient. Son travail «passionnant» de juriste en chef au Service du développement territorial de l’État de Vaud l’occupe beaucoup et lui fait «aimer le canton. Les contraintes sont telles… les gens ont du courage!» Il dit apprécier la technicité de son job mais encore plus le fait de participer à de grandes et importantes mises en œuvre.

Son rapport au temps qui passe semble apaisé. Peut-être à la façon de ceux qui ont été très sérieux au lieu d’être de vrais ados. Il a vécu cette période comme une longue attente teintée d’ennui. Avec le sentiment que la vraie vie commencerait après. «Dürrenmatt, seul auteur que je lise en allemand, a écrit ces deux livres autobiographiques: «L’édification» et «La mise en œuvres». Dans le premier, il explique précisément qu’il s’est ennuyé pendant vingt-cinq ans et que ça lui a permis ensuite d’être plus tranquille. C’est clairement ce que j’ai fait. Pas volontairement, mais le résultat, c’est ça. J’ai accumulé beaucoup de capital culturel et professionnel, ce qui me permet d’être beaucoup plus serein maintenant.»

Matthieu Carrel ne concède qu’un peu de nostalgie. Celle liée aux relations sociales évanouies. Et dit se projeter «assez peu dans l’avenir. J’ai peu de rêves matériels.» Ses moments de solitude, il les passe à dévorer les livres. Il tient depuis trois ans la liste de ses lectures «sinon j’oublie». Vrai passionné d’architecture, aussi, Matthieu Carrel chasse les beaux buildings davantage que les musées. Sa construction préférée à Lausanne? La réponse fuse: «Le siège de la Vaudoise, au parc de Milan. Il est parfait!»

La seule chose dont il avoue manquer touche aux voyages. «Pas des week-ends Easyjet; ça, j’en suis revenu. Mais j’aime énormément me balader dans les villes.» Il a fait de longs périples en Europe de l’Est et le conseiller communal socialiste Louis Dana était de la partie. Ce dernier le qualifie d’«excellent voyageur, ouvert et curieux». Il loue aussi cet ami «supérieurement intelligent doté d’une excellente qualité d’écoute». À n’en pas douter, observe Louis Dana, c’est ce qui lui permet d’être aujourd’hui le chef d’un groupe PLR pas toujours au diapason. «Très empathique», selon ses propres termes, il s’applique à se mettre à la place des autres en toute circonstance. En politique, c’est une rareté.

Créé: 29.03.2019, 09h18

Bio Express

1985 Naît à Vevey, enfance paisible. Nombreux voyages en famille.

2003 Défend les couleurs vaudoises dans des concours de latin.

2005 Études de droit à Paris. Prend le goût des villes et de leur architecture.

2006 Mandats pour Isabelle Moret comme assistant parlementaire depuis Paris. Nombreux voyages en train, «avant Greta Thunberg», dans l’est de l’Europe. Deux ans de russe.

2008 Master en droit des affaires, s’installe à Lausanne.

2010 Membre du comité central des Jeunes libéraux-radicaux suisses.

2012 Année à la Humboldt, à Berlin. Accède au Conseil communal de Lausanne en septembre. Vient en avion se faire assermenter.

2016 Embauché à l’État de Vaud. «On revient toujours à ses fondamentaux.»

2016 Chef du groupe PLR, avec comme baptême du feu le débat sur le local d’injection.

2018 Naissance de sa nièce, «un lien de plus avec cette région».

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