Chercheur affûté en quête de danse

PortraitClaude Ratzé, directeur de l’Association pour la danse contemporaine

Image: Florian Cella

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Plus de vingt ans passés au service de la chorégraphie contemporaine n’ont pas usé son envie de découvertes originales. Claude Ratzé, programmateur et explorateur des terrains escarpés de la danse actuelle, ne craint pas de donner à voir des pièces radicales, parfois même iconoclastes, tout en invitant les spectateurs à se faire confiance. Un engagement salué cet automne par l’attribution du Prix spécial de danse 2015.

«Cette reconnaissance du travail entrepris depuis longtemps m’a fait du bien. Ce qui était devenu un peu lourd au quotidien, notamment avec le projet d’un pavillon pour la danse à Genève, devient soudain plus léger. C’est comme de faire briller l’argenterie oubliée avec un coup de Sigolin!»

«Le lieu de tous les possibles»

Ce Lausannois d’adoption est directeur de l’ADC (Association pour la danse contemporaine). Son travail est à Genève, mais son activisme rayonne bien au-delà des frontières locales. «Ce que j’aime dans la danse, c’est qu’elle est le lieu de tous les possibles. Elle laisse de la place à mon imaginaire. Tout spectateur est libre de voir, d’aimer ou de détester ce qu’il veut. La grande chance de la danse contemporaine est de ne pas être explicite. C’est aussi son grand drame. Il faut parfois des clés pour la comprendre, au risque que le spectateur ait le sentiment d’être abandonné.»

Parfaitement lucide sur le domaine qui le passionne, Claude Ratzé n’est pas tombé dedans quand il était tout petit. Bien au contraire. Fils des tenanciers de l’Hôtel du Chasseur de Donatyre, village vaudois à la frontière du canton de Fribourg, il a grandi au rythme des horaires du café, ouvert sept jours sur sept. «C’était une famille où il n’y avait pas d’espace pour la vie privée. Mes parents n’étaient pas avares d’éclats. Tout était spectacle entre le juke-box et la messe du dimanche.»

Sur les pas de sa grande sœur

Une théâtralisation de la vie qui est peut-être à l’origine de son attirance pour le spectacle, et de la vocation de sa sœur, la chanteuse et comédienne Gisèle Ratzé, disparue il y a quinze ans. «J’étais très proche d’elle. J’avais 14 ans quand je l’ai rejointe à Lausanne. Malgré notre vie de bohème, elle s’occupait de mon frère et de moi. J’ai d’abord été son frère, mais ensuite aussi son manager. Je me souviens de ces moments d’avant-spectacle où je lui préparais son bain, ses costumes. Puis je l’accompagnais en coulisses. Un jour, j’ai voulu aller voir de l’autre côté, là où se décide le sort des artistes…»

Lui qui était devenu cuisinier, destiné à suivre la voie d’une mère vouée corps et âme à son café, ose la rupture après avoir vécu son instant T. «Avoir 20 ans était mon but. Ce moment devait être capital. Donner un sens à ma vie. Je pensais naïvement que tout se révélerait différent. Une grande déception. Ce jour-là, rien n’a changé.»

L'envie d'émerveillement

Un choc existentiel qui l’incite à prendre son destin à bras-le-corps, à s’épanouir dans la culture. Il revendique une certaine naïveté, l’envie d’émerveillement et la capacité à se laisser embarquer. «Dans un spectacle, j’aime l’énigme. Qu’on me provoque en m’obligeant à aller chercher dans des endroits insoupçonnés. Je déteste les évidences. J’aime l’intelligence d’une construction chorégraphique. Le savoir-faire. Le travail.»

Travail, un maître mot pour ce non-danseur qui a extirpé de nulle part, avec une grande exigence, un savoir et des compétences uniques dans son domaine. «Je suis arrivé au moment où les grands chorégraphes contemporains actuels émergeaient. Jérôme Bel, Boris Charmatz, Alain Platel, etc. J’ai eu l’avantage d’être le premier à programmer beaucoup de ces artistes conceptuels.»

Au fil des ans, Claude Ratzé a affiné sa capacité visionnaire et affûté son exigence. «L’acte fondateur de ma posture de programmateur est d’avoir su convaincre mes collègues de la nécessité d’inviter, en 1996, la Merce Cunningham Company dans le cadre du Festival de La Bâtie.» S’il fantasme de programmer un jour le Ballet de l’Opéra de Paris avec une grande pièce de Cindy Van Acker – chorégraphe genevoise – ce qui le motive encore aujourd’hui, c’est la découverte de créateurs capables d’entrechoquer intelligence et esthétisme.

Fribourg, Nuithonie, 16 octobre, Remise du Prix spécial de la danse.

Créé: 14.10.2015, 09h33

Carte d’identité

Né le 22 octobre 1960 à Fribourg.

Cinq dates importantes

1984 Vient habiter à Lausanne chez sa sœur comédienne et chanteuse, Gisèle.

1988 Voit son premier spectacle de danse, Désir d’Azur, de Noemi Lapzeson.

1992
Engagé comme directeur de l’Association pour la Danse Contemporaine à Genève.

1996 Invite la Merce Cunningham Dance Company au Festival de la Bâtie.

2012
Fait venir à l’ONU les danseurs de la Forsythe Company avec Human Writes.

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