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Aude GilliéronLa comédie musicale chante dans son cœur de jeune femme

La Lausannoise est tombée dans le «musical» à 13 ans. Elle en a fait son métier, avec une joyeuse énergie communicative.

«Ma vie, ce sont les projets. J’aime les répétitions, ce moment magique où on crée ensemble. À la première, on commence déjà à faire son deuil.»
«Ma vie, ce sont les projets. J’aime les répétitions, ce moment magique où on crée ensemble. À la première, on commence déjà à faire son deuil.»
Chantal Dervey

Passer une après-midi avec Aude Gilliéron vous donne la pêche. La trentenaire vit la vie comme une comédie musicale joyeuse, sensible, trépidante et inventive. Elle a fait du musicalson métier et elle travaille sans relâche à le promouvoir en Suisse. À Saint-Maurice, où elle a signé sa première mise en scène (Didon et Énée), elle fait rayonner les 1000 sièges rouges de sa lumière intérieure, et la scène de jeux d’éclairages qui remplacent le décor. «Je voulais un esprit comédie musicale pour cet opéra baroque, dit Damien Luy, directeur du Chœur du Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice. Je ne regrette pas d’avoir eu le flair de l’engager après l’avoir vue dans un camp de Dominique Tille, le résultat est magique.»

Aude Gilliéron a rencontré la comédie musicale quand elle avait 13 ans, en allant voir West Side Story avec son oncle et sa tante. Pour l’ado plutôt sage, qui aimait observer le monde et prier les fleurs, c’est une révélation. «Je n’ai rien dit mais j’ai pleuré en rentrant à la maison. Et je me suis dit que c’était ça que je voulais faire.» Elle plante ses yeux clairs dans ceux de son interlocuteur, elle ne le lâche pas tant elle a envie de partager sa passion et, peut-être, de sonder son écoute.

Quand cette romantique a une idée en tête, elle la suit avec une conviction qui renverse les préjugés. Ça tombe bien: à Moudon, où elle passe son adolescence, l’École de danse propose des cours de comédie musicale. Elle monte aussi sur scène avec la Compagnie Broadway, chante et danse Chez Barnabé, à Servion. Elle enchaîne deux ans d’EJMA, mais le jazz ne raconte pas assez d’histoires pour elle. Part deux ans à Berne à la Swiss Musical Academy, joue dans Les Misérablesà Beaulieu, et poursuit deux ans d’études à Paris.

«Je tombe amoureuse tous les jours»

«Ma vie est faite de rencontres, qui m’enrichissent. Comme celle de ma prof de théâtre à Berne, Elayne Phillips, devenue mon mentor; on se téléphone souvent. Ou celle de Renaud Delay, complice de la première heure, avec qui on a fondé la compagnie Silence in the Studio. Ou de tant d’autres.» On la croit volontiers tant sa volonté de séduire et d’être séduite est grande. «Je tombe amoureuse tous les jours», rit-elle de sa voix légèrement rocailleuse. Mais sa plus belle rencontre est intervenue quand son frère Vincent est né, trois ans après elle. «En famille, on utilisait déjà le chant pour communiquer. Vincent a suivi le même parcours que moi, dans d’autres écoles, mais avec la même passion. Je suis si proche de lui.»

Vincent confirme cette «relation fusionnelle. Je l’admire tellement, je suis fier d’être son frère, elle ne cesse de me surprendre. Et la comédie musicale nous unit profondément.» Aude avoue être allée en secret chanter dans le temple de Moudon dont elle aimait la résonance et la spiritualité, même si sa mystique à elle parle plutôt d’énergies, de racines et de ciel. Elle chantait aussi dans sa chambre. «Je l’entendais depuis la mienne, se souvient Vincent, et je reprenais discrètement. J’ai mis davantage de temps à assumer cette passion populaire.»

Histoire de famille

Cette relation frère-sœur les avait réunis deux jours pour un cabaret parisien. Mais elle va œuvrer pleinement dans un prochain projet, Big Crunch. Avec Renaud Delay à la composition et Daniel Vuataz à l’écriture, cette comédie musicale va réunir Aude et Vincent sur la scène du 2.21 pour l’histoire d’une bande de copains qui se retrouvent à la trentaine, sur fond d’astrophysique et de réactions en chaîne imprévisibles. «Avec un peu d’histoire d’amour aussi, c’est un musical quand même. Mais ça traite des thèmes qui nous touchent à notre âge, comme vouloir découvrir le monde en gardant ses racines ou faire un enfant et travailler quand on est femme.»

Une question que la comédienne se pose elle-même, même si ça reste un point d’interrogation. «Je refuse de croire que c’est inconciliable. C’est drôle, autant on peut être comédienne sans souci, c’est plus difficile de convaincre qu’on est metteure en scène.» En insistant sur l’«e» final. Féministe? Elle évite la réponse, rappelle qu’elle est aussi romantique et qu’elle adore Arletty, dont elle regarde Les enfants du Paradisrégulièrement. D’ailleurs, à Paris, elle habitait Montmartre, et à côté de la rue Saint-Vincent comme un signe vers son frère.

Mais sa passion l’habite entièrement. «On me demande souvent si on peut en vivre. Mais j’en vis depuis mes 13 ans. Alors oui, je ne vis pas dans les palaces mais je suis épanouie.» Avec son chat Hygge(la notion danoise du bonheur) et la pile de livres de ses copains du collectif AJAR sur la table de chevet, elle multiplie les projets. Elle participe à La Comédie musicale improvisée, qui l’a aidée à casser son besoin de tout contrôler. «J’en sors à chaque fois pleinement heureuse.» Elle crée avec des amis les soirées mensuelles Openmic-andco, où un court concert laisse ensuite la place au public venu interpréter une chanson de comédie musicale. «En Suisse romande, il y a encore un gros travail à faire, mais ça vient. Outre-Sarine, en Allemagne ou en France, le genre est considéré.»

En bateau pour Broadway

Celle qui n’est jamais allée à La Mecque du musicalet qui adore les œuvres du compositeur et parolier Stephen Sondheim rêve de prendre un jour le bateau pour arriver à Broadway, comme l’a fait son art, importé par les juifs européens. Elle avait tenu une année à Paris dans la troupe de Sister Act, «sept représentations par semaine, c’était génial au début. Puis j’ai commencé à y penser comme à une prison dorée. J’étais devenue artiste pour échapper à la routine, alors… Ma vie, ce sont les projets. J’aime les répétitions, ce moment magique où on crée ensemble. À la première, on commence déjà à faire son deuil.»

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