Le comédien défend ses valeurs en talons aiguilles

PortraitHomme de théâtre, drag-queen, lecteur à haute voix: le Lausannois Vincent David vit sa passion à 360 degrés.

«Je mets mon métier au service de la défense de certaines valeurs. J’ai beaucoup de mal avec l’intolérance. Je ne la comprends tout simplement pas.»

«Je mets mon métier au service de la défense de certaines valeurs. J’ai beaucoup de mal avec l’intolérance. Je ne la comprends tout simplement pas.» Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sur le mur de la cuisine, l’artiste Emilio López-Menchero, en apparat de femme, toise froidement du regard son public à travers son œuvre Trying to be Frida. Samedi, Vincent David n’essaiera pas seulement d’être Tralala Lita, il incarnera bel et bien la plantureuse et exubérante conteuse invitée par la Bibliothèque de Vevey. L’artiste lausannois y sensibilisera, par la lecture, le jeune public à la notion d’altérité lors d’une «Drag Queen Story Hour», mouvement venu des États-Unis. «Je n’aurais jamais imaginé cela possible. Mais ça veut dire que la société évolue. Le temps est venu de faire péter les cloisons des genres. Je me rends régulièrement à Berlin, où vit mon compagnon, et je suis fasciné par la diversité des gens qui composent sa population.»

La très chrétienne Union démocratique fédérale a écrit à la bibliothèque pour qu’elle renonce à la performance? Tant mieux! «Qu’ils viennent, ça élargira le débat. Je n’ai pas la prétention de convaincre, mais si je peux provoquer un déclic chez un gamin pour qu’il aille ouvrir un bouquin, ce sera gagné. Quand un prof m’avait dit «Le théâtre, c’est politique», je n’avais pas compris. Maintenant, je saisis davantage. Je mets mon métier au service de la défense de certaines valeurs. J’ai beaucoup de mal avec l’intolérance. Je ne la comprends tout simplement pas.»

Si Tralala Lita fera sa première apparition publique, Vincent David renoue avec un goût pour le transformisme qui remonte à bien plus loin. «Il y a vingt ans, ça m’avait valu quelques sorties de dingues avec des amis! Et je me souviens que c’était apprécié.» Plus loin encore dans le temps, l’enfant de Grange-Verney, près de Moudon, nourrissait déjà un plaisir non dissimulé pour le déguisement. Pour rien au monde il n’aurait manqué une édition des Brandons. «Maman me confectionnait des costumes extras. Même être servant de messe ça m’éclatait, pour revêtir l’habit, endosser le rôle.»

Raconter des histoires

Au bénéfice d’une formation en arts graphiques, Vincent découvre véritablement le théâtre à 20 ans, en tant que décorateur pour la pièce «Tête de Turc», mise en scène à Éclépens. «Ça a été déterminant. Je suis encore ému en y repensant. Je me souviens des odeurs, des gens… J’ai découvert un monde fascinant qui ouvrait sur le monde. Et qu’on pouvait raconter des histoires et en faire son métier.»

L’heure est alors venue de mettre les voiles pour le gamin de la Broye. Direction le Conservatoire de Lausanne. «Avant même d’être inscrit, sans savoir si je serais pris au concours d’entrée, j’ai démissionné de mon poste de décorateur chez Rolex. J’avais la pression. Je lisais tout, notamment le théâtre grec. Quand j’ai eu les résultats, ça a été l’un des moments les plus forts de ma vie. Mes parents ont été surpris de mon choix quand je le leur ai annoncé, mais ils m’ont soutenu. Ils viennent voir tous mes spectacles.»

Ces années académiques posent les bases de sa nouvelle vie d’artiste annoncée pleine d’incertitudes. Pas tant que ça finalement: premier spectacle professionnel en 2002 – «Les Bijoux de la Castafiore», mis en scène par Dominique Catton et Christiane Suter – et première grande tournée en Suisse et en France. «J’ai eu la chance de faire mon entrée par la grande porte.» L’année suivante, la Compagnie Kbarré, qu’il a cocréée, donne une centaine de représentations de son premier spectacle, «Tout le monde s’en FOU», notamment au Théâtre de Vidy.

Le comédien s’éclate dans ce métier protéiforme dont il exploite toutes les facettes. La tragédie grecque, bien sûr – «Œdipe roi», du 23 avril au 3 mai au Théâtre des Osses, à Fribourg –, mais aussi la comédie musicale, découverte en 2005 lors d’un stage en Californie (à voir «Libertalia», les 23 et 24 mai prochain à la Belle Usine, à Fully, et au Théâtre du Jorat le 7 juin), quelques apparitions dans «120 Minutes», sur la RTS, au côté de deux autres Vincent, Kucholl et Veillon, et même du «Karaoké littéraire» (31 mars au Bourg, à Lausanne).

Lecture au bain moussant

Vincent David est même «livreur de mots» depuis 2009, du nom du projet lancé par la Fondation Bibliomedia et qui permet d’offrir une lecture à haute voix dans des lieux insolites. «J’ai débarqué chez une dame. Ce fut un moment hors du temps: elle dans son bain moussant, moi sur la cuvette des WC. Un jour, en sortant de l’Échandole, à Yverdon, où je jouais, on s’est tombés dans les bras comme si on se connaissait depuis des années. J’aime cette façon de transmettre de la fantaisie, de l’incongru dans le quotidien.»

Camille Jaccard, amie et confidente, apprécie cette part d’imprévisibilité, le souci de la mise en scène jusque dans les petites choses. «Vincent, c’est celui qu’on peut rencontrer en chaussures de montagne – je l’ai d’ailleurs connu lors d’une randonnée – ou en talons aiguilles. Il prévoira toujours une touche fantaisie pour que chaque moment soit hors du commun. Mais c’est aussi quelqu’un de très fidèle et constant, qui s’engage dans la durée, que ce soit dans le registre artistique ou dans un autre plus humaniste.»

Du reste, à l’EMS Mont-Calme, à Lausanne, il s’emploie à améliorer le quotidien des résidents en organisant des cafés philo, lectures et événements culturels. «Ce sont des moments d’une grande authenticité. J’étais encore au Conservatoire quand j’ai commencé. On dit que le comédien est souvent seul, mais personnellement je n’y tiens pas. J’ai besoin des autres, d’un ancrage par l’émotionnel.»

Créé: 11.03.2020, 09h29

Bio Express

1976 Naît le 24 avril à Payerne.
1998 Réussit le concours d’entrée en section art dramatique du Conservatoire de Lausanne. «L’un des plus beaux jours de ma vie.»
2002 Premier spectacle professionnel, «Les bijoux de la Castafiore».
2003 Création du premier spectacle de la Compagnie Kbarré, «Tout le monde s’en FOU».
2005 Séjour de plusieurs mois en Californie. Découverte de la comédie musicale.
2008 Rencontre Jacqueline Corpataux, «une amie et une collaboratrice de théâtre inspirante».
2009 Création des Livreurs de mots avec Charlotte Reymondin et Bibliomedia.
2011 Premier d’une série de voyages à vélo reliant Vienne à Budapest.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.