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Le conseiller rollois est un «geek» de l’art contemporain

À 28 ans, Xavier Fischer s’est déjà fait un nom sur le marché de l’art. Il a monté sa propre entreprise qui conseille collectionneurs et investisseurs.

Olivier Vogelsang

Son goût de la collection viendrait-il de son grand-père, Edouard-Henri Fischer? Ce banquier, officier des Arts et des Lettres, était un grand bibliophile. Il possédait des manuscrits et des premières éditions de Verlaine, de Rimbaud, de Mallarmé… «Il nous emmenait, mon frère Alain-Edouard et moi, chez les libraires spécialisés. Mais, à mes yeux, la bibliophilie a quelque chose de fétichiste. Ces livres rares, on ne les lit pas, on les caresse avec des gants…»

Parmi eux, il y avait Yves Klein. Ses mono- chromes me paraissaient ridicules, et encore plus ridicules ses badigeon- nages de femmes nues rampant sur une feuille de papier.

C’est peut-être aussi à sa professeure de français au Collège Champittet, à Pully, que Xavier Fischer doit d’avoir découvert l’art contemporain. En effet, Dominique Revaz avait présenté à sa classe une vidéo sur les artistes d’après-guerre. «Parmi eux, il y avait Yves Klein. Ses monochromes me paraissaient ridicules, et encore plus ridicules ses badigeonnages de femmes nues rampant sur une feuille de papier.» Difficile d’imaginer que, dix ans plus tard, le jeune Rollois allait devenir art advisor, en d’autres termes conseiller de collectionneurs et d’investisseurs en art! À l’époque, il suit une formation scientifique. Son père avocat pense qu’il serait bon qu’il y ait un médecin dans la famille. Raté! «Bien que sceptique, j’ai tout de même eu la curiosité de «googler» Yves Klein. Et de recherche en recherche, je suis tombé sur les Nouveaux Réalistes, sur Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely… Contre toute attente, leur démarche m’a captivé.»

La preuve: sa maturité fédérale en poche, Xavier Fischer obtient un stage chez Christie’s, à Genève. Il y assiste Anne Lamunière, la spécialiste en art contemporain. Sa voie est désormais tracée. À l’Université de Lausanne, il choisit l’histoire de l’art et la littérature anglaise. «Dans le monde de l’art, il faut maîtriser l’anglais. Mais je ne me suis pas moins passionné pour l’anglais médiéval, celui de Chaucer, l’auteur des «Contes de Canterbury».» Suit un second stage, cette fois chez Cramer Mitterrand, à Genève, un important cabinet de conseil en art. «Je suis très reconnaissant à Edward Mitterrand et à Stéphanie Cramer de m’avoir ouvert leurs portes et de m’avoir permis de faire mes premières ventes.»

Départ pour Zurich, en 2015, où le jeune homme fait un Executive Master in Art Market Studies. Parallèlement, il se met à son compte à l’enseigne de Fischer Art Advisory. Son champ d’activité? Le conseil aux collectionneurs et aux investisseurs en matière d’art moderne et contemporain. Concrètement, ses clients lui confient un budget de 200 000 francs au moins. Aux collectionneurs, il fait des propositions d’achat en fonction des goûts des clients, du potentiel de l’artiste, voire des opportunités du marché. Pour les investisseurs, il achète sans nécessairement en référer à eux. Un de ses clients ne regarde même pas ses acquisitions. Elles partent directement pour les Ports Francs de Genève. Comme, dans ce cas, Xavier ne touche de commission que sur la plus-value réalisée lors de la revente, c’est lui qui décide de la remise sur le marché. Lorsqu’en revanche il achète pour un collectionneur, sa commission est calculée sur le prix d’achat.

Rapport de confiance

«Mon intérêt est évidemment que mes clients deviennent plus actifs en augmentant les sommes qu’ils consacrent à leurs acquisitions. J’en ai qui mettent à disposition des montants importants sur plusieurs années. L’essentiel, à mes yeux, est le rapport de confiance établi avec mes clients qui souvent deviennent des amis». C’est ainsi qu’il a pu leur procurer des artistes de haut vol tels Soulages, Basquiat, Hartung, Fontana, Chagall… voyages autour du monde à la clé. Xavier Fischer ne rate aucune des grandes foires de l’art, de la Fiac parisienne à Basel Miami en passant par Frieze Los Angeles. Johan Nauckhoff, de l’illustre Galerie Gagosian, à Genève, est impressionné par son dynamisme. «Nous échangeons beaucoup, plusieurs fois par semaine. L’art est au centre de sa vie. C’est un vrai passionné. Bien que très jeune, il est très érudit et très au fait de la dynamique du marché. Dans son activité, il fait montre d’audace. Il se fie à son intuition et va de l’avant. Il se fait confiance sans prendre pour autant de risques inconsidérés.»

De toute évidence, on ne peut reprocher à ce garçon spontané, expressif et drôle de ne s’intéresser qu’à l’aspect financier des choses. Confirmant ce que dit de lui son ami Johan, il se définit comme «geek de l’art». «Pour mes vacances, je choisis toujours des lieux où il y a des musées ou des galeries. C’est pourquoi j’aime skier à Saint-Moritz: il y a là d’excellentes galeries!» Il ne pourrait vivre avec quelqu’un qui ne partagerait pas sa passion. Lisa, son amie, finit, d’ailleurs, son bachelor en art à l’Université de Zurich.

Ses coups de cœur sont chez lui

L’avenir? Il se voit marié, avec des enfants. Entouré de ses proches, mais aussi de ses tableaux lorsque viendra la dernière heure! Car Xavier collectionne. «À plus petite échelle que mes clients… Lorsqu’ils achètent une grande toile que je leur recommande, je me contente d’un dessin. J’achète aussi, au coup de cœur, de jeunes artistes. Mais je n’ai rien aux Ports Francs. Tout est chez moi.»

Xavier préfère les tableaux avec lesquels on vit. Et les artistes que l’on peut côtoyer. À la demande de galeries zurichoises, il a monté deux expositions en tant que curateur. La seconde, «Was erzählt die Romandie?» (jusqu’au 12 octobre, chez Häusler Contemporary), réunit de nouveaux visages comme Denis Savary, Anne Rochat, Alfredo Aceto… «Xavier est très curieux, conclut Johan Nauckhoff. Il repère de jeunes artistes. Cette exposition est un excellent exemple de son talent de découvreur.»

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