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La conservatrice passionnée de paix aime l’histoire militaire

Adélaïde Zeyer, la première conservatrice du château de Morges et de ses musées, aime fouiller dans le passé pour mieux comprendre le présent.

«Je suis toujours fascinée par tous ceux qui nous ont précédés même si je suis très ancrée dans le présent», confie Adélaïde Zeyer.
«Je suis toujours fascinée par tous ceux qui nous ont précédés même si je suis très ancrée dans le présent», confie Adélaïde Zeyer.
CHANTAL DERVEY

Le château de Morges et son Musée militaire n’avaient jamais eu de conservateur puisqu’ils étaient administrés jusqu’en 2016 par le directeur de l’arsenal voisin. Choisir une femme venant de France, jeune qui plus est, pour inaugurer ce poste pourrait sembler étonnant. Mais quand on rencontre Adélaïde Zeyer, on comprend combien elle était faite pour cette place. La jeune Franco-Suisse aime la quête historique, plonger dans les documents comme un chien sur une piste. «Elle est tenace pour la bonne cause», avance le chef du Service de la sécurité civile et militaire à l’État de Vaud, Denis Froidevaux. «Je peux même être têtue», sourit l’intéressée sous sa chevelure de feu qu’elle ne dompte pas toujours. «J’ai une passion pour les faits et l’enquête, pour gratter la surface afin de découvrir la réalité derrière les histoires. Même si je sais que la vérité historique reste toujours en construction, un Graal pour nous autres historiens.»

Dans le même temps, la conservatrice n’a rien du rat de bibliothèque plongé dans des documents poussiéreux. Si sa personnalité flamboyante tranche avec son calme apparent, si sa voix douce contraste avec son débit rapide, elle garde les pieds sur terre et les yeux grands ouverts. «Elle est dynamique, ouverte, elle a une vision sur ce que doit être un musée aujourd’hui, admire Pascal Pouly, son adjoint, en place depuis 1986. Elle sait ce qu’elle veut mais elle fait participer toute l’équipe aux processus.» Les premières recherches historiques de celle que sa mère avait prénommée Marie-Adélaïde («elle tenait la forme, ce jour-là») ont concerné sa propre famille puisque son père – né juste après la Première Guerre mondiale d’un Suisse et d’une Alsacienne – n’a jamais eu d’acte de naissance ni de baptême. Les grands-parents d’Adélaïde étaient agents secrets, sa grand-mère placée à la Kommandantur de Besançon, faisant tamponner des laissez-passer pour des centaines de Juifs pendant la Seconde Guerre. «Peut-être que mon père, médecin, était lui aussi dans le renseignement. En tout cas, il avait hébergé lui-même des Juifs.» C’est ce père qui lui a transmis son goût pour ses racines suisses, lucernoises même. «Une légende prétend que nos ancêtres avaient participé à la bataille de Sempach. J’ai voulu vérifier. En tout cas, j’ai trouvé que leur maison était à 500 m du champ de bataille.» Cette passion du document, et, déjà, des faits militaires. «Comme historienne, les guerres ont toujours été très intéressantes à étudier. Elles font partie intégrante de l’histoire des pays. Même si les historiens, aujourd’hui, voient heureusement plus large que les grandes dates et les grandes batailles.» Elle sourit en racontant qu’un soir de portes ouvertes au château, un visiteur, fasciné par une armure, lui lance: «Vous savez, je suis pacifiste.» Elle lui répond: «Moi aussi mais j’ai une vision anthropologique de ces événements.» Neutralité défensive Dès qu’on la branche sur le sujet, elle démarre au quart de tour: «Je suis toujours fascinée par tous ceux qui nous ont précédés même si je suis très ancrée dans le présent.» La preuve? Cette mère de famille chaleureuse aime beaucoup jouer à des jeux vidéo, dont Assassin’s Creed, évidemment. «Aujourd’hui, entre le château et mes enfants, je n’ai plus le temps.» L’ancienne Franc-Comtoise avait très envie de revenir en Suisse avec son compagnon. «Ce pays a une histoire méconnue mais passionnante.» Quand on visite avec elle la section des combattants suisses à l’étranger, elle décrit chaque uniforme, l’importance économique mais aussi politique de ces mercenaires pour les cantons de l’époque. «Bien sûr, cela fait bizarre d’avoir un musée militaire dans un pays neutre. Mais la neutralité est aussi possible grâce à l’armée, qui est garante de la sécurité et de la défense. Je trouve important d’expliquer à une population pacifiée comment cette neutralité s’est construite, quel trésor inestimable est la paix.» La jeune femme aime transmettre, dialoguer, débattre. «Nous voulions quelqu’un qui soit une interface avec la population civile, explique Denis Froidevaux. Je crois que c’est réussi.» La conservatrice s’est en effet vite acclimatée à son nouveau pays, elle qui vit dans un appartement au sein même de l’arsenal voisin. «Le premier jour, mon adjoint m’a dit qu’il voulait organiser une verrée au carnotzet avec des flûtes, je n’ai rien compris.» «Elle s’est très vite intégrée ensuite», affirme Pascal Pouly. Des projets plein la tête La nouvelle conservatrice a déjà commencé à remodeler et à moderniser les espaces du château, à y offrir un espace plus conséquent pour des expositions temporaires. La prochaine s’interrogera sur les armes et les armures dans le cinéma fantastique. «Bien sûr, on s’éloigne de l’histoire pure mais je veux faire venir tout le monde dans ce château, et faire comprendre aux Morgiens que cet espace est le leur.» Open air de cinéma dans la cour ou marché de Noël font donc partie de la démarche. «Pour avoir travaillé huit ans à Strasbourg, je peux l’avouer: j’adore l’ambiance des marchés de Noël.» Et le château participe pour la première fois à Pâkomuzé. Cette adepte de nature, de marche, de randonnée et de vélo s’intéresse à tout. C’est d’ailleurs comme cela qu’elle a rencontré son mari physicien, qui lui-même se passionnait d’histoire. Dans son programme, la refonte de la section des figurines, une expo sur le château lui-même et ses relations avec la Savoie, puis l’histoire des femmes dans le fait militaire. Plein de projets et un seul regret: «Ne plus pouvoir faire assez de recherche.» www.chateau-morges.ch «Fantastique! Armes et armures dans les mondes imaginaires» dès le 27 avril www.pakomuze.ch Animations et ateliers dans tout le canton dès le 30 mars. Je suis toujours fascinée par tous ceux qui nous ont précédés même si je suis très ancrée dans le présent

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