Un «contemporain du futur» au chevet de «La Planète bleue»

Remercié par Couleur 3 après 22 ans de collaboration, Yves Blanc, l’auteur de l’émission culte, a signé le retour de celle-ci sur quatre radios libres.

Yves Blanc continue à ouvrager son émission «La Planète bleue» pour des radios libres.

Yves Blanc continue à ouvrager son émission «La Planète bleue» pour des radios libres. Image: FLORIAN CELLA

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«Prochain départ pour la Terre, plus tard, plus loin, peut-être…» Chaque semaine pendant près d’un quart de siècle, Yves Blanc a pris congé de ses fidèles auditeurs avec cette énigmatique formule de fin. Sa voix, à la fois ténébreuse et murmurée, est devenue la griffe d’une émission culte: La Planète bleue. Ovni radiophonique, le programme a connu 945 numéros sur les ondes de Couleur 3. En juin dernier, la chaîne publique a pourtant tiré la prise.

En quelques jours, Yves Blanc a reçu des milliers de courriers. «C’était un tsunami, image le Grenoblois, dans sa cuisine, appuyé contre le plan de travail. Je ne les ai pas tous lus. C’est impossible.» Son regard se perd alors dans le vide, comme si les innombrables messages de soutien défilaient à nouveau sous ses yeux. L’émotion lui noue la gorge lorsqu’il en évoque quelques-uns, un café encore fumant entre les mains.

«Un auditeur, qui perd l’ouïe de manière inéluctable, m’a raconté ce que représentait pour lui le fait d’écouter les sons et musiques de l’émission avec son appareillage.» Après une petite pause, il poursuit: «Une auditrice allemande a eu cette formule: «C’est comme si un amour que je n’ai pas encore connu venait de me quitter.» C’est vertigineux. Pendant quelques jours, j’ai envisagé d’arrêter l’émission. Mais je ne pouvais pas tout plaquer. Je me devais de continuer pour mes auditeurs.»

«J’ai l’impression qu’on est sur une autoroute, lancé à vive allure, et qu’on a les yeux rivés sur le rétroviseur»

A la rentrée, La Planète bleue est revenue pour un 946e numéro sur quatre radios libres: la Jurassienne GRRIF, la Genevoise Radio Vostok et deux stations de France voisine, Radio Meuh et Ellébore. «Tout le monde est très enthousiaste, confie tout sourire l’homme de radio. Il y a comme un foutoir créatif, une émulation. J’adore ça.»

L’émission devient mensuelle et passe de 60 à 90 minutes. Mais le fond reste par contre le même. L’habillage méticuleux, mêlant sons et extraits de films, sert de fil rouge à un télescopage constant entre musiques primitives, électroniques et expérimentales. Les morceaux sont trouvés aux quatre coins du monde, de l’Equateur à Zurich en passant par le Wyoming, Tokyo et le Niger. Le journaliste y intègre des sujets en lien avec le futur (recherche, nouvelles technologies, écologie, etc…)

Présenter une autre vision du monde

«Il faut faire très différent et très bien. J’ai toujours cherché à écrire la radio autrement, à présenter une autre vision du monde. La clé, c’est d’être tout le temps ambitieux. Plein d’auditeurs pensent que «La Planète bleue» est une boîte de production. Je reçois régulièrement des postulations spontanées de stagiaires. Je fais tout, tout seul; la rédaction, l’animation, la programmation musicale, les recherches, même les cafés.»

Yves Blanc est un stakhanoviste, enchaînant des semaines de 100 heures. En plus de l’émission, il travaille pour la presse écrite, réalise des disques et écrit des livres. «C’est très compliqué de ralentir mon rythme de travail. J’espère que bientôt, ça va se calmer un peu. Mais ça fait des années que je dis ça. Quand l’émission aura pris son rythme mensuel, j’aurai peut-être la chance de pouvoir voyager à nouveau.»

Amoureux des balades dans le Vercors

A la veille de la diffusion de ce nouveau numéro, il nous a reçus dans son «chalet numérique», où il réalise l’émission depuis son départ de Paris à la fin des années 90. La discussion continue dans le salon. Par la baie vitrée, les méandres boisés du Vercors se prolongent jusqu’à l’horizon. La brume de ce matin de septembre donne au paysage un air de bout du monde.

«Je sors tous les jours dans la nature. A une époque, j’écoutais beaucoup de morceaux avec un casque ouvert. Des sons de la nature – un ruisseau, le vent, les animaux – se mélangeaient constamment avec la musique et le bruit de mes pas. Un nouveau mix se créait ainsi naturellement, au sens propre du terme. C’est génial d’aller se balader dans le Vercors en écoutant des chants palestiniens ou de l’electronica chinoise.»

Une imposante bibliothèque occupe le mur du fond. Sur le canapé et son bureau, des dizaines de livres, de disques, de revues sont éparpillés. «J’en ai tellement que la maison est en train de s’enfoncer peu à peu dans le sol», explique Yves Blanc, comme pour s’excuser. Tous ces documents touchent, de près ou de loin, au futur et à la nature.

Durant son cursus universitaire à Grenoble, Yves Blanc a choisi d’allier philosophie et mathématiques. «J’avais trouvé des analogies entre ces deux domaines. S’intéresser plus à l’avenir qu’au passé. C’est quelque chose qui m’a toujours intrigué, gamin déjà. Je suis un «contemporain du futur». C’est une formule créée par Jacques Bergier et Louis Pauwels dans Le matin des magiciens. Au beau milieu du bouquin, il y a ces trois mots. Je m’y suis tout de suite reconnu. Comment se fait-il qu’on soit si passionné par notre passé? Je ne milite pas du tout pour qu’on l’oublie, mais le futur, c’est là où l’on va a priori passer le restant de nos jours. Alors qu’on vit à un rythme effréné, ce passéisme devient de plus en plus incongru. J’ai l’impression qu’on est sur une autoroute, lancé à vive allure, et qu’on a les yeux rivés sur le rétroviseur. On a vu les panneaux qui annonçaient la fin de la route mais on continue sans rien changer.»

Cet été, Yves Blanc a publié un livre qui retrace l’aventure de La Planète bleue, chez Georg. L’ouvrage dévoile les coulisses de l’émission et ses secrets de fabrication. Au fil des 440 pages, on croise les personnalités, chercheurs et autres artistes qui ont jalonné ces 945 épisodes. «Ce livre est le fruit de quatre ans de travail. On est déjà en rupture de stock. La réimpression va être lancée ces prochains jours.» Des illustrations inédites, signées par Moebius, Bilal, Cosey ou Mix & Remix entre autres, donnent corps à cette émission qui a longtemps donné à entendre l’ineffable.

«Prochain départ pour la Terre, plus tard, plus loin, peut-être…»

(24 heures)

Créé: 11.09.2017, 12h54

Un livre et une conférence

La Planète bleue, le livre
Yves Blanc, préface de Martin Meissonnier, Georg Editeur, 440 p.


Conférence, Fnac Rive Genève, samedi 7 octobre (15 h).

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