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A contre-courant, il crée son propre courant

Guillaume Hersperger, pianiste discret, offre un tremplin de rêve aux jeunes interprètes, dès vendredi à Pully.

Guillaume Hesperger, pianiste et fondateur du Week-End Musical de Pully.
Guillaume Hesperger, pianiste et fondateur du Week-End Musical de Pully.
Vanessa Cardoso

La figure du pianiste classique regroupe une quantité de profils qui vont, à l’extrême, du soliste virtuose, flamboyant et égocentrique façon Lang Lang, à l’accompagnateur falot, immortalisé par Igor Wagner, le larbin de la Castafiore. Professeur de piano à l’Ecole de musique de Pully et accompagnateur à l’HEMU, Guillaume Hersperger aurait pu se fondre dans ce second rôle effacé. Il n’hésite pas à s’identifier au Vaudois qui n’aime pas se mettre en avant. Avec ses petits yeux cachés derrière des lunettes et son sourire un peu maladroit, le quadragénaire serait même l’archétype du pédagogue entièrement dévoué à ses élèves, quand il affirme: «Leur réussite est la mienne. A vrai dire, le goût pour l’enseignement m’est venu en le pratiquant. Aujourd’hui, c’est le point central de ma vie, presque plus que d’être sur scène.» N’a-t-il pas fondé le Week-End Musical de Pully, le WEMP, précisément pour mettre en lumière les jeunes talents d’ici?

Mais si l’on reste sur cette première impression, on serait loin de la vérité. A commencer par l’importance de la passion dévorante pour le piano, qui l’a fait tôt choisir l’instrument. Elève en 1989 de la première volée des gymnasiens dans la filière sport et musique, Guillaume Hersperger a même interrompu son parcours pour pouvoir se dédier entièrement au piano. Avec toutefois un sacré défi pour trouver sa voie: «Je suis entré à 13 ans chez Christian Favre au Conservatoire de Lausanne. A l’époque, dans sa classe, il y avait Cédric Pescia, Christian Chamorel, Virginie Falquet… Ce n’était pas facile d’y faire sa place. Je me suis senti plus à l’aise en musique de chambre que comme soliste.» Dans une famille où ses trois frères et sœurs étaient souffleurs, il était l’accompagnateur tout désigné. «Après ma virtuosité, j’ai d’ailleurs continué les études chez Ulrich Koella pour travailler le répertoire du lied.»

Duo familial

Le lied et la mélodie, il les pratique régulièrement avec son frère Etienne, de 3 ans son cadet, devenu chanteur après des études de basson. A l’image d’une programmation qui fait la part belle aux familles de musiciens, le duo Hersperger sera sur la scène du WEMP dans un exercice d’intimité et d’intensité autour de Robert Schumann, Franz Schubert et Wolfgang Rihm. «Guillaume aime énormément l’accompagnement, détaille son frère. Et la période romantique colle bien à son caractère tourmenté.» Le baryton-basse se souvient qu’à l’adolescence ils s’engueulaient souvent, mais que leur proximité est aujourd’hui devenue un atout: «Je sais que je peux me reposer sur lui, on n’a pas besoin de se parler. Et il ne se gêne pas d’entrer dans la matière musicale comme un sculpteur ou un peintre, à grands traits.»

A l’évidence, son jeu pianistique n’a rien de tiède, comme en témoigne le contrebassiste Marc-Antoine Bonanomi. «Il est arrivé dans ma classe comme accompagnateur et son côté austère a d’abord surpris, mais j’ai senti qu’il pouvait vraiment jouer à parts égales. Il sait mettre du relief dans un programme.» S’il y en a une, la méthode Hersperger consisterait en somme à s’imposer sans se mettre en avant, à transmettre presque sans mot dire, à accompagner au sens fort, c’est-à-dire en osant montrer la voie et valoriser le partenaire au service exclusif de la musique.

Moniteur de Võ-Viêtnam

Le contrebassiste de l’Orchestre de Chambre de Lausanne a aussi découvert une facette insoupçonnée du personnage, en inscrivant ses deux fils au club de Võ-Viêtnam de Pully. Le pianiste y est non seulement moniteur de la section juniors, mais aussi membre actif de la commission technique nationale de cet art martial méconnu (environ 600 pratiquants en Suisse). «Je n’imaginais pas Guillaume dans ce rôle, reconnaît le contrebassiste. Il est vraiment à l’aise avec les ados, avec une autorité naturelle, sans forcer. C’est discipliné, mais il insuffle une dynamique de groupe très sympathique.» Le pianiste a toujours aimé le sport. Il a même été un temps le porte-drapeau fervent du Lausanne-Sport.

Tombé un peu par hasard dans le Võ-Viêtnam, il en apprécie l’authenticité, le côté très physique, le respect et surtout l’absence de compétition et de hiérarchie. Comme un antidote au climat très concurrentiel de monde musical? «Je déplore cet aspect, mais je ne m’en préoccupe pas, car je suis bien où je suis. Le Võ-Viêtnam répond à un besoin d’équilibre. Il permet aussi de développer notre capacité d’adaptation en situation inattendue. C’est très utile en musique pour apprendre à être pleinement dans le feu de l’action.» Comme pour tout ce qui le passionne, Guillaume Hersperger s’investit à fond. «Si on veut arriver à un résultat, il faut pratiquer pendant des années, j’ai même fait plusieurs séjours au Vietnam. Je suis sans doute à contre-courant, mais je trouve que trop de gens font du grignotage.»

A contre-courant. Cette formule revient souvent dans la bouche de Guillaume Hersperger. Pour refuser la compétition généralisée, pour défendre les artistes d’ici et encourager la pratique musicale pour tous durant l’enfance, pour lutter contre le zapping. Mais avec cette opiniâtreté à faire les choses lui-même, dans son art martial discret comme en musique classique, il arrive mine de rien à motiver des dizaines de jeunes, à remplir des salles, à construire une alchimie qui fonctionne. Bref, à créer son propre courant.

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