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Les cupcakes, l’écologie et le portrait de Martin Luther

La comédienne vaudoise se révèle dans «Painting Luther». Conteuse, elle aime le théâtre qui s’engage

Odile Meylan

Son paillasson est joyeux, coloré, et sa porte d’entrée ornée d’un «Bienvenue chez les Bussy». On sonne, elle ouvre instantanément, comme si elle attendait impatiemment notre arrivée. Pimpante, légèrement maquillée, la comédienne de 26 ans nous accueille dans l’intimité de son appartement niché dans un des plus beaux quartiers de Prilly. L’interview se fera dans son petit salon personnel – «c’est ici que je travaille» –, décoré de meubles anciens, d’une bibliothèque dans laquelle quelques romans côtoient beaucoup de DVD, des séries pour la plupart. Un gros chat slalome entre ses jambes puis disparaît. C’est Monsieur Le Chat, un clin d’œil à Diamant sur canapé. «J’adore ce film. C’est mon côté fleur bleue.» Une odeur chaude de brioche et de cannelle embaume la pièce: «Je vous attendais, alors j’ai fait des cupcakes. Vous aimez j’espère. Cette interview me stresse un peu. Pourquoi moi?»

C’est que Giliane Bussy est aussi Giulietta. Depuis le mois de mars, elle balade de temple en temple ce personnage de jeune peintre bien de son temps qui vit en copiant les grandes œuvres des peintres italiens. Un jour, un pasteur lui commande le fameux tableau de Cranach représentant Martin Luther. Tout se déroule normalement, jusqu’au moment où son Luther «sort» du tableau pour lui parler de la Réforme. Écrit par Jean Nagel et mis en scène par Jean Chollet, Painting Luther est un dialogue entre deux personnages séparés par cinq siècles, qui rencontre actuellement un succès en Suisse romande, auprès de la communauté protestante, mais pas seulement.

«Je ne connaissais pas grand-chose à Luther»

«Je viens d’une famille protestante, je me suis mariée dans un temple, mais je ne connaissais pas grand-chose à Luther, ni au luthéranisme; un peu comme Giulietta. Avec beaucoup d’humour, la pièce évoque des choses qui peuvent sembler désuètes, elle pose des questions sur comment vivre la Réforme en 2017. J’aime quand le théâtre sert à quelque chose. Quand il y a un engagement.» Bavarde mais structurée, petits yeux éblouis, solaires dedans et autour, Giliane Bussy se dévoile sans se décrier. Elle se révèle gaie, vive, joueuse, s’analysant sans peur même si elle confesse ne pas adorer l’exercice.

Trois fois, elle dira: «Ce n’est pas si facile de parler de soi. Vous formulerez bien ce que je vous raconte, j’ai l’impression d’être présomptueuse, je déteste ça!» Giliane Bussy n’est ni la fille de ni le produit d’un conservatoire prestigieux. «Je suis la cadette de quatre enfants, la petite choyée capricieuse.» Elle ne s’étale pas sur son enfance qu’elle décrit comme «normale et parfaite»: ses frères et sœurs vivent tous en Suisse romande, ses parents sont profs, on n’en saura pas plus. Elle évoque tout de même la figure de son grand-père, le philosophe-musicien vaudois Jean-Claude Piguet, décédé en 2000.

La claque du théâtre

Môme, elle joue du saxophone, participe sans trop y croire à l’école. Les cours l’ennuient, mais elle est bonne élève. Aujourd’hui, elle dit regretter d’avoir choisi la voie du gymnase plutôt que celle d’un apprentissage, mais elle revient volontiers sur ces années où l’on devient doucement adulte, sans s’en apercevoir. Elle suit des cours d’improvisation théâtrale quand, un jour, la Compagnie du Caméléon fait une escale dans son école. L’évidence lui claque au visage: elle veut jouer, «faire ça, de la scène». Le cap est donné: impro durant dix ans puis Paris, où elle s’inscrit dans une école après le bac, avec l’idée d’y rester peut-être pour toujours. «J’étais en pleine crise de confiance, je ne connaissais personne, je suis partie avec mon petit sac à dos dans un appartement minuscule à Odéon. Je passais mes week-ends à regarder depuis ma fenêtre les gens qui faisaient la fête. Je me suis sentie très seule au milieu de plein de monde.»

Une année défile, la Suisse lui manque. Elle passe «pour voir» les auditions de l’école des Teintureries, elle est prise. C’est là qu’elle rencontrera Séverin, celui qui en 2015 devient son mari. Ensemble, ils rejoignent la fameuse Cie du Caméléon. «Je voulais absolument en faire partie. Cette compagnie a la particularité d’ouvrir le débat et de permettre aux spectateurs, enfants comme adultes, de devenir les acteurs de leur propre vie.» C’est ce que Giliane fait au quotidien. Fraîchement végétarienne, elle est très sensible aux questions liées à l’écologie. Féministe, mais pas au sens militant, elle croit à l’égalité, valeur qu’elle partage dans son foyer, où il n’y a pas de rôles prédéfinis. Enfin, elle a décidé de ne plus s’énerver pour rien. Les heures de yoga passées sur YouTube sont d’une aide précieuse.

Hypercurieuse, ouverte aux propositions de scène, elle se cherche encore, toujours. En plus de la tournée de Painting Luther, elle joue dans une autre pièce de Jean Chollet, Le blues de la tortue, qui traite de violence conjugale. Elle est aussi conteuse pour la Lanterne Magique et La Petite Lanterne, ainsi que pour la compagnie qu’elle a créée, Les Ginettes, à l’affiche avec le spectacle La princesse aux petits pets. Ce projet pour enfants dès 4 ans écrit par sa sœur, Mélina Besençon, et mis en scène par son mari, lui «tient très à cœur». Le théâtre jeune public, son créneau? «J’aime brouiller les pistes, ne pas me cantonner à un genre. J’aimerais continuer à vivre de théâtre, car dans ce métier on n’impose rien et rien n’est faux! Je me sens libre, libre de vivre ma vie rêvée.»

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Painting Luther Me 15, grande salle de Carrouge; di 19, temple de Chexbres; je 30 et di 3 déc., Espace culturel des Terreaux, Lausanne.

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