Derrière le dirigeant se cache un vrai bon vivant

La rencontreThomas Bach, président du CIO, s’est livré à une rare interview au ton léger, où il est question d’humour, de jeunesse et de son amour pour Lausanne.

Image: Florian Cella

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Comme on pouvait l’imaginer, le bureau présidentiel de la nouvelle Maison olympique de Vidy est vaste et lumineux. «Installez-vous, je vous en prie. Regardez la vue que j’ai: le lac, bien évidemment, mais aussi beaucoup de Lausannoises et de Lausannois qui courent, d’enfants qui s’amusent avec leurs parents à la place de jeux. J’ai une vue sur la vie et cette population locale aussi jeune qu’active.»

Malgré un agenda surchargé — «Je viens de trouver une petite place pour une réunion importante en… septembre 2020» — Thomas Bach prend le temps de mettre son hôte à l’aise. Quand il n’est pas derrière un micro, s’adressant à une foule, il manie très volontiers l’humour. «Le protocole, c’est très important, mais pas tout le temps», glisse-t-il avant de s’accorder quelques jours de repos pour les Fêtes avant la grande fête du sport et de la jeunesse que sont les JOJ Lausanne 2020.

Thomas Bach, quel genre de jeune homme étiez-vous?
C’est assez difficile de se juger soi-même, mais j’étais un garçon fou de sport! Je n’étais pas un bagarreur, mais je passais mes journées dans la rue à… jouer au foot. Partout et tout le temps. J’ai eu de la chance, à l’époque on ne parlait pas trop d’hyperactivité, sinon je pense que j’aurais fini chez le médecin (rires)! J’ai eu une jeunesse formidable. Mes parents m’ont toujours fait confiance, tant que je ne sortais pas trop du cadre. À l’école ça se passait bien, même si je n’aimais pas trop travailler. Je préférais passer mon temps avec mes amis et un ballon.

Vous étiez donc un enfant sociable qui aimait être en groupe?
Oui! On se retrouvait toujours au foot et je faisais partie du noyau dur. Mais si je vous explique à quels postes j’ai joué, les experts en football risquent de tirer quelques conclusions… Bon, allez, je vous dis quand même: soit gardien, soit ailier gauche.

Mais alors comment êtes-vous passé du football à l’escrime?
Complètement contre mon gré! Mes parents voulaient trouver un moyen de canaliser mon énergie. Ils m’ont proposé de rejoindre un club de sport. Pour moi, à cette époque, seul le foot comptait. Alors, quand ils ont dit qu’ils jugeaient le club de football local inadapté, je me suis fermement opposé à toute autre alternative. Tout comme j’avais résisté, quelque temps auparavant, à leur volonté de me mettre à la garderie. J’avais fait un pas dans leur sens en acceptant d’y aller au moins une fois. Mais après une tentative d’une demi-journée, je n’y suis plus jamais retourné!

Vous étiez un vrai négociateur en culottes courtes!
Mais je n’ai pas négocié du tout: c’est moi qui ai pris la décision! En ce qui concerne le sport, mes parents sont revenus à la charge. Ils m’ont parlé d’un club d’escrime qui proposait aussi un bon entraînement général, qui pouvait aussi me servir pour le football. Et là, j’ai fait la grande erreur de les croire! J’avais 6ans. Et ce qui m’a fait rester, c’est que j’y ai trouvé un entraîneur vraiment très charismatique.

L’escrime, un sport où il faut être deux pour que ce soit beau…
Surtout un sport où il faut savoir se mettre à la place de l’autre. C’est comme un dialogue, au final. Et surtout une excellente école de vie.

Un sport à la base individuel, mais c’est avec l’équipe de fleuret de RFA que vous avez décroché l’or olympique à Montréal.
Depuis le début, mes performances ont toujours été meilleures par équipe qu’en individuel. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je ressentais une certaine responsabilité de bien faire pour les autres.

Adolescent, vous auriez été assez bon pour vous qualifier pour les Jeux olympiques de la jeunesse s’ils avaient existé?
Bien sûr. J’ai commencé tôt et j’ai vite progressé. Adolescent, j’étais champion national junior. J’aurais adoré prendre part à des JOJ! Pour nous, le top était les Mondiaux junior. Mais les Jeux olympiques des jeunes, ça aurait été encore mieux!

On vous voit souvent entouré d’enfants, très à l’aise, en train de plaisanter. Vous semblez adorer le contact des jeunes. C’est plus drôle que les réunions de commissions exécutives, non?
(Il éclate de rire) Vous avez raison! Les échanges sont plus directs. J’aime le contact avec les autres de manière générale et j’adore échanger avec les jeunes.

C’est lequel, le vrai Thomas Bach? Le dirigeant ferme et charismatique ou l’amateur de bonnes blagues proche des gens?
En tant que président, on doit savoir parfois être un peu plus sérieux que dans la vie de tous les jours. Avec les enfants, je peux être moi-même. Ils apprécient cela. Les jeunes savent reconnaître si on est authentique ou si on joue un rôle.

Et comme vous êtes le président du CIO, ils vous écoutent plus volontiers?
Ça, je ne sais pas... Il arrive très souvent qu’ils ne sachent pas qui je suis, donc si on s’entend, c’est un simple échange humain. L’autre jour je rentrais de la fête d’arrivée de la flamme des JOJ ici à Vidy. Je rentrais à pied depuis le stade Pierre de Coubertin et j’ai rencontré un groupe d’une quinzaine de jeunes. Je leur ai demandé: «Alors, ça vous a plu?», et la réponse a été: «On ne sait pas trop qui a parlé, mais au moins ça n’a pas duré trop longtemps!» (rires). C’était le début d’une chouette conversation, mais ils n’avaient aucune idée de qui j’étais.

Vous dites que vous regrettez de ne pas avoir assez de temps pour faire du sport. Mais si on vous apporte un ballon de foot, vous arrivez à résister?
Impossible! Même si en général on me propose plutôt une séance d’escrime. Mais si j’aperçois un ballon, je me mêle immédiatement à la partie!

Créé: 04.01.2020, 12h55

«Lausanne, c’est ma maison»

Ici, c’est la Maison olympique, mais Lausanne, c’est un peu la maison pour vous et Madame Bach?Ah oui! Pas seulement un peu. Lausanne, c’est ma maison. J’aime y revenir à chaque retour de mes nombreux voyages. Nous sommes vraiment ravis de l’atmosphère qui règne ici. Je vais recommencer à parler de la jeunesse, mais ici on a une population très jeune et très active. Quand je me promène le samedi au marché, je croise plein de petits, des jeunes parents, et ça me maintient en forme. Bon, ça ne suffit pas. Si j’ai une petite journée de libre, j’aime aller en montagne. L’effort sportif me manque. Et j’ai constaté que je suis en bonne forme, alors je suis content!

On parle souvent de la tranquillité de la région, mais du 9 au 22 janvier, vos jeunes voisins vont pas mal faire la fête, vous savez?Ça tombe bien. Moi, je n’aime pas trop la tranquillité. La vie, il faut que ça bouge. Je n’ai jamais compris les gens qui se plaignent du bruit des enfants. En Allemagne, quand j’étais président du comité national olympique, il y avait une loi qui limitait les émissions sonores. Et je trouvais inadmissible de comparer le bruit d’une place de jeux, d’un terrain de sport ou d’une cour d’école avec le bruit d’une usine.

Au CIO, on parle beaucoup d’héritage. Ce bâtiment est magnifique, mais ce qu’on laisse aux générations futures passe aussi par une autre forme de transmission...Oui. Si, après les JOJ 2020, les bénévoles, les sportifs et les membres du public se sentent comme des membres à part entière d’une même communauté globale, basée sur des valeurs de respect, de tolérance et d’excellence, alors le but sera atteint.

On peut donc dire que le baron de Coubertin n’a pas trop mal choisi, en décidant d’implanter le CIO à Lausanne?Oh oui! De temps en temps je vais le voir dans le jardin pour lui demander s’il est satisfait de notre travail concernant son héritage. Et il me répond! La dernière fois, il affichait même un grand sourire!

Bio Express

1953 Il voit le jour le 29 décembre à Würzburg (All).

1959 Commence l’escrime à l’âge de 6ans, alors que son cœur ne bat que pour le football.

1973 Après une scolarité sans soucis, il étudie le droit (jusqu’au doctorat) à l’Université de Würzburg.

1976 Devient champion olympique d’escrime avec l’équipe masculine de fleuret de RFA aux Jeux de Montréal. Ils seront aussi champions du monde en 1976 (également à Montréal) et en 1977 (à Buenos Aires).

1981 Élu porte-parole des athlètes au congrès du CIO de Baden-Baden (All.).
1982 Fonde son propre cabinet d’avocats.

1985 Occupe pendant deux ans le poste de directeur de la promotion chez Adidas.

1991 Devient membre du CIO. Il en occupera le poste de vice-président de 2006 à 2013.

1994 Président de la chambre d'appel du Tribunal arbitral du sport (TAS) pendant 19 ans.

2010 Président du Comité olympique allemand.

2013 Succède à Jacques Rogge comme président du Comité international olympique.

T. C.

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