Le designer de Saint-Saphorin qui a lancé sa marque avec OrelSan

PortraitCréateur de la marque Avnier, Sébastian Strappazzon taille des fringues à succès dans la nostalgie et le bitume avec le rappeur français.

Sébastian Strappazzon, avec les modèles d'une future collection de sa marque Avnier.

Sébastian Strappazzon, avec les modèles d'une future collection de sa marque Avnier. Image: Odile Meylan

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Sébastian Strappazzon porte ses idées de la tête aux pieds. Des lignes siglées Avnier, aussi efficaces sur son dos que pour habiller un C.V. La marque de vêtements du designer vaudois, lancée en 2014 avec le rappeur français OrelSan, connaît un succès exponentiel. «Ce qui m’arrive est complètement dingue. Avant, j’étais plus tourmenté, mais maintenant j’ai l’impression de m’amuser», observe-t-il. Il lui a en effet fallu pas mal de fierté bien placée pour en arriver là, à prendre la pose, dans sa maison de Saint-Saphorin, avec les modèles d’une nouvelle collection.

«Je n’ai pas fait d’études, j’étais un peu perdu, à gauche à droite. J’étais en classe de développement puis en option, c’était impossible de faire plus bas. À ce niveau-là, personne ne croit en toi, alors tu fonctionnes avec la rage positive, tu veux prouver.» L’époque est tumultueuse, mais il rencontre des «gens formidables qui font connerie sur connerie» et découvre un terrain de jeu aussi vaste que miné: la rue. «Il s’y passait toujours plein de choses, c’est mon ADN, ce que je connais, voilà pourquoi je fais du streetwear.»

«À la base, je voulais être graphiste. Mais on m’a expliqué que ce serait compliqué et on m’a orienté vers le métier de plâtrier peintre»

«Par contre, ce n’est pas une culture qu’il étale sans cesse, il reste plutôt pudique, observe l’illustratrice lausannoise Louiza Becquelin, qui le connaît depuis plusieurs années. À sa place, beaucoup pourraient insister sur le côté ghetto-prolo mais il a la finesse de ne pas le faire. Il vient de ce milieu, il n’a pas besoin d’en jouer.» Plutôt que de tartiner au bitume, l’homme sait saupoudrer. «La marque Avnier est inspirée d’une nostalgie des codes de la rue, les références ne sont pas les mêmes qu’à l’époque d’Alias One.»

Car le designer n’en est pas à son coup d’essai. Il s’était fait connaître en lançant une première marque, Alias One donc, en 1999. «À la base, je voulais être graphiste. Mais on m’a expliqué que ce serait compliqué et on m’a orienté vers le métier de plâtrier peintre.» En parallèle de son apprentissage, le jeune homme n’abandonne pas le dessin. Un jour, il décide d’investir ses 250 francs d’économie dans une vingtaine de T-shirts qu’il fait sérigraphier. «Je ne voyais tellement pas le côté business que je les donnais. Finalement, un magasin a repéré la marque, m’en a pris quelques-uns et a tout vendu en une semaine. Là j’ai compris.» Alias One commence alors à habiller des rappeurs français connus, comme Sinik ou Casey. «On allait vendre dans les cités, en France, à l’arrache. On ouvrait le coffre des voitures et tout le stock partait.»

Depuis, le rap et la culture urbaine ont pris une autre dimension dans la société et le designer a su surfer la vague. «Le streetwear est devenu la norme, c’est ma chance. Je peux faire du textile pour tout le monde.» Et Louiza Becquelin de souligner: «Il a réussi à faire quelque chose d’élégant dans ce domaine et a touché un public varié tout en restant pointu, notamment dans les coupes.»

«Du streetwear à Saint-Saphorin»

S’il estime que sa griffe n’a évolué que «subtilement» depuis le début, son mode de vie a radicalement changé par rapport à ses années adolescentes à Morges. «Je fais du streetwear en vivant à Saint-Saphorin! J’ai perdu de vue des potes d’enfance, mais je suis dans un autre environnement désormais. Je vais pêcher, je fais des travaux dans ma maison, c’est un contexte beaucoup plus serein. Je suis bien ici avec ma copine, et logiquement on y restera à vie. Voilà, j’ai l’impression que tout est en train de s’aligner et que j’ai atteint mes objectifs.»

«C’est un bel exemple en matière de travail, souligne son ami, le graphiste et illustrateur Mathias Forbach. C’est assez fascinant de voir qu’il est possible de réussir avec un parcours différent de celui que la société veut nous imposer.» Un parcours au forceps, avec quelques coups de freins mais aussi un gros crash. C’était en 2001, lors d’une compétition de BMX. Un grave accident après lequel il pensait ne plus pouvoir marcher normalement. Après quatre ans de rééducation, il s’en relève mais arrête les compétitions. «Dans le BMX aussi j’ai réussi car j’étais un peu rejeté. On me traitait de fille parce que j’avais les cheveux longs.» Alors il s’entraîne un peu plus que les autres, jusqu’à devenir vice-champion de Suisse. «J’avais commencé comme plein de jeunes dans les années 80. Je vivais à Delémont et pour épater la galerie il fallait faire quelque chose. Comme je rêvais d’être cascadeur, j’ai fait du BMX.»

«Un trait d’esprit assez fou»

Ils s’en rendront compte bien plus tard, mais Sébastian Strappazzon et son désormais associé OrelSan se croisent déjà à cette époque, dans le petit monde du BMX. La suite? Le designer, fan du rappeur, lui proposera de jeter un œil à ses fringues Alias One. Le chanteur finira par les porter au Grand Journal sur Canal Plus. Ils se rencontrent enfin en Suisse et deviennent amis au point de créer Avnier (contraction d’Avant-dernier) en 2014, et sa première collection deux ans plus tard. «On veut que ça reste une petite marque, on est sélectifs sur les points de vente pour conserver un côté éthique et maîtriser toute la chaîne de production. L’idéal serait d’aller jusqu’aux champs d’où vient le coton.» Une petite marque à laquelle le clip Basique d’OrelSan vient tout de même d’assurer plus de 48 millions de vues sur YouTube.

«Son parcours, c’est un beau message à faire passer, en premier lieu auprès du public qu’il touche», ajoute Louiza Becquelin. La jeune femme évoque «quelqu’un de brillant, avec un trait d’esprit assez fou». «Et malgré le succès, il reste humble par rapport à ce qu’il a fait, c’est une grande qualité dans ce milieu», ajoute Mathias Forbach. Et le signe d’un rapport particulier au passé? «Je sais ce qui m’a forgé, alors je cherche l’inspiration dans mes souvenirs.» (24 heures)

Créé: 07.03.2018, 08h56

Bio express

1980 Naissance à Berne, le 23 janvier.

1999 Lancement, avec ses 250 francs d’économies, de la marque lausannoise Alias One, en commençant par une vingtaine de pièces sérigraphiées.

2001 Grave accident de BMX suivi de quatre ans de rééducation. «Peut-être que sans ça, j’aurais eu moins de temps pour avancer avec Alias One.»

2009 Rencontre avec son amie Sophie, «le soir de la mort de Michael Jackson».

2014 Création de la marque Avnier avec le rappeur français OrelSan.

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