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Détaché du décorum, l’hôtelier pétrit le beau et le brut

Bien dans ses mocassins comme dans ses Crocs, le retraité devenu artiste, Christian Perrette, explore les facettes sombres de l’âme humaine.

En fan de Pink Floyd, Christian Perrette n’ignore pas la face cachée de la lune. Avec son aisance élégante de directeur d’hôtel, il passe en toute fluidité du logement rutilant des hauts de La Tour-de-Peilz au «Bronx de tubes» de son atelier. Il y troque le cuir lustré de ses chaussures pour une paire de Crocs, se met en devoir d’accomplir un sommaire rangement pour les besoins de la photo, déplace un portrait de Renaud, ponctue le geste d’un «scuse-moi jeune homme», puis commente: «Oui, je parle à mes tableaux. Le matin quand j’arrive, je leur fais «bonjour» à la ronde, genre le mec il a un problème…» Le langage, l’allure, l’énergie, tout est juvénile chez ce récent retraité, dont la conversation mêle accent vaudois et expressions anglo-saxonnes, stigmates d’une vie à côtoyer les cadres d’une multinationale en cultivant des racines viscéralement terriennes. Assumer avec naturel ses contrastes, voire ses contradictions, est un talent de cet insatiable curieux prêt à plonger ses mains impeccables dans l’argile, les couleurs et l’encre pour donner vie à une œuvre protéiforme dont la quête principale serait l’exploration des fêlures. Ses toiles et céramiques se taillent leur petit succès au gré d’expositions et de marchés, alors que son premier bouquin fraîchement publié sera verni ce jeudi. «Ce livre, c’est le Graal, le rêve de ma vie! J’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai su qu’il allait être édité.»

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