Dieu autoproclamé, il met son ego au service d’autrui

PortraitÀ côté de ses spectacles, le plus Veveysan des humoristes neuchâtelois, Benjamin Cuche, s’éclate dans sa Fabrik Cucheturelle, le «labo à impro» qu’il s’est offert pour ses 50 ans.

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Pour Benjamin Cuche, la scène est d’abord une question d’ego: «Je ne suis pas humble, faut être franc. Je crois en Dieu, parce que je dis que c’est moi. Ben ouais, s’il y a une personne en qui on doit avoir confiance, c’est soi-même, non?»

La grosse tête, le Benjamin? En tout cas, si vous le lancez sur sa vie, il est insatiable. Évoquez les bienfaits de l’improvisation et vous ne l’arrêtez carrément plus. «J’en parle comme un prédicateur. Je suis le Billy Graham de l’impro. Pour le formateur que je suis devenu avec le temps, c’est un outil incroyable, parce que c’est la forme de spectacle qui ressemble le plus à la vraie vie.»

Un véritable credo pour le Neuchâtelois établi à Vevey depuis 2000. En 2017, il s’y est offert sa Fabrik Cucheturelle pour ses 50 ans. Le lieu à deux pas de la gare veut réunir autour de plusieurs disciplines, dont le cinéma, la comédie musicale, la magie ou l’impro. «Un vrai bonheur. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, il est venu avec une cargaison d’emmerdements! Heureusement, j’ai Chloé, ma compagne, qui porte tout à bout de bras, sans quoi je serais foutu.»

C’est donc dans cette ancienne usine retapée que Benjamin Cuche déroule les bienfaits d’un nombril bien centré. «Cela occupe le 70% de mon temps, mais ce sont les 30 autres qui me font vivre.» Soit ses spectacles avec Jean-Luc Barbezat, son alter ego, partenaire des premiers sketches amateurs, des Revues, des Marionnettes du pénis. En 2018, au terme de la première tournée d’Ainsi sont-ils!, inspiré d’un texte de François Silvant que ce dernier n’a jamais joué, le duo s’apprête à remettre ça.

Mon rêve, c’était l’école Dimitri. Mes parents ne m’ont pas freiné, sans m’encourager pour autant. Par contre, quand j’ai dit que je ferais bien steward chez Swissair, ils ont remué ciel et terre

Pour trouver l’origine du narcissisme assumé de Benjamin Cuche, il faut remonter au gamin du Pâquier, dans le Val-de-Ruz, «où il y a plus de vaches que de gens». «Si j’ai voulu faire du théâtre, c’est parce que j’ai été applaudi à 11 ans sur scène, par ces grands qu’on était censé craindre. J’étais le roi du monde.»

Ce jour-là, son paternel agriculteur joue le croque-mort, en tirant l’oreille du fiston dans une pièce d’Émile Gardaz. «J’ai eu une enfance saine et heureuse, très libre. Mon papa a été très gentil, il a su ne pas reproduire ce qu’il avait subi, les coups à la maison notamment.» Les deux ne se croisent toutefois que trop rarement. «Pour ça, il aurait fallu que je fasse du cheval, mais ça m’emmerdait. Monter à cru, en jouant les cow-boys, éventuellement, mais avec la bombe sur la tête au manège, pas question. Et je n’ai jamais rien fait d’autre que ce que je voulais.»

Steward? Pâtissier? Comédien!

Ce qu’il veut, c’est faire du théâtre avec son pote Jean-Luc. Le premier coup de tonnerre retentit le dernier jour d’école obligatoire: «On avait monté un spectacle où on disait des horreurs. Notamment à propos du prof d’allemand: «Le Got, il n’est pas aussi con qu’il en a l’air, mais c’est normal, parce qu’il a l’air sacrément con.» Il a envoyé une lettre à mes parents que j’ai toujours. Les premières lignes étaient: «L’éducation d’un enfant est difficile. Le vôtre en a donné la preuve le dernier jour de sa scolarité.» Je me souviens aussi d’un courrier de Barbezat après le spectacle. Il y disait: «T’as vu, génial l’article dans le journal! Dommage qu’on ne puisse pas en faire notre métier!»

Le mouvement est en marche, mais papa exige que Benjamin consolide quelque chose de plus «sérieux» d’abord. «J’en veux à mes parents de ne pas m’avoir laissé faire du théâtre. Mon rêve, c’était l’école Dimitri. Ils ne m’ont pas freiné non plus, sans m’encourager pour autant. Par contre, quand j’ai dit que je ferais bien steward chez Swissair, ils ont remué ciel et terre pour me mettre en contact avec une connaissance.» C’est le début du bref passage à l’école de commerce: «J’ai arrêté après une année, je n’aimais pas et j’étais nul en anglais. Un jour, j’ai donné un cours d’impro auquel prenait part un certain nombre d’étrangers. J’ai dû parler en anglais. Seuls les francophones qui ne parlaient pas anglais m’ont compris.»

Sauf que papa n’est toujours pas d’accord que son fils soit sans CFC. «Alors j’ai choisi l’apprentissage de boulanger-pâtissier. Pour une seule raison: les horaires. Ça me permettait de bosser la nuit et de faire du théâtre la journée avec Barbezat. Je n’ai pas touché un seul salaire en faisant du pain.»

Le petit créatif

Benjamin Cuche aime aussi s’étendre sur sa fratrie. Quatre mecs, ramassés sur sept ans, mais séparés en deux blocs: «Les grands et les petits. Y a le grand des grands qui s’entendait bien avec le petit des grands. Pis le grand des petits avec le petit des petits, moi.» Le «petit créatif», qu’il est devenu «un peu par la force des choses», se souvient d’avoir subi les grands. «Ils me proposaient de jouer à cache-cache et tout le monde foutait le camp dans une direction pour me laisser seul. J’ai appris à être autonome. J’allais à la cuisine et ma mère me disait: «Va dessiner dans ta chambre.» Des Schtroumpfs, des Astérix, des Tintin: j’en ai tout un classeur.»

Il est toujours là, le petit Benjamin, pas très loin, qu’il se la pète ou non. Tout en sensibilité. Il n’y a qu’à voir comme une simple anecdote lui mouille les yeux: «Dès que ça touche au rapport de filiation, je craque. Une fois, à la radio, on m’a demandé ce que j’aimerais transmettre à mes enfants. Je n’ai jamais pu amorcer la réponse.» Un gros ego, mais un gros cœur aussi. (24 heures)

Créé: 15.03.2018, 10h38

Bio

1967 Naît le 27 février au Pâquier, dans le Val-de-Ruz. Il est le petit dernier d’une fratrie de quatre garçons.

1978 À 11 ans, il monte sur scène avec son papa dans la pièce Croque-vie, d’Émile Gardaz. Applaudi et félicité, il décide que ce sera son métier.

1982 Création d’un spectacle en duo avec Jean-Luc Barbezat pour le dernier jour de scolarité: «Pour les élèves et contre les profs!» Celui d’allemand n’apprécie pas d’être traité de con. Il écrit à ses parents.

1986 Première représentation au théâtre de La Chaux-de-Fonds le 19 avril, «le début de notre carrière pro».

2001Le 2 mars naissent ses jumeaux Calixe et Valère, «ou Calère et Valix, ça va aussi». Suivront Robin (2008) et Tybalt (2010) d’une autre maman.

2008 Tournée de Cuche et Barbezat avec le Knie. Pour Benjamin, qui a rêvé de l’école Dimitri et du Cirque du Soleil, «c’est un aboutissement».

2017 À 50 ans, il ouvre à Vevey Lafabrik Cucheturelle.

Lafabrik Cucheturelle

Rue des Communaux 35, Vevey. Portes ouvertes ce dimanche 18 mars. Programme: www.lafabrikcucheturelle.ch

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