L’école du foot a fait de lui un directeur accompli

PortraitFan du ballon rond, le directeur du gymnase du Bugnon Blaise Richard a prolongé son amour du collectif dans son travail.

Blaise Richard est un amoureux du travail en équipe:

Blaise Richard est un amoureux du travail en équipe: "Je n’ai jamais rien fait tout seul. Ça ne m’intéresse pas. Le sens, il est dans le fait de réaliser des choses avec les autres. J’ai besoin d’eux pour donner du relief, un écho, une épaisseur." Image: VANESSA CARDOSO

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Le monde du foot est un antre inconnu, secret. Seuls les garçons et les hommes semblent y connaître le frisson d’une complicité directe, rapide, jouée en quelques dixièmes de seconde. Entendre Blaise Richard, 65 ans, raconter dans le détail ses souvenirs et ses émotions met cependant cette réalité du sport presque à notre portée. Le directeur du Gymnase du Bugnon, prof de maths à l’origine, ne boude pas le plaisir des mots. Il se montre généreux en adjectifs et substantifs. Sur son solide canapé en cuir, il se lance par exemple dans la description d’un «une-deux». Savez-vous ce que c’est? Une double passe entre deux joueurs qui fait un aller et retour parfait et débouche sur une action superbe. «Ça se passe à deux, conclut-il simplement, et ça fait vraiment plaisir.»

Blaise Richard est un fervent du travail d’équipe: «Je n’ai jamais rien fait tout seul, assure-t-il. Ça ne m’intéresse pas.» Après avoir été simple enseignant, il est devenu directeur du Collège de Béthusy, à Lausanne, puis du Gymnase de la Cité et enfin du Bugnon. Tout au long de sa carrière, qui prendra fin le mois prochain, le pédagogue a chéri le partage et la transmission. «J’ai adoré enseigner, poursuit-il. J’étais à l’aise, j’étais content, j’aimais ça.»

Lorsqu’il devient directeur, une fonction à laquelle il n’avait jamais aspiré, il réalise la richesse du milieu: «J’ai découvert que les profs sont une source incroyable d’intelligence et de créativité. D’engagement aussi. Dans chacun des établissements où j’ai travaillé, j’ai perçu ce que je n’avais pas vu en tant que collègue.» Un feu crépite dans la cheminée. Aux murs du confortable petit salon dans l’appartement d’Assens, une photo de Brassens. C’est son ami de longue date, Philippe Dubath, ancien journaliste à 24 heures et photographe, qui l’a prise le soir où ils sont allés, avec des copains, le voir à Bobino. «Brassens, on l’a découvert en même temps, se rappelle Philippe Dubath. Son humour, sa tolérance, sa poésie: avec Blaise on s’est toujours retrouvés à travers ça.» Mais c’est aussi avec Philippe Dubath que Blaise Richard se souvient d’avoir accompli un une-deux. L’amitié entre les deux hommes ne s’est d’ailleurs pas éteinte: «Notre vie a été un une-deux», résume le journaliste. Blaise Richard naît à Valeyres-sous-Rances, dans la maison d’une sage-femme. Il poursuit son existence sur la Riviera (Blonay) et va passer son bac au Gymnase de la Cité, avant d’entreprendre des études en génie civil à l’EPFL. Mais son activité d’entraîneur de foot (il a commencé à 17 ans) le détourne du polytechnique. Passionné du ballon rond et heureux dans ses remplacements à l’école, il préfère continuer en sciences à l’UNIL, pour devenir prof. Après tout, son grand-père était instituteur. Le collège de Montreux et le club de foot de cette même ville seront ses terrains de jeu de prédilection. Tandis qu’il entraîne le FC Montreux-Sports, il attire l’attention de Chaux-de-Fonniers qui l’engagent à titre professionnel. Durant deux ans, Blaise Richard va s’adonner à sa passion. «Puis, ils m’ont jeté», reprend-il froidement. Il comprend alors qu’un entraîneur professionnel a besoin de davantage d’ingrédients que son seul enthousiasme. Il faut «un contexte, des joueurs…»

L’éconduit revient à l’enseignement mais ne lâche pas le foot. Blaise Richard vivra de belles heures à l’Étoile Sportive Malley, où il entraîne un certain Stéphane Chapuisat et côtoie son cher président, Serge Rebuttini, décédé en 1998: «Un homme formidable.» L’ancien prof de maths a beaucoup appris du football, où il a poursuivi longtemps son travail pédagogique (notamment au LS): «Il y a quelque chose qui se passe quand on joue: la technique, la stratégie, les relations humaines incroyables, les émotions très fortes, les enjeux invraisemblables.» Il enseigne aux joueurs et à leurs parents le plus important: que les moments de foot soient «formateurs» et qu’ils laissent des souvenirs pour la vie.

L’amour du collectif

À l’école, Blaise Richard a eu les mêmes émois: «En maths, lorsque les élèves comprennent, il se passe quelque chose! Il faut «vendre» le produit, faire apprécier la beauté d’une simplification de fraction.» Dans ses postes de directeur, il dit avoir aussi mis en œuvre son amour du collectif: «Ma porte reste toujours ouverte. Ça permet de se voir, sans rendez-vous. Je travaille avec mon équipe, avec le conseil ( ndlr: de direction ). Le sens, il est dans le faire-ensemble, dans le fait de réaliser des choses avec les autres. J’ai besoin d’eux pour donner du relief, un écho, une épaisseur.» Lorsqu’il a été président de l’Association des directeurs (Adesov), de 2010 à 2013, l’école vaudoise se trouvait une fois de plus en plein débat politique. Le professionnel qu’il est n’a pas vraiment goûté le sel de la bataille verbale: «La pédagogie va au-delà de la politique, dit-il. À l’Adesov, nous nous sommes posés comme une force de réflexion par rapport aux aménagements à apporter, dans le but de construire ensemble, avec la cheffe du département. Les affrontements dogmatiques du Grand Conseil sont passés à côté de la cible. Nous n’avons pas été entendus sur la vraie question des élèves en difficultés multiples, d’apprentissage, de socialisation, de possibilité de travail.» Le 28 février prochain signera la fin de sa vie professionnelle. La retraite? «J’ai tout le temps quelque chose à faire, sourit Blaise Richard, manifestement peu inquiet. Je me rendrai plus souvent dans notre maison à Uzès, dans le Sud. Je ferai de la pétanque et un peu d’exercice.» (24 heures)

Créé: 11.01.2018, 08h08

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