L’engagement volontaire et citoyen dans la peau

Aziz OrfiaÀ 26 ans, le président du Conseil des jeunes de Lausanne part à la retraite. Une fin qui n’en est pas une.

Véritable cheville ouvrière d’une multitude de projets, le président démissionnaire est particulièrement fier d’une de ses propositions qui a aujourd’hui abouti: le Prix jeunesse.

Véritable cheville ouvrière d’une multitude de projets, le président démissionnaire est particulièrement fier d’une de ses propositions qui a aujourd’hui abouti: le Prix jeunesse. Image: Vanessa Cardoso

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Aziz Orfia, 26 ans, président démissionnaire du Conseil des jeunes de Lausanne, a le sourire fendu jusqu’aux oreilles lorsqu’il parle de sa famille. Son père, ancien procureur général en Libye, réfugié politique en Suisse à la suite de la prise de pouvoir de Mouammar Kadhafi en 1969, est son modèle abso­lu. Sa mère, d’origine égyptienne, qui a cumulé jusqu’à trois boulots pour qu’il puisse faire une maturité dans un lycée privé alors qu’il était orienté en VSO, «mériterait beaucoup plus que moi une page dans le journal», dit-il sobrement. Et quand on est le fils de deux fortes personnalités pareilles, pas question de rester dans la norme. Celui qui prend aujourd’hui une retraite forcée – on peut siéger au Conseil des jeunes jusqu’à 25 ans – ne se prédestinait pas à un tel engagement. «Je suis entré au Conseil des jeunes un peu par hasard. Lorsque la Ville de Lausanne cherchait à mobiliser des jeunes en 2010 pour lancer l’organisation, j’avais vu une affiche et je m’étais dit pourquoi pas moi.» La première séance à laquelle Aziz Orfia assista lui fit un choc. «J’avais habité toute ma vie dans un quartier populaire à Renens, avec des gens majoritairement issus de l’immigration, et je me retrouvais d’un coup entouré de jeunes assez friqués avec l’accent vaudois (éclats de rire). Je ne me sentais pas à ma place mais je suis quand même revenu. Et je me suis lancé dans ce Conseil des jeunes sans vraiment m’en rendre compte.»

En décembre 2010, alors tout juste âgé de 19 ans, le jeune loup à la fibre citoyenne et au look propret rejoint officiellement le conseil. Il fera même partie de son premier comité. «Je ne connaissais rien aux associations. Je ne savais même pas quel était le rôle d’un président, avoue celui qui travaille aujourd’hui à l’Auberge de jeunesse de Vidy. Quand la soixantaine de membres a dû élire son comité, j’ai simplement levé la main sans trop réfléchir et je me suis présenté. C’était la première fois que je parlais devant autant de monde!»

Un prix pour récompenser des jeunes

En six ans, Aziz Orfia gravira tous les échelons, et finira par être élu président du Conseil des jeunes en décembre 2016. Véritable cheville ouvrière d’une multitude de projets, le président démissionnaire est particulièrement fier d’une de ses propositions qui a aujourd’hui abouti: le Prix jeunesse. Cette récompense encourage et aide les jeunes âgés de 13 à 25 ans à développer leur talent ou projet. Elle a pour ambition de récompenser les jeunes qui transmettent directement ou indirectement une image positive de la jeunesse. «Je faisais beaucoup de boxe et j’estimais qu’il y avait peu de récompenses tangibles pour les jeunes, à l’instar du Prix du mérite sportif lausannois. Je voulais que des projets culturels, festifs, musicaux, journalistiques ou encore humanitaires puissent aussi être valorisés.»

Le jeune homme présenta donc son idée en 2014. Sans surprise, elle fut acceptée. La première cérémonie eut lieu l’année d’après, dans la salle Paderewski, au Casino de Montbenon de Lausanne. «Au début, les sièges n’étaient pas tous occupés. Mais, deux éditions plus tard, on peut dire que ce prix est un succès! Les jeunes commencent à le connaître et il devient une sorte de référence dans le milieu.»

Tanguy Ausloos, délégué à la jeunesse à la Ville de Lausanne, a côtoyé Aziz Orfia durant toutes ses années d’engagement civique: «C’est quelqu’un d’hyperaltruiste. Il est fier, à juste titre, de ses projets mais ne les fait jamais pour en tirer une gloire personnelle. Lors des cérémonies du Prix jeunesse, je voulais le faire monter à la tribune, ce qu’il refusait systématiquement. Il n’aime pas être sous les lumières.»

L’armée comme école de vie

Comme tous les jeunes citoyens en bonne santé, Aziz Orfia a dû s’acquitter de ses obligations militaires. Conséquence: une absence temporaire du Conseil des jeunes. «Les seules fois où je manquais une réunion, c’était pour aller sous les drapeaux. C’est un endroit où je me sens particulièrement bien.»

Il faut dire que le service militaire a une résonance particulière pour Aziz Orfia, qui a longtemps ressenti une sorte de sentiment d’infériorité par rapport aux personnes qui l’entouraient. «Même si je suis né à Lausanne, dans ma famille on ne parlait que l’arabe. À l’école, donc, je partais avec un sacré désavantage sur les autres. À l’armée, que tu sois le fils d’un immigré ou celui d’un conseiller fédéral, cela ne fait aucune différence. Tout le monde est pareil: on commence comme recrue et on termine où s’arrête notre volonté.»

Et sa volonté l’a porté loin: depuis deux ans, Aziz Orfia est sergent-major chef. «Je retourne toujours à l’armée avec plaisir pour y faire mes jours, même si tout n’y a pas toujours été rose. L’armée, c’est comme un voyage: les bonnes et mauvaises expériences te marquent et te font grandir.»

En véritable amoureux de la capitale vaudoise, Aziz Orfia n’exclut pas de s’engager en politique, maintenant qu’il en a terminé avec le Conseil des jeunes: «Lausanne m’a tout donné et je voudrais essayer de le lui rendre. Le hic, c’est que même si je me considère comme un libéral de droite, aucun parti ne me convient. Peut-être que je vais essayer de rejoindre Toto Morand!» (Rires.) (24 heures)

Créé: 02.03.2018, 11h29

Bio

1991
Naissance le 30 novembre au CHUV à Lausanne.
2010
Après des débuts hésitants, il devient membre du Conseil des jeunes de Lausanne en décembre.
2013 En novembre, commence son école de recrues et prend goût à l’armée.
2014 Il présente le Prix jeunesse devant le Conseil des jeunes.
2015 Première cérémonie de remises des récompenses du Prix jeunesse à la salle Paderewski, au Casino de Montbenon à Lausanne.
2016 En février, il obtient le grade de sergent-major chef.
2016 Il enlève progressivement les gants et devient juge officiel de boxe.
2016 Il est élu président du Conseil des jeunes de Lausanne.
2017 Son engagement citoyen continue et il rejoint le comité des habitants du quartier lausannois où il réside.
2018 Forcé par son âge, il quitte la présidence du Conseil des jeunes de Lausanne.

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