L’entrepreneuse positive pense à changer le monde

Marie SchneegansA 24 ans, la Lausannoise a séduit une centaine de grosses entreprises avec son application qui facilite la vie des employés. Elle vise toujours davantage

«J’ai toujours voulu changer le monde. C’était mon intention d’aider les gens, d’une manière ou d’une autre.» ©Florian Cella/24Heures...

«J’ai toujours voulu changer le monde. C’était mon intention d’aider les gens, d’une manière ou d’une autre.» ©Florian Cella/24Heures...

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Elle avait oublié l’heure du rendez-vous au TOM Café du Musée olympique. Quand on l’atteint, elle est en train de marcher sur ces quais d’Ouchy qu’elle aime tant, elle, la Lausannoise qui vit à Paris depuis qu’elle y a fondé sa start-up à 22 ans: Never Eat Alone permet aux employés de trouver des collègues avec qui manger. «Je suis navrée, je suis dyslexique, j’ai beaucoup de peine avec les heures. Mais j’ai engagé une assistante qui commence la semaine prochaine et qui va gérer mon agenda. Cela devrait me faciliter la vie.» Et l’aider à gérer ses 25 employés.

On lui pardonne son oubli tant elle affiche ce qui semble de la candeur et un sourire immense, tant elle donne tout sans arrière-pensée. «Je suis hyperpositive. Bien sûr, il y a des moments où je pleure aussi. J’aime bien montrer mes émotions et j’encourage mes collaborateurs à le faire aussi, c’est important de partager ce que l’on ressent.» La fille d’une infirmière et d’un cadre de Manor a eu une enfance voyageuse au gré des affectations de son père en Suisse. Son ambition s’exprime simplement: «J’ai toujours voulu changer le monde. C’était mon intention dès le départ d’aider les gens, d’une manière ou d’une autre. Ça part du fond de mon cœur.»

Surmonter le handicap

Ce qui pourrait ressembler à un idéal de fillette continue à guider la vie de la jeune entrepreneuse. Avec son handicap de lecture, elle a galéré à l’école. «J’étais une élève moyenne, même si je bossais davantage que les autres. Je m’en suis toujours sortie grâce aux examens oraux.» Elle est même admise, à 17 ans, à la Haute Ecole de Commerce de Saint-Gall, la meilleure du pays, mais n’y passe qu’une journée. «Je me voyais mal étudier dans ce milieu fermé, socialement uniforme, si loin de mes valeurs.» Elle prend la route pour Paris, une ville qui la fascine, fait du mannequinat pour l’agence Metropolitan histoire de gagner sa vie, même si cela ne lui plaît guère. «Il y a un côté artistique mais il n’y a pas de mission, pas d’impact sur le monde.»

Elle se passionne pour la microfinance, recommence des études à Paris-Dauphine, lance des premières entreprises positivistes. «On n’a qu’une seule vie. Il faut être ambitieux, voir loin, suivre son instinct.» On croit reconnaître une philosophie entrepreneuriale américaine, où elle a passé six mois d’incubation. Mais non, les États-Unis ne l’ont jamais séduite, promet-elle. C’est lors d’un stage à UBS qu’elle découvre le monde du travail en entreprise, qu’elle se sent isolée dans son open space, qu’elle se met à frapper à la porte des bureaux des autres services pour faire connaissance. Elle parvient même à arracher un lunch au big boss. «Je ne laisse aucune place au découragement quand je sais que ça va marcher. Je reste concentrée sur l’objectif.»

C’est dans la banque suisse que germe l’idée de son application pour ne plus manger seul au travail, un logiciel qu’elle fait payer aux entreprises elles-mêmes. Aussitôt dit, aussitôt fait, elle travaille avec son ami et associé Paul Dupuy, séduit une centaine de grosses boîtes, dont la moitié du CAC 40 en France, le CHUV en Suisse ou le MIT à Boston. Elle a à côté de son lit la liste des entreprises qu’elle cible – au grand désespoir de son compagnon, lui-même start-uper – dans la maison où elle a aussi logé sa société, dans le XVIIe parisien. «Ça m’occupe 24 heures sur 24. Mais je n’ai rien à perdre. Si je tombe, je recommence; au pire, il ne se passe rien. Et je n’ai pas encore d’enfants.» Elle en projette d’ailleurs beaucoup, aimerait aussi en adopter un jour.

Redonner ce qu’elle a reçu

Pour tenir le coup, elle fait de la boxe thaïe trois fois par semaine, a engagé un prof de yoga pour son équipe, fait beaucoup de méditation pleine conscience ou marche, marche souvent. Elle aime skier et la BD: «Je suis en train de lire le Journal d’Anne Franck, car je rentre d’Auschwitz où je suis allée avec des lycéennes et des femmes entrepreneurs.» Elle aime transmettre aussi, montrer l’exemple et «encourager les jeunes (sic) à entreprendre des choses». Ses mentors lui ont beaucoup donné et elle a envie de donner à son tour. Mais elle ne se proclame pas féministe. «Je n’y pense même pas dans mon job. Bien sûr, au début on ne me prenait pas au sérieux, mais c’était surtout à cause de mon âge.»

Malgré ses succès, elle n’a pas la grosse tête. «Mon compagnon et mon associé sauraient me remettre à ma place.» Cette dynamique semble inépuisable. «Elle est vraiment comme elle est, affirme Matthieu Mougeot, son représentant en Suisse. Enthousiaste, énergique, tellement positive. Elle ne pense qu’à essayer de faire des choses.» Comme développer sa nouvelle application, Workwell, qui propose tous les services utiles à un employé, depuis les disponibilités des places de parking jusqu’à la blanchisserie, au partenaire de sport ou à la garde des enfants. Aussi, ce sont les employeurs qui paient, «plusieurs milliers de francs par mois», pour que leurs salariés aient la vie plus facile. «Et puissent peut-être produire davantage», admet la jeune femme.

Dans sa boîte à elle, elle engage à l’instinct. «Quand tu te passionnes pour ce que tu fais, tu t’entoures d’une équipe que tu aimes, ça te redonne aussi de l’énergie positive.» La maison de Workwell a un grand jardin, une salle de gym, des chambres pour les invités. Et ça marche. Elle a signé la veille au soir un contrat avec le PDG d’une grosse assurance, à 23 h, qu’elle avait invité à la maison. Après avoir déjà levé trois millions d’investissements, elle rêve d’entrer bientôt en bourse. Et quand elle rêve… (24 heures)

Créé: 14.03.2018, 09h47

Bio

1993 Naît à Lausanne le 6 août d’un père cadre chez Manor et d’une mère infirmière. Elle a un frère cadet, Jean, étudiant en HEC.

2008 Commence le gymnase à Auguste-Piccard.

2011 Admise à la Haute École de Saint-Gall, n’y passe qu’une journée.

2011 Prend une année sabbatique et fait du mannequinat à Paris.

2012 Reprend des études d’ingénieur en finance à l’Université Paris-Dauphine et à la Goethe Universität de Francfort.

2013 Fait un internat de deux mois en microfinance à Phnom Penh.

2013 Cofonde Freespace, espace de coworking gratuit.

2014 Fait un stage à UBS où elle désespère de manger seule.

2015 Lance Never Eat Alone, l’application pour trouver des collègues avec qui partager un repas.

2017 Lance Workwell, l’application qui facilite la vie au travail dans tous les domaines.

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