Passer au contenu principal

L’étoile américaine d’une voix de femme dans le cinéma suisse

Basée à New York, la réalisatrice du récent «L’ordre divin», film sur le combat pour les droits civiques de la femme suisse, concilie local et global

Gaëtan Bally/KEYSTONE

Sincérité et franc-parler. En juin dernier, à l’heure de la promotion de L’ordre divin, son film sur l’accès tardif des femmes suisses au droit de vote – en 1971 –, la réalisatrice Petra Volpe, alors déjà auréolée du Prix du cinéma de Soleure et de plusieurs distinctions décrochées au Tribeca Film Festival, pratiquait un discours sans détour pour évoquer ce métrage autant historique que politique, abordant un point assez honteux du passé helvétique.

La bande-annonce du film «L'ordre divin»

Se débrouillant très bien en français, elle avait abandonné le suisse allemand, mais recourait parfois à l’anglais, en résidente de New York, pour préciser ses idées, et elle aurait tout aussi bien pu passer à l’italien, inscrit dans ses origines familiales. La cinéaste a le cosmopolitisme chevillé au corps et vu passablement de paysages avant de s’établir dans la Grande Pomme. Depuis cette rencontre, son film a dépassé les 320 000 entrées, s’inscrivant pas loin de la 10e place sur la liste des succès cinématographiques suisses, malgré le budget relativement modeste de sa production (3,2 millions).

«Je l’ai pris comme un encouragement, admet-elle au téléphone depuis New York. Mon but était de toucher le plus de gens possible avec cette question de l’égalité des droits en démocratie et je voulais trouver la forme pour séduire le public avec ces femmes qui voulaient voter, sans tomber dans les analyses cyniques sur le mauvais état du monde. Les constats désillusionnés mettent tout le monde d’accord, mais je voulais aussi donner de la force au spectateur.»

Son intérêt pour la condition et la place de la femme dans la société remonte à loin. «Le féminisme et l’égalité ont toujours été des préoccupations pour moi, déjà en tant qu’enfant. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais à essuyer plus souvent la vaisselle que mon frère. C’était aussi important dans mes années d’adolescence, quand j’ai réalisé que les filles sexuellement aventureuses étaient rapidement étiquetées comme des traînées.»

Son premier souvenir de cinéma remonte au Blanche-Neige de Disney vu dans la salle de son village de Suhr, localité près d’Aarau. «La journée, il y avait des séances pour les enfants et, la nuit, il y avait du porno. Je me souviens des photos publicitaires, mais aussi des chaises rouges et collantes… Un film était un grand miracle pour moi. Dès que j’en voyais un, je le rejouais à la maison. Mais je n’ai pas eu une grande éducation cinéphilique.» Son père, immigré italien et ouvrier d’usine, se délassait devant l’écran de la TV après le travail. «Elle était souvent allumée à la maison. Il adorait les comédies et les westerns, les films avec Bud Spencer ou Jerry Lewis.»

De cette ascendance italienne qui a pu faire jaser, elle n’a pourtant pas souffert. «Ma mère était la fille du boulanger du village. Cela assure une position spéciale: tout le monde le connaissait. Je me suis d’ailleurs toujours sentie très suisse, avec des racines italiennes.»

Petra Volpe en garde plutôt le souvenir des vacances de ses jeunes années dans des Abruzzes où ses grands-parents, paysans très modestes, cultivaient les tomates et les courgettes sous le soleil de leur jardin. Une contrée où, entre New York et Berlin, elle retourne désormais trop rarement, mais où elle a tout de même amené son mari américain pour le montrer lors d’une grande fête. «Il n’en croyait pas ses yeux, il pensait être tombé dans un film du Parrain ou dans les Sopranos

Les livres de la scénariste

Pendant longtemps, la jeune fille qu’elle était n’a jamais pensé que le cinéma pouvait devenir une activité professionnelle. Son «échappatoire» préférée, elle la trouvait dans la littérature. «Je volais les livres réservés aux adultes dans la bibliothèque de ma mère. C’était très important de lire. Je me souviens d’un camp de cheval où j’avais été envoyée ado et je détestais les chevaux. Chaque nuit, je lisais Les Hauts de Hurlevent à la lampe torche.» Ses travaux ultérieurs de scénariste se souviendront de ces plongées en littérature et des différents chemins de narrations empruntés.

Mais c’est pourtant bien l’image qui l’occupe en premier. «Je faisais beaucoup de photographies dans ma jeunesse, je passais beaucoup de temps dans le laboratoire et je pensais en faire un métier. Mais dans ma première école d’art, j’ai découvert la vidéo et réalisé des petits films expérimentaux. J’ai assez vite compris que je voulais raconter des histoires.»

La cinéaste en herbe se retrouve finalement dans une école de cinéma de Potsdam, des études qui marqueront durablement ses propres intérêts. «L’école était vraiment orientée à l’Est. Nous étudions le cinéma polonais, russe, tchèque. Une tradition différente, très orientée sur le contenu, et moins sur la forme. Les thèmes sociaux et politiques étaient mis en avant tout comme la pensée critique.» Aujourd’hui, la cinéaste ne se réclame pourtant pas d’Eisenstein, mais plutôt d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ou, dans le monde anglo-saxon, de Jane Campion. «Mais j’ai surtout lu beaucoup de livres techniques sur l’écriture de scénario!» confesse-t-elle volontiers.

Pizza, vin et vidéos

Sa soif d’apprendre finit par la conduire à New York où elle s’initie aussi à l’art de la survie comme serveuse. «Il y avait des soirs où je n’avais que l’argent de la journée pour acheter une pizza, une bouteille de vin et passer au magasin vidéo.» Entre un film expérimental et un clip musical, elle effectue aussi un passage par le monde de la publicité. «Une très bonne école ou comment raconter une histoire en 30 secondes.»

Si le cinéaste Samir lui met le pied à l’étrier, Petra Volpe a forgé son sens du scénario pendant des années. «Ce n’est pas seulement une technique, c’est aussi très subjectif et ce que tu as écrit la veille te paraît parfois comme la plus grande merde! Il faut un bon partenaire, un sparring-partner, avec de la distance, pour écrire bien, pour pouvoir en parler.»

Dans le monde du cinéma, les projets s’étalent sur une telle durée que le choix de l’histoire initiale est capital. «La pertinence doit être forte, car on sait que l’on va y travailler pendant des années. J’aimerais bien être comme Fassbinder et sortir trois films par année, mais cela ne se passe pas comme ça… Ecrire, c’est donc réécrire: il faut réduire.»

Toujours à l’affût du sujet et du traitement adéquats, la réalisatrice travaille actuellement sur trois projets qui tous trahissent sa fibre sociale et politique. Une saga familiale en six épisodes dans la Suisse d’après-guerre, les «golden fifties», une incursion dans une prison pour hommes – avec réécriture du script avec les détenus – et une évocation d’un couple face à la retraite. Petra Volpe va encore agiter le drapeau.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.