Le fan des albums Panini a fini par y avoir sa vignette

PortraitErich Burgener a marqué son époque comme gardien du LS et de l’équipe nationale. Il croit à un exploit de la «Nati» cet été en Russie.

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Qui se souvient de Pius Fischbach, de Joseph Küttel ou de Köbi Brechbühl? Ces Shaqiri ou Djourou de l’époque sont restés dans l’anonymat, alors qu’ils étaient pourtant sur le terrain ce mercredi de septembre 1977 lorsque la toute petite Suisse arrachait le nul 0-0 face à la grande Angleterre de Kevin Keegan grâce à son mur: Erich Burgener. Il est presque impensable de se dire que celui qui a marqué le football suisse de sa patte, de son accent sonore et de son regard toujours pertinent touche désormais la retraite, lui qui ne l’incarne pas du tout. «Je suis encore à la tête de mon entreprise de serrurerie métallique à Tolochenaz, mais elle tourne de plus en plus sans moi», explique l’enfant de Rarogne aux 64 sélections, celui qui fut l’un des premiers gardiens dits «modernes», pour qui le jeu au pied était une évidence. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il reste dans la légende pour avoir été aligné un jour de derby contre Servette au poste… d’avant-centre, inscrivant même un but à son rival en équipe de Suisse Karl Engel. «C’était une autre époque, qui n’a plus rien à voir avec ce que l’on vit aujourd’hui. C’est bien pour cela qu’il est inutile de comparer les périodes, il faut simplement vivre avec.»

Quand il les conte, chaque étape de sa vie est une anecdote, qu’on parle foot ou vie privée. «J’ai rencontré Yvonne à la patinoire de Viège. C’est elle qui vendait les saucisses lors des matches de hockey. Il n’y a pas besoin de raconter la suite!» Mais le ballon rond reprend très vite le dessus des discussions, les souvenirs témoignant du monde qui nous sépare des années 1970. Alors que le père de Neymar, l’icône du PSG, réclame 1 million d’euros par semaine au club de son fils, celui de Burgener avait exigé… une place d’apprentissage de maçon des dirigeants du LS! «Prendre le train pour Lausanne était déjà beaucoup. L’objectif le plus élevé pour les gamins comme moi, c’était d’intégrer la première équipe du village, de jouer avec les adultes qui nous faisaient rêver.»

Une «tronche» au grand cœur

Le rêve, Erich Burgener le caresse en suivant les matches du Championnat de Suisse à la radio, l’album Panini en main afin de mettre un visage sur les noms évoqués par les reporters. Quelques années plus tard, c’est lui qui aura droit à sa vignette, comme gardien du LS puis de la «belle» équipe du Servette. «Dans ce milieu où les qualificatifs sont souvent galvaudés, Erich avait vraiment l’étoffe d’un grand. Une «tronche» mais un type exceptionnel qui aurait forcément évolué à l’étranger si l’époque était la même qu’aujourd’hui», se souvient Claude Ryf, ancien coéquipier puis adversaire, et actuel coach de la relève helvétique. «Je me souviens d’un match à Amsterdam, contre le grand Ajax, où il avait multiplié les miracles. Très calme, il avait la faculté de mettre la pression sur les attaquants dans les duels. C’est quelque chose que je n’ai jamais revu à ce point depuis toutes ces années.»

Pour me laisser partir à Lausanne depuis mon village de Rarogne, mon père a exigé du club qu’il me fournisse une… place d’apprenti maçon!

Malgré un règne d’une décennie dans la cage de l’équipe nationale, ses espoirs sont tout de même déçus puisque la «Nati» n’est jamais conviée au buffet des grands rendez-vous. «Nous battions pourtant toujours les meilleurs… en match amical!» Mais le vent tourne dès les années 2000, avec une épopée qu’il vit encore de l’intérieur, dans la garde rapprochée du sélectionneur Köbi Kuhn, son ancien coéquipier, qui lui confie alors un nouveau rôle: la supervision des gardiens. «Au Portugal (2004) puis en Allemagne (2006), nous découvrions l’ampleur d’un tel tournoi les yeux écarquillés alors que les meilleures nations y viennent depuis un siècle avec pour seul objectif de lever la coupe. L’équipe actuelle (ndlr: qui lance sa campagne pour le Mondial russe ce vendredi contre la Grèce) s’appuie sur des joueurs désormais habitués aux rencontres de haut niveau presque chaque semaine. Il lui faudra réussir plusieurs exploits pour aller très loin, mais je sens que nous n’en sommes plus si éloignés.»

Zico, Maradona et… lui!

Avec son sens du bon mot et sa voix qui porte, celui qui a croisé le chemin de légendes telles que le Brésilien Zico ou l’Argentin Diego Maradona a aussi été un convive apprécié des repas de soutien des petits clubs, qu’il n’a jamais négligés. «Je ne vis désormais plus pour le foot et j’ai le même plaisir quand je vais voir jouer mon petit-fils ou sa sœur qui pratique la gymnastique. Aujourd’hui, si je peux choisir entre une journée de ski à Zermatt ou un match, j’opte pour la montagne!»

Il ne fait plus le détour chez son ami Sepp Blatter, grâce à qui il a suivi de nombreuses Coupes du monde avec un groupe de copains. Mais il a gardé un lien avec l’ancien boss de la FIFA. «Sepp nous trouvait les billets mais nous les avons toujours payés! lance-t-il dans un grand éclat de rire. Je viens d’aller lui rendre visite dans sa clinique après une opération. On a parlé de tout, passé un moment sympa, mais il trouve la vie un peu dure.»

Une vie qu’il espère en rose pour son club de cœur, ce Lausanne-Sport qui semble avoir tous les atouts en main – clin d’œil à cet amateur de jass – pour revisiter son glorieux mais lointain passé. «Un sponsor pareil, un stade en construction, on a l’impression de rêver! Le défi pour Ineos, ce n’est pas de gagner des rencontres, ils vont y arriver, mais c’est bien plus encore de faire renaître l’envie. Aujourd’hui, le match du samedi ne manque plus aux gens, ils ont d’autres priorités. Mais si le LS parvient à faire vibrer le canton, les Vaudois vont suivre, j’en suis persuadé. Il faudra toutefois de la patience car on voit bien aujourd’hui que l’argent seul ne fait pas encore le bonheur dans le foot.» (24 heures)

Créé: 22.03.2018, 09h11

Bio Express

1951
Naît le 15 février à Rarogne.
1969
Courtisé par Lausanne et Sion (qui a les faveurs de son père), il choisit la Pontaise, où il débarque comme jeune talent. Il gagne sa place dès la première saison.
1972
Mariage avec Yvonne, dont seront issues Sybille en 1975 et Manuela en 1977.
1973
Fête la première de ses 64 sélections en équipe nationale contre l’Écosse (Victoire 1-0).
1981
Gagne enfin un titre – le seul – avec le LS en remportant la Coupe de Suisse lors d’une finale mémorable contre Zurich gagnée 4-3. La même année, il rejoint «le grand» Servette (1 titre national et 1 Coupe).
1986
Met un terme à sa carrière et gère son entreprise active dans la construction tout en devenant entraîneur des gardiens du LS puis de l’équipe nationale.
2004
Participe au renouveau de la «Nati» et vit de l’intérieur deux Championnats d’Europe et une Coupe du Monde.

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