Féministe, elle glisse aussi sur les préjugés

PORTRAITAnne-Flore Marxer, snowboardeuse.

Image: VANESSA CARDOSO

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Samedi, le garçon manqué sans doute le plus titré de Préverenges va reprendre le chemin de la compétition sur la neige de Chamonix. Quatre ans après avoir glané le titre de championne du monde de freeride, puis tout envoyé valser en promettant de ne revenir qu’une fois les filles traitées de manière identique aux garçons. Aujour­d’hui, Anne-Flore Marxer est toujours une révolutionnaire dans l’âme, une géniale touche-à-tout, une jolie et grande gueule, mais elle a décidé de ne plus ruer aussi fort dans les brancards. Du moins pas pour l’instant.

«Non, les filles ne gagnent toujours pas le même prize money que les garçons dans les compétitions, mais nos conditions se sont bien améliorées. Et, surtout, une épreuve en Alaska est inscrite au programme du Freeride World Tour 2015. Et qui ne rêve pas de rider en Alaska, hein?»

Combattre de l'intérieur

Désireuse de constater les progrès faits par ce monde de machos, elle a donc accepté d’en refaire partie. Ce qui ne veut pas dire que cette féministe convaincue et assumée a abandonné son combat. Elle veut juste le mener de l’intérieur, avec – elle l’espère – ses résultats comme arguments.

Se mesurer aux garçons, Anne-Flore Marxer (bientôt 31 ans) s’y attelle depuis toute petite. En fait depuis l’arrivée, deux ans après elle, de son frère, Benoît. «Je suis restée garçon manqué jusqu’à passé 20 ans. Déjà petite, je passais ma vie dehors, toujours en pantalon déchiré ou sale.» Sauvageonne d’apparence et pourtant très sociable. Gamine, elle pratique tous les sports possibles et imaginables. Naturellement douée, elle se retrouve toujours en compétition contre des adversaires de cinq ans de plus qu’elle, souvent du sexe opposé

Pas de hockey pour les filles?

«Enfant, je me suis vite rendu compte de la différence de traitement. Pas dans la pratique du sport elle-même, mais dans l’organisation qui va autour, dans sa politique. Parce que j’étais une fille, je devais faire du patinage artistique et pas du hockey sur glace, par exemple. J’ai longtemps joué au foot dans une équipe de garçons. J’adorais ça. Je ne me posais pas de questions au niveau du vestiaire: je me changeais dans un coin, dehors. Mais, à un certain âge, il faut prendre une licence. Cela voulait dire intégrer une équipe de filles à Lausanne. J’ai tout arrêté.»

Sur la neige, elle pratique d’abord le freestyle, avec des sauts, des figures. Ses potes sont tous des garçons, mais, quand viennent les concours, elle n’a plus le droit d’utiliser les grands kickers – tremplins de saut en neige – et doit se rabattre sur les plus petits, réservés aux filles. «Cela me rendait folle: au moment de la compétition, soudain, je me retrouvais dans mon coin. J’ai compris l’une des raisons de cette ségrégation quand j’ai dû juger une compète pour la première fois: il est nettement plus aisé de comparer les filles entre elles et les garçons entre eux. Bon, moi je préférerais que tout le monde descende la même pente et que ce ne soit qu’au moment d’établir le classement que l’on sépare les sexes.»

«Si tu es jolie, alors forcément tu n’es pas très douée. On remet en cause tes capacités»

Première punition: être une fille. Seconde punition: être jolie. «Haha, il faut le dire vite, parce que, quand on fait du sport, on est rarement à son avantage. En montagne on est tout emmitouflée, la seule chose qui dépasse c’est ton nez qui coule! Et lorsque tu sors de l’eau après une session de surf, tes cheveux se collent comme des algues sur ton visage rougeaud! Franchement, ma féminité je l’ai découverte tard. J’étais tout le temps en pantalons baggy et tenues de sport. Et puis soudain est arrivé l’été et j’ai eu du plaisir à mettre une petite robe légère. Mais ça ne dure pas. Jamais on ne trouvera une paire de talons dans mes bagages!» Ce qui ne l’a pas empêchée de séduire un beau musicien. Mais chut! – elle s’interdit d’en parler.

Son physique avantageux est parfois lourd à porter. «Si tu es jolie, alors forcément tu n’es pas très douée. On remet en cause tes capacités. On se dit que tu es là grâce à ton sourire. Le préjugé est extrêmement fort. Pendant mes premières années de snowboardeuse, les magazines publiaient des photos de mes sauts. Et puis, quand pour la première fois un portrait est paru, la perception des gens a changé. Je dois sans cesse me justifier d’être jolie en plus de me justifier d’être douée. Et pourtant je n’ai jamais joué la carte sexy: je me bats beaucoup contre ça.»

Reine du système D dans un sport où il n’y a pas beaucoup d’argent, Anne-Flore touche à tout: elle dessine ses vestes, a lancé un parfum, s’occupe de marketing, des réseaux sociaux et même récemment de crowdfunding pour la postproduction de Sedna, un film magnifique tourné sur un voilier au Groenland. Où elle était, bien évidemment, la seule fille à bord. (24 heures)

Créé: 20.01.2015, 09h15

Carte d'identité

Née le 24 janvier 1984 au CHUV à Lausanne.

Quatre dates importantes

2006 Elle est sacrée Rookie of the Year (espoir de l’année) par le magazine de référence Transworld Snowboarding.
2011 Elle devient championne du monde de freeride à Verbier.
2012 Elle est la marraine, aux côtés de Roger Moore, de l’Airbus A320 de Swiss baptisé Crans-Montana.
2013 Participe au rallye Trophée Roses des Sables avec Charlotte Consorti, championne de kitesurf.

Sa descente à l'Xtreme de Verbier

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