La foi chrétienne n’interdit pas la rigolade

PORTRAITCarolina Costa, pasteure et humoriste.

Image: Laurent Guiraud

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Elle déboule les rues pentues de Genève en scooter de rockeuse avec, aux pieds, des baskets rose bonbon. Quand elle prêchait le dimanche à Servette-Vieusseux, avant sa consécration, elles étaient d’un rouge vif contrastant avec le noir de la robe pastorale. Carolina Costa a été consacrée solennellement pasteure en septembre 2014, après un cursus théologique un peu en dents de scie qui a duré trois lustres.

Demain, 18 février, cette intello de 35 ans, coquette à souhait et au rire cristallin, lance sur le site 20minutes.ch, la 4e saison de Bienvenue chez nous. La minisérie humoristique en sitcom qu’elle avait entamée, avec son mari, Victor Costa, sur La Télé, sur Léman Bleu, sur Canal 9 et dans moult réseaux audiovisuels. Dans cette nouvelle suite, de 12 saynètes de deux minutes chacune, on retrouve le quotidien rocambolesque d’un couple hétérogène: Madame, l’ineffable Charlotte incarnée par Carolina Costa, est maintenant pasteure. Son époux, Miguel, joué par Victor, est toujours cet Espagnol cartésien, catholique agnostique, qui se méfie des bondieusards. Le voilà condamné, par amour, à assister aux prêches dominicaux de sa femme!

Ce couple de fiction est-il une réplique de celui qui l’incarne en la vie réelle? «Pas tout à fait, il y a des approximations et un esprit de caricature.» Carolina et Victor s’y sont amusés à surjouer les petits aléas de leur quotidien personnel.

«Cela dit, enchaîne-t-elle, quand il m’a connue à Paris, à la Manufacture Chanson (ndlr: un important centre de formation situé dans le XIe arrondissement, près de la place de la République), il croyait s’unir à une chanteuse naïvement amoureuse des airs d’un Michel Berger, d’une Véronique Sanson, d’un Balavoine. Le voilà avec une pasteure sur les bras! Il est resté un agnostique, pétri de théâtre, de poésie et d’humour déjanté à la Woody Allen, un émule des Monty Python. Alors que, moi, j’étais très fleur bleue. En me suivant à Genève, Victor, qui ne la connaissait pas, fut frappé par les problèmes d’intégration qu’y encourent les étrangers. Notre titre de générique Bienvenue chez nous vient de là, et de lui.» Ainsi, Carolina, la future théologienne qui voulait aussi devenir une star de la variété francophone («dans ma tête, les deux vocations ne s’excluaient pas»), serait devenue une humoriste par amour.

Dans la peau d'une pasteure vaudoise

Pourquoi leur saison 4, Ma femme est pasteure, se déroule-t-elle pour la première fois dans le Pays de Vaud? «Mes collègues vaudois ont la possibilité d’habiter dans une cure, ce qui nous a permis d’être filmés dans une unité de lieu et y concentrer l’action des sketches. En l’occurrence dans celle de Vullierens. Adjacente au temple, elle surmonte un monticule et l’intérieur a été aménagé par un pasteur qui a du goût.»

Carolina est Italienne de père et Danoise par sa maman, une luthérienne pratiquante qui lui a transmis le goût de la liturgie. Sa naissance à Monaco pointille d’une touche cosmopolite la mosaïque de son identité. Papa, originaire des Pouilles, voyage beaucoup, afin de pourvoir en café une multinationale dont le siège est à Lausanne. Elle a 4 ans quand il préfère être domicilié avec les siens à Genève. D’abord aux Eaux-Vives, où elle va à l’école publique, puis à Champel. Le foyer familial est chaleureux, pourtant leur fille s’en sépare à la fin de son adolescence.

«L’amour peut être transmis par divers canaux, y compris celui de l’humour»

L’intention de s’envoler bientôt à Paris la démange, mais on l’astreint d’abord à des études universitaires. Elle opte pour la Faculté de théologie, dont les fenêtres s’ouvrent sur le parc arborisé des Bastions et sur un fameux mur des Réformateurs où prédomine la silhouette de Jean Calvin. Un personnage dont elle respecte l’historicité, pas forcément les idées. «Il n’aurait pas apprécié mes baskets rouges…» Mais l’enseignement de la fac lui convient: il est diversifié et n’exclut pas la liberté d’aimer le Christ comme «le plus grand révolutionnaire de tous les temps».

Elle avait 15 ans, quand, au catéchisme des Eaux-Vives, un pasteur argentin anarchiste lui inculqua ce credo qui ne la quittera plus. Celui d’un Jésus libérateur, par lequel «l’amour du prochain peut être transmis par divers canaux, y compris celui de l’humour». Un message qu’elle a su faire passer, tant en sa paroisse de Servette-Vieusseux, où son ministère était à plein-temps, qu’en celles de la région pastorale dite du Salève, qui en regroupe quatre. Elle y intervient à 50% depuis septembre 2014, en électron libre, pour y proposer des réflexions religieuses alternatives. Les fidèles n’ont jamais été choqués par ses excentricités médiatiques. «La plupart m’ont vite comprise. Fidèle à ma parole de libération, je suis cohérente avec moi-même. Je leur suis crédible.»

(24 heures)

Créé: 17.02.2015, 08h29

Carte d'identité

Née le 9 janvier 1980,
à Monaco.

Cinq dates importantes
1995 Un pasteur argentin anarchisant lui fait aimer un Jésus «révolutionnaire».
1998 Sac au dos, elle explore le Tibet et s’y émerveille d’une spiritualité omniprésente.
2005 Elle rencontre à Paris Victor Costa, son futur époux.
2007 Entame son stage pastoral à la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Elle sera consacrée en septembre 2014.
2010 Naissance de sa fille Anna, deux ans après son mariage avec Victor.

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